Un bébé victime d'une allergie alimentaire.
La désensibilisation gagne en efficacité si elle est appliquée dès les premiers signes de l'allergie du bébé. © krakenimages.com/Magnifik

Lait, fruits à coques, cacahuètes… Depuis 2025, une équipe d’allergologues des Hospices Civils de Lyon teste un nouveau procédé pour venir à bout des allergies alimentaires dès le plus jeune âge. Une quarantaine de bébés a déjà bénéficié de ce traitement, qui consiste à désensibiliser le jeune patient par immunothérapie orale, en lui introduisant de faibles doses de l’aliment allergène. Avec à la clé des résultats jugés « spectaculaires » et une exportation du protocole à de nombreux autres hôpitaux français.

« L’allergie n’est réapparue chez aucun d’entre eux ». Alors que les allergies alimentaires explosent chez les enfants (6 à 8% touchés, contre 2% en 2002), les équipes d’allergologie des Hospices Civils de Lyon ont mis au point une nouvelle prise en charge à l’efficacité stupéfiante.

« Aujourd’hui, il mange tout à fait normalement tout aliment contenant des protéines de lait de vache », témoigne une maman lyonnaise, dont le bébé a développé une allergie après l’allaitement. Pris en charge après une violente réaction, le petit Oskar a bénéficié de ce nouveau protocole, qui consiste à réintroduire des quantités infimes de l’allergène.

D’abord un millilitre de lait par jour, puis « nous avons augmenté de 2 ml chaque semaine. Oskar n’a plus jamais refait de réaction. Le docteur nous avait donné un médicament à utiliser au cas où, mais nous n’en avons jamais eu besoin. C’est un profond soulagement », confie sa mère.

Ce procédé s’appuie sur un traitement qui n’a rien de révolutionnaire, mais qui méritait un « changement de paradigme », comme l’explique le Dr Camille Braun, du service de pneumologie, allergie et mucoviscidose de l’Hôpital Femme Mère Enfant, à Bron (Hospices Civils de Lyon). « Avant les années 2020, quand un enfant passait aux urgences pour une réaction allergique, on lui imposait une éviction stricte de l’aliment incriminé. Et il fallait plusieurs années pour que soit mise en place une désensibilisation, ce que l’on appelle l’immunothérapie orale (qui) consiste à réintroduire, chez le patient, l’aliment allergène à des doses qui augmentent au fil du temps ».

Et cette désensibilisation, jusqu’ici, présentait selon le Dr Braun « un taux de réussite aléatoire ».

Les équipes médicales des HCL ont eu l’idée de lancer cette immunothérapie orale sans passer par la case de l’évitement. « Plus on évite longtemps l’allergène, plus l’allergie s’aggrave », reprend le Dr Braun.

Et « l’immunothérapie orale est d’autant mieux tolérée et efficace qu’elle est débutée chez des enfants jeunes avec des allergies peu sévères. Nous nous sommes dit qu’il fallait donc traiter l’allergie dès son déclenchement. Et c’est encore mieux si le patient est bébé, car il se réhabituera plus facilement et sera beaucoup moins soumis à des risques de traumatismes psychologiques ».

Lancé en 2025, ce nouveau protocole a été appliqué à de nombreux autres enfants, comme la petite Séraphine, en avril dernier, victime d’une allergie sévère au moment de prendre son goûter. « Je me suis douté qu’elle faisait une réaction allergique, je pensais que c’était seulement cutané », témoigne sa maman. « Mais, un peu plus tard, elle a commencé à avoir du mal à respirer. J’ai appelé le SAMU et pendant l’appel, elle est devenue proche de perdre connaissance. Les pompiers sont arrivés et l’ont emmené aux urgences. C’était vraiment très inquiétant ». Le verdict est rapidement tombé : le bébé a fait une allergie à la noix de cajou, présente dans une purée de banane. Le soir-même, elles ont pu rentrer chez elles, l’esprit tranquille et l’allergie dument traitée.

Comme Séraphine et Oskar, d’autres enfants ont bénéficié avec succès de cette technique innovante d’immunothérapie orale. À Lyon, mais pas seulement, comme le confirment les HCL : « en près d’un an, plus d’une quarantaine d’enfants, la grande majorité de moins de 2 ans, ont suivi ce protocole, non seulement à l’hôpital Femme Mère Enfant-HCL, mais aussi dans toute la région. Sous l’impulsion du Dr Braun et de son équipe, les CHU de Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Grenoble, ainsi que le CH d’Annecy, ont reproduit l’initiative ».

Au-delà des frontières régionales, cette dernière fait également son chemin, comme à Brest, où le CHU de Brest expérimente aussi le procédé. « Notre ambition, c’est aussi que les médecins généralistes, pédiatres et urgentistes s’approprient ce réflexe », conclut le Dr Camille Braun. « Quand ils reçoivent un enfant qui vient de faire une réaction à la cacahuète, au lieu de lui dire “Évite la cacahuète”, qu’ils lui disent plutôt “Reprends un petit bout de cacahuète tous les jours” ».

À SAVOIR

Les principales allergies alimentaires chez les bébés concernent surtout quelques aliments fréquents. La plus courante est l’allergie aux protéines du lait de vache, suivie de l’œuf. Viennent ensuite l’arachide, les fruits à coque (amandes, noisettes), le soja, le blé (gluten), le poisson et les crustacés. Les symptômes peuvent inclure eczéma, vomissements, diarrhée, gonflement ou, plus rarement, une réaction grave appelée anaphylaxie. Une introduction progressive des aliments et un suivi médical permettent de réduire les risques et de détecter ces allergies tôt.

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Journaliste santé depuis de nombreuses années, Antoine Aulagnon possède une vaste expérience dans la création de contenus informatifs et précis dans le domaine de la santé, de la forme et du bien-être. Il a rejoint la team Ma Santé en 2018.

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