
En France, 4,3 millions de personnes vivent avec un diabète, une maladie chronique en constante progression. À l’occasion de la Semaine nationale de prévention du diabète 2026, la Fédération française des diabétiques met en lumière un facteur souvent sous-estimé : l’hérédité. Car, si avoir un parent diabétique augmente le risque, cela ne signifie pas pour autant que la maladie est inévitable. Explications.
« La recherche sur le diabète progresse », assure Jean-François Thébaut, président de la fédération des diabétiques. Une avancée plus que nécessaire, alors que la maladie continue de s’étendre. Selon les données de l’Assurance maladie, environ 4,3 millions de personnes vivent avec un diabète en France, soit 6,4 % de la population. En 2015, cette proportion était de 5,6 %.
Cette dynamique ne semble pas près de s’inverser. Toujours selon l’Assurance maladie, près de 520 000 nouveaux cas pourraient être diagnostiqués d’ici 2027, dont l’immense majorité correspond à des diabètes de type 2.
Le diabète n’est pas une maladie unique, mais un ensemble de troubles aux causes multiples. Et parmi ces causes, certaines échappent totalement à notre contrôle.
Hérédité : un facteur de risque méconnu
On parle souvent d’alimentation, de sédentarité ou de surpoids. Beaucoup moins de ce qui se joue… dans les gènes. Pourtant, l’hérédité occupe une place centrale dans le développement du diabète, en particulier de type 2.
Si bien qu’« avoir un parent atteint de diabète de type 2 expose à un risque d’environ 30 % de développer la maladie. Ce risque grimpe à plus de 50 % lorsque plusieurs membres de la famille sont concernés », rappelle Samy Hadjadj, endocrinologue et président de la société francophone du diabète.
L’histoire familiale compte donc pour beaucoup dans le développement de maladies chroniques comme le diabète, mais ce n’est pas une fatalité ! « On hérite avant tout d’une vulnérabilité, pas d’une maladie », précise Delphine Secret-Pouliquen, médecin généraliste et vice-présidente de la fédération des CPTS.
Tout n’est donc pas écrit d’avance.
Diabète de type 1 et type 2 : deux réalités différentes
Le diabète de type 2 : une forte composante familiale
« Il représente environ 92 % des cas en France », indique le président de la fédération des diabétiques.
Le diabète de type 2 apparaît lorsque l’organisme n’utilise plus correctement l’insuline, l’hormone qui régule le taux de sucre dans le sang. Et le glucose s’accumule, parfois pendant des années, sans symptômes visibles.
Dans ce cas, les facteurs génétiques jouent un rôle important. « Il s’agit d’une maladie multifactorielle, c’est-à-dire liée à la fois à des prédispositions génétiques et à des facteurs environnementaux », ajoute l’endocrinologue.
Concrètement, on peut hériter d’une sensibilité particulière, mais c’est le mode de vie qui va souvent faire basculer la balance.
Le diabète de type 1 : une transmission plus limitée
Beaucoup plus rare (moins de 6 % des cas), le diabète de type 1 est une maladie auto-immune. Le système immunitaire détruit les cellules du pancréas qui produisent l’insuline.
Ici, l’hérédité existe, mais elle est nettement moins marquée. Selon l’Inserm, le risque de transmission familiale reste inférieur à 10 %, et la maladie peut apparaître sans aucun antécédent connu.
Gènes et environnement : une interaction permanente
Le diabète de type 2 ne se déclenche jamais « par hasard ». Il s’installe progressivement, à la faveur d’un terrain biologique particulier et d’un environnement qui peut l’activer, ou non.
Concrètement, la maladie résulte de la combinaison entre deux grands types de facteurs :
- des facteurs non modifiables : l’âge, le sexe, et surtout la prédisposition génétique ;
- des facteurs modifiables : l’alimentation, le niveau d’activité physique, le poids, le tabagisme ou encore certaines conditions de vie.
Comme le souligne l’Inserm (2023), c’est précisément cette interaction qui rend le diabète de type 2 à la fois prévisible et évitable dans une certaine mesure. « Une personne ayant des antécédents familiaux peut ne jamais développer la maladie si elle adopte des habitudes, notamment nutritionnelles, favorables à sa santé », conclut Éric Myon, pharmacien et président de la CPTS Paris 8.
À l’inverse, une personne sans terrain génétique particulier peut y être exposée si les facteurs environnementaux s’accumulent.
Diabète : les leviers concrets pour réduire le risque
Même en cas d’antécédents familiaux, il est possible d’agir. Plusieurs habitudes ont un impact direct sur le risque de diabète de type 2. Une activité physique régulière peut réduire jusqu’à 50 % le risque de développer la maladie.
D’autres facteurs jouent également un rôle clé :
- une alimentation équilibrée
- le maintien d’un poids stable
- l’arrêt du tabac (le tabagisme augmente le risque de 37 à 44 %, selon Durlach, 2022 et le U.S. Department of Health and Human Services, 2014)
- la surveillance de la tension artérielle
Maladies chroniques : se connaître pour mieux prévenir
Face à un risque invisible, encore faut-il pouvoir se situer. C’est tout l’intérêt d’outils comme le test FINDRISC (Finnish Diabetes Risk Score), recommandé par la Haute Autorité de santé.
Concrètement, ce questionnaire d’ une huitaine de questions prend en compte plusieurs éléments clés :
- l’âge,
- le poids,
- le tour de taille,
- l’activité physique,
- l’alimentation,
- la prise de médicaments contre l’hypertension,
- les antécédents familiaux.
En moins de cinq minutes, il permet d’estimer le risque de développer un diabète de type 2 dans les dix années à venir.
Attention toutefois, il ne s’agit pas là d’un diagnostic, mais d’un indicateur. Seule une prise de sang permet de confirmer la présence d’un diabète.
Une campagne pour briser les idées reçues
Du 1er au 8 juin 2026, la Semaine nationale de prévention du diabète met justement l’accent sur cette dimension héréditaire. L’objectif est de mieux informer le grand public et encourager un dépistage précoce.
Car une idée reçue persiste : « tout le monde est diabétique dans ma famille, donc je le serai aussi ». Or, comme le rappelle la Fédération française des diabétiques (2026), la prédisposition n’est pas une prédestination.
À SAVOIR
On pense spontanément au poids, mais c’est en réalité le tour de taille qui peut être le plus révélateur. Selon l’Inserm (2023), la graisse abdominale favorise l’insulinorésistance et augmente le risque de diabète de type 2, même chez des personnes au poids normal. Un tour de taille supérieur à 94 cm chez l’homme et 80 cm chez la femme constitue ainsi un signal à ne pas négliger.







