Un soignant qui se fait vacciner contre la grippe pour protéger ses patients.
En France, les soignants sont parmi les moins vaccinés contre la grippe. © Magnific

Face à une couverture vaccinale jugée insuffisante, l’Académie nationale de médecine recommande de rendre la vaccination contre la grippe à la fois gratuite et obligatoire pour tous les soignants en France. Une proposition qui relance un débat sensible, entre impératif de santé publique et libertés individuelles.

L’Académie nationale de médecine a appelé à instaurer une vaccination obligatoire contre la grippe saisonnière pour l’ensemble des professionnels de santé, tout en garantissant sa gratuité. L’objectif est évidemment de renforcer la protection des patients, en particulier les plus vulnérables, dans les établissements de soins.

En France, la couverture vaccinale des soignants contre la grippe reste faible. Selon Santé publique France (données saison 2022-2023), elle se situe autour de 20 à 25 % selon les professions et les structures. Un chiffre jugé insuffisant par de nombreux experts, notamment au regard du rôle des soignants dans la transmission des infections respiratoires.

Car la grippe n’est pas une maladie anodine. Chaque année, elle est responsable de plusieurs milliers d’hospitalisations et de décès, en particulier chez les personnes âgées ou fragiles. Lors de la saison 2024-2025, particulièrement marquée, près de 2,7 millions de consultations chez le médecin pour des symptômes grippaux ont été recensées en France, ainsi qu’environ 29 000 hospitalisations, selon l’Inserm.

Et l’impact ne s’arrête pas là. Sur cette même période, la grippe est associée à près de 14 100 décès, touchant en grande majorité des personnes âgées ou fragiles.

L’idée d’une obligation vaccinale ne repose pas uniquement sur une logique individuelle. Elle s’inscrit dans une approche collective de la prévention.

Les professionnels de santé sont en première ligne. Ils sont à la fois plus exposés au virus, mais aussi susceptibles de le transmettre à leurs patients. Or, ces derniers présentent souvent des facteurs de risque élevés : âge avancé, maladies chroniques, immunodépression.

La vaccination des soignants répond donc à un double objectif :

  • Se protéger eux-mêmes, pour éviter les arrêts maladie et préserver la continuité des soins
  • Protéger les patients, en limitant les risques de transmission nosocomiale (c’est-à-dire contractée à l’hôpital)

Comme le rappelle la Haute Autorité de santé (HAS) dans plusieurs avis récents, la vaccination des professionnels de santé est un levier majeur pour réduire la circulation des virus dans les établissements de soins.

Une obligation déjà envisagée… puis suspendue

Ce débat n’est pas nouveau. En France, la vaccination contre la grippe a bien été inscrite comme obligatoire pour certains professionnels de santé, notamment ceux en contact avec des patients fragiles, dans le Code de la santé publique au début des années 2000.

Mais en pratique, cette obligation n’a jamais été réellement appliquée. En 2006, les autorités sanitaires ont choisi de la suspendre, estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour la faire respecter efficacement, notamment en l’absence de consensus et de dispositifs de contrôle adaptés.

Depuis, la stratégie repose sur une logique d’adhésion volontaire. Concrètement, cela se traduit chaque année par :

  • la gratuité du vaccin pour les soignants
  • des campagnes de sensibilisation pilotées par Santé publique France
  • des dispositifs de vaccination directement dans les établissements de santé

Malgré ces efforts, la couverture vaccinale reste faible. Selon Santé publique France (saison 2022-2023), elle dépasse à peine 20 à 25 % chez les professionnels de santé, avec de fortes variations selon les métiers et les lieux d’exercice.

Un niveau jugé insuffisant par de nombreuses institutions, dont la Haute Autorité de santé, qui considère la vaccination des soignants comme un levier essentiel pour limiter la transmission des virus en milieu de soins.

Vaccins obligatoires : le poids de l’expérience Covid

Impossible d’aborder ce sujet sans évoquer la pandémie de Covid-19. En France, la vaccination contre le Covid-19 a été rendue obligatoire pour les soignants par la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Cette mesure concernait l’ensemble des professionnels de santé, mais aussi d’autres personnels en contact avec des publics fragiles, comme dans les établissements médico-sociaux.

Une mesure inédite, qui a profondément marqué le corps médical et l’opinion publique.

Selon le ministère de la Santé (2022), cette obligation avait permis d’atteindre une couverture vaccinale supérieure à 95 % chez les professionnels concernés. Mais elle avait aussi suscité des tensions, des oppositions, et conduit à des suspensions de personnel.

Plusieurs milliers de soignants ont été suspendus faute de vaccination, sans rémunération, conformément à la loi. D’après les données du ministère de la Santé à l’automne 2021, environ 15 000 professionnels étaient concernés au plus fort de la mesure, avant un retour progressif à la normale.

Liberté individuelle vs responsabilité collective

D’un côté, le droit de chacun à décider pour lui-même. En France, aucun acte médical ne peut être imposé sans consentement, et la vaccination n’échappe pas à ce principe. C’est un pilier de la relation entre le patient et le soignant, fondé sur l’autonomie et le respect des choix individuels.

De l’autre, les exigences du métier de soignant. Travailler au contact de personnes vulnérables implique une vigilance particulière face aux risques de transmission. Le Code de déontologie médicale rappelle d’ailleurs que le médecin doit « tout mettre en œuvre pour éviter la transmission de maladies ». Une obligation morale qui peut entrer en tension avec le refus de vaccination.

La vaccination contre la grippe n’est pas parfaite. Son efficacité varie selon les saisons, en fonction des souches virales en circulation. Selon l’OMS, elle se situe généralement entre 40 et 60 % chez les adultes en bonne santé.

Mais elle reste aujourd’hui le principal outil de prévention disponible. Elle permet de réduire :

  • le risque de formes graves
  • les hospitalisations
  • la mortalité liée à la grippe

Chez les soignants, elle contribue également à limiter les absences en période hivernale, un enjeu important pour un système de santé déjà sous tension.

Pour l’heure, la position de l’Académie nationale de médecine reste une recommandation. Elle n’a aucune portée obligatoire, mais elle pèse dans le débat et trace une direction possible pour les mois à venir.

La balle est désormais dans le camp des autorités sanitaires. La Haute Autorité de santé pourrait être sollicitée pour rendre un avis, étape souvent décisive avant toute évolution réglementaire. Le gouvernement, lui, conserve toute latitude pour décider de la suite à donner, ou non, à cette proposition.

Plusieurs chemins se dessinent. Continuer à miser sur la responsabilisation individuelle, renforcer les campagnes de vaccination pour tenter de convaincre davantage, ou franchir un cap en instaurant une obligation, ciblée ou généralisée.

À SAVOIR 

En France, la faible vaccination contre la grippe ne concerne pas seulement les soignants. Lors de la saison 2024-2025, seuls 25,3 % des personnes de moins de 65 ans à risque étaient vaccinés, selon l’Assurance maladie.

Même chez les plus de 65 ans, la couverture atteint à peine 60 à 65 %, en dessous de l’objectif de 75 % fixé par l’OMS.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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