Une jeune femme atteinte d’un cancer colorectal.
Chez les moins de 50 ans, l’incidence du cancer colorectal a presque doublé depuis les années 1990 et continue d’augmenter d’environ 2 % par an. © Magnific

Chez les 25-49 ans, tous ne sont pas égaux face au cancer colorectal. Une vaste étude américaine révèle que les personnes les moins diplômées ont près de deux fois plus de risque d’en mourir. Un cancer déjà en forte progression dans cette tranche d’âge, qui s’accompagne désormais d’inégalités sociales pesant lourdement sur les chances de survie.

Publiée dans la revue scientifique JAMA Oncology, une étude d’ampleur s’est intéressée à plus de 100 000 décès liés au cancer colorectal chez des adultes âgés de 25 à 49 ans aux États-Unis.

Sur plusieurs décennies, les chercheurs ont observé une différence marquée selon le niveau d’éducation. Les personnes les moins diplômées présentent un risque de décès presque deux fois plus élevé que celles ayant fait des études supérieures.

Dans le détail, la mortalité atteint environ 5,2 décès pour 100 000 personnes chez les moins diplômés, contre 2,7 pour 100 000 chez les plus diplômés. Et cet écart ne se réduit pas, il tend au contraire à se creuser au fil du temps.

Longtemps considéré comme une maladie du vieillissement, le cancer colorectal, qui touche le côlon ou le rectum, progresse chez les adultes de moins de 50 ans dans de nombreux pays.

En France, il reste l’un des cancers les plus fréquents. Selon Santé publique France, près de 47 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, tous âges confondus. Il constitue également la deuxième cause de décès par cancer, avec environ 17 000 morts par an.

Le cancer colorectal peut évoluer longtemps sans bruit, ce qui complique son repérage, en particulier chez les plus jeunes. Lorsqu’ils apparaissent, les symptômes sont souvent peu spécifiques et peuvent être confondus avec des troubles digestifs bénins.

Parmi les signes les plus fréquents, l’Institut national du cancer cite notamment :

  • des troubles du transit qui persistent (constipation, diarrhée ou alternance des deux)
  • la présence de sang dans les selles
  • des douleurs abdominales inhabituelles
  • une fatigue durable
  • une perte de poids inexpliquée

Ces manifestations ne signifient pas forcément qu’il s’agit d’un cancer. En revanche, leur persistance doit alerter. Chez les jeunes adultes, elles sont encore trop souvent banalisées, retardant la consultation. Or, dans ce type de cancer, le temps joue un rôle déterminant.

Les milieux modestes plus fortement touchés

Le niveau d’éducation n’agit pas directement sur les cellules du côlon. En revanche, il reflète des conditions de vie qui, elles, influencent la santé.

Comme le rappelle l’Institut national du cancer, plusieurs facteurs de risque du cancer colorectal sont bien identifiés :

Or ces facteurs sont plus fréquents dans les populations socialement défavorisées. Selon Santé publique France, les inégalités sociales influencent fortement les comportements de santé, notamment en matière d’alimentation et d’activité physique.

Autre élément important : l’accès aux soins. Les personnes les moins diplômées consultent souvent plus tard, rencontrent davantage de difficultés d’accès au système de santé ou bénéficient moins du suivi médical régulier.

Un diagnostic trop tardif chez les plus vulnérables

Le cancer colorectal se développe lentement, souvent à partir de petites lésions bénignes appelées polypes. Détecté tôt, il se soigne très bien. Selon l’Institut national du cancer, 9 cas sur 10 peuvent être guéris lorsqu’il est diagnostiqué à un stade précoce.

Mais chez les 25-49 ans, le problème est double :

  • ils ne sont pas ciblés par le dépistage organisé
  • leurs symptômes (douleurs abdominales, troubles du transit, fatigue) sont parfois minimisés

Pour les populations les plus défavorisées, ces obstacles sont encore plus marqués. Cela se traduit par des cancers diagnostiqués à un stade plus avancé, donc plus difficiles à traiter.

Des inégalités qui s’installent dans le temps

L’étude publiée dans JAMA Oncology ne se contente pas de photographier une situation à un instant donné. Elle montre aussi que les écarts de mortalité entre groupes sociaux se creusent au fil des années.

Selon la DREES, les inégalités sociales de santé restent marquées et durables. Elles se traduisent notamment par des différences d’espérance de vie (jusqu’à 13 ans d’écart d’espérance de vie chez les hommes et 8 ans chez les femmes), mais aussi par un accès inégal à la prévention, au dépistage et aux soins.

Dans le cas du cancer colorectal, ces écarts se cumulent à chaque étape du parcours de santé : 

  • exposition aux facteurs de risque, 
  • recours au système de soins, 
  • délai de diagnostic, 
  • qualité de la prise en charge. 

À chaque maillon, les populations les plus défavorisées sont davantage exposées à des obstacles. Au final, face à une même maladie, tout le monde ne part pas avec les mêmes cartes en main et ces différences initiales finissent par peser lourdement sur les chances de survie.

La hausse des cas de cancer colorectal chez les moins de 50 ans reste en partie inexpliquée. Plusieurs pistes sont explorées par les chercheurs :

Selon l’OMS, ces facteurs environnementaux jouent un rôle croissant dans le développement de nombreux cancers. Mais aucun de ces éléments ne suffit, à lui seul, à expliquer l’augmentation observée. Le phénomène est multifactoriel.

Face à ce constat, les spécialistes rappellent qu’il existe des marges d’action, même si elles ne suffisent pas, à elles seules, à effacer les inégalités. Adopter certaines habitudes peut réduire le risque :

  • privilégier une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes)
  • limiter la consommation de viandes rouges et de charcuterie
  • pratiquer une activité physique régulière
  • éviter le tabac et modérer l’alcool

Mais cela ne suffit pas toujours.

La sensibilisation joue un rôle essentiel, notamment chez les jeunes adultes qui ne se sentent pas concernés. Reconnaître les symptômes, consulter sans attendre et ne pas banaliser les signaux du corps restent des réflexes essentiels.

À SAVOIR 

En France, le dépistage du cancer colorectal repose sur un test immunologique de recherche de sang dans les selles, simple et réalisable à domicile, envoyé tous les deux ans aux personnes de 50 à 74 ans, selon l’Institut national du cancer.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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