Bouffées de chaleur, troubles du sommeil, sueurs nocturnes, humeur en dents de scie… La ménopause s’accompagne déjà de son lot de désagréments. Mais ses effets pourraient se faire sentir bien au-delà. Plus elle survient tôt, plus certaines capacités cognitives, notamment la mémoire, auraient tendance à décliner rapidement avec l’âge. Une ménopause précoce serait également associée à un diagnostic plus précoce de la maladie d’Alzheimer et à certaines modifications du cerveau visibles à l’IRM.
Ménopause précoce : le cerveau pourrait en subir les effets des années plus tard
Une mémoire qui semble décliner plus rapidement
La ménopause précoce pourrait avoir des répercussions sur la mémoire bien des années après l’arrêt des règles. Plus elle survient jeune, plus le déclin cognitif semble rapide avec l’avancée en âge. Plusieurs fonctions essentielles du cerveau sont concernées, notamment la mémoire, mais aussi la capacité à traiter rapidement une information ou à se repérer dans l’espace.
La mémoire épisodique apparaît particulièrement concernée. C’est elle qui permet de conserver les souvenirs d’événements vécus, comme une conversation récente, un rendez-vous ou ce que l’on a fait la veille. Chez les femmes ménopausées plus tôt, cette capacité aurait tendance à diminuer plus rapidement au fil des années.
L’âge de la ménopause pourrait donc constituer un indicateur supplémentaire du vieillissement cognitif à long terme. Cela ne signifie toutefois pas qu’une femme ménopausée jeune connaîtra forcément des troubles de la mémoire ou développera une démence. L’âge de la ménopause n’est qu’un facteur parmi de nombreux autres susceptibles d’influencer la santé du cerveau.
Un diagnostic d’Alzheimer également plus précoce
Le lien ne concernerait pas seulement la mémoire. Plus la ménopause survient tôt, plus la maladie d’Alzheimer aurait tendance à être diagnostiquée précocement. Cette association apparaît particulièrement marquée lorsque la ménopause est chirurgicale, c’est-à-dire lorsqu’elle résulte d’une intervention entraînant l’arrêt du fonctionnement des ovaires.
La durée de la vie reproductive pourrait également entrer en jeu. Elle correspond à la période comprise entre les premières règles et la ménopause. Plus cette période est courte, plus certaines évolutions cognitives défavorables semblent importantes avec l’âge.
Une piste pourrait se trouver du côté des hormones ovariennes, notamment les œstrogènes, auxquelles le cerveau est exposé pendant une grande partie de la vie. Une ménopause plus précoce raccourcit cette période d’exposition, ce qui pourrait contribuer à expliquer les différences observées. Mais ce mécanisme reste à éclaircir et ne suffit pas, à lui seul, à expliquer l’apparition de la maladie d’Alzheimer.
Quel rôle jouent les œstrogènes dans le cerveau ?
On les associe spontanément aux règles, à la fertilité ou aux symptômes de la ménopause. Pourtant, les œstrogènes ne s’arrêtent pas aux ovaires. Ces hormones agissent également sur le cerveau et interviennent dans différents mécanismes biologiques, notamment la plasticité des connexions entre les neurones, le fonctionnement des mitochondries, la myélinisation ou encore certains mécanismes immunitaires du système nerveux.
Lors de la transition vers la ménopause, la production cyclique d’hormones ovariennes, en particulier d’œstrogènes, diminue fortement. Une ménopause survenant plus tôt signifie donc une modification de cet environnement hormonal à un âge plus jeune.
En revanche, le vieillissement cérébral est beaucoup plus complexe. Génétique, santé cardiovasculaire, tabagisme, activité physique, diabète, hypertension, sommeil ou encore environnement peuvent également intervenir. Les modèles statistiques de l’étude ont d’ailleurs pris en compte plusieurs facteurs, dont l’âge, le niveau d’éducation, le tabagisme, l’indice de masse corporelle, l’utilisation d’un traitement hormonal et la présence de l’allèle APOE ε4, connu pour être associé au risque de maladie d’Alzheimer.
Alzheimer : des différences également visibles à l’IRM
Les effets associés à une ménopause précoce pourraient également être visibles dans le cerveau. Parmi les participantes, 774 femmes ont passé plusieurs IRM au fil des années, permettant de suivre son évolution dans le temps.
Chez celles ayant connu une ménopause naturelle plus tôt, les images montrent notamment une accumulation plus rapide de petites anomalies dans la substance blanche, une partie du cerveau essentielle à la communication entre ses différentes régions. Fréquentes avec l’âge, ces anomalies peuvent notamment être liées à une altération des petits vaisseaux sanguins cérébraux.
Une diminution légèrement plus rapide du volume global du cerveau a également été observée, mais le lien reste modeste. Surtout, ces changements ne sont pas spécifiques à Alzheimer. Aucune association significative n’a d’ailleurs été retrouvée entre l’âge de la ménopause et la quantité globale de lésions cérébrales caractéristiques de la maladie observées après le décès.
À SAVOIR
Le cerveau n’est pas le seul à être concerné par une ménopause très précoce. Une ménopause avant 40 ans constitue aussi un facteur de risque d’ostéoporose, car la chute des œstrogènes accélère la perte osseuse. En France, elle fait d’ailleurs partie des situations pouvant justifier une ostéodensitométrie prise en charge par l’Assurance Maladie.




