Sommeil : dormir avec la lumière allumée est-il mauvais pour la santé ?

Une femme dort dans son lit, une lampe de chevet allumée près de son visage, ce qui perturbe son horloge biologique․
Dormir avec une lampe allumée maintient une exposition lumineuse susceptible de freiner la production de mélatonine et de perturber l’horloge biologique. ©gettysignature / Canva
Dormir avec une veilleuse, une lampe, la télévision allumée ou de la lumière provenant de l’extérieur n’empêche pas forcément de trouver le sommeil. Pourtant, même les yeux fermés, l’organisme continue à percevoir une partie de cet éclairage pendant la nuit. Une étude récente menée auprès de plus de 11 000 adultes a associé une exposition nocturne plus importante à de légères différences dans la structure et le fonctionnement du cœur. Toutes les lumières nocturnes ont-elles le même impact ? Une simple veilleuse peut-elle réellement gêner ? Faut-il chercher à dormir dans l’obscurité complète ? Réponses.
Sommaire

Une LED sur une box, un lampadaire qui traverse les volets, une télévision laissée allumée ou une veilleuse dans un coin de la chambre. Ces petites sources de lumière paraissent souvent trop faibles pour avoir un véritable effet sur le sommeil. Pourtant, fermer les yeux ne suffit pas à couper complètement l’organisme de son environnement lumineux.

La lumière fait partie des principaux repères utilisés par l’horloge circadienne pour distinguer le jour de la nuit. À mesure que l’obscurité s’installe, la production de mélatonine augmente. Cette hormone participe à la synchronisation du rythme veille-sommeil et aide l’organisme à se préparer au repos.

À l’inverse, une exposition lumineuse pendant la nuit, surtout lorsqu’elle est suffisamment intense ou riche en lumière bleue, peut freiner cette sécrétion et perturber certains mécanismes liés au sommeil et à la vigilance.

Les conséquences pourraient d’ailleurs ne pas se limiter au repos nocturne. Une étude publiée en septembre 2026 auprès de plus de 11 000 adultes a observé qu’une exposition plus importante à la lumière pendant la nuit était associée à de légères différences dans la structure et le fonctionnement du cœur.

Cela ne signifie évidemment pas qu’une veilleuse ou la lumière d’un lampadaire suffit à provoquer une maladie cardiovasculaire. L’étude met en évidence une association, pas un lien direct de cause à effet.

Dans la pratique, dormir dans une chambre aussi sombre que possible reste le choix le plus adapté au fonctionnement naturel de l’horloge biologique. Des rideaux occultants ou un masque de nuit peuvent aider lorsque la lumière extérieure est difficile à éviter. Et lorsqu’un éclairage reste nécessaire pendant la nuit, mieux vaut privilégier une lumière faible et chaude plutôt qu’une source vive dirigée vers le visage.

L’obscurité reste le signal attendu pendant la nuit

La lumière est l’un des principaux synchroniseurs de l’horloge circadienne, qui organise l’alternance entre veille et sommeil. Elle influence notamment la sécrétion de mélatonine, la vigilance. Mais aussi les variations quotidiennes de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle.

À la tombée du jour, la diminution de la luminosité participe normalement à la préparation de l’organisme au repos. Maintenir une source lumineuse pendant la nuit perturbe une partie de ce signal, même lorsqu’elle n’est pas assez intense pour provoquer un réveil.

Une chambre sombre reste donc préférable pour favoriser un environnement cohérent avec le rythme biologique. Éteindre les appareils inutiles, limiter la lumière extérieure avec des volets ou des rideaux opaques. Et, si nécessaire, utiliser un masque de sommeil permet de réduire cette exposition.

L’enjeu ne se limite donc pas à savoir si une lampe empêche de s’endormir. L’organisme continue à percevoir l’alternance entre lumière et obscurité pendant le sommeil.

Toutes les lumières nocturnes ne se valent pas

L’effet potentiel dépend de plusieurs paramètres. En l’occurrence, intensité, durée d’exposition, horaire, couleur de la lumière et orientation de la source.

Une petite LED située à distance du lit n’expose pas de la même manière qu’un téléviseur ou un plafonnier allumé pendant plusieurs heures. Plus l’éclairage est intense et prolongé, plus il s’éloigne des conditions d’obscurité normalement rencontrées la nuit.

Quelques secondes sous une lumière faible pour se rendre aux toilettes ne sont donc pas comparables à une chambre éclairée durant une grande partie du sommeil.

Plus de 11 000 participants équipés d’un capteur

L’étude publiée le 9 septembre 2026 dans l’European Heart Journal a porté sur 11 071 participants de la UK Biobank, âgés en moyenne de 61 ans.

Pendant sept jours, ils ont porté au poignet un dispositif mesurant notamment leur exposition personnelle à la lumière. Les chercheurs ont calculé le temps passé, au cours de leur période nocturne, sous une luminosité supérieure à 3 lux.

Environ trois ans plus tard, une IRM cardiaque a permis d’évaluer la taille des cavités du cœur, l’épaisseur de leurs parois et plusieurs paramètres de contraction.

Les participants ont ensuite été classés selon leur niveau d’exposition. Dans le groupe le plus exposé, le temps moyen passé au-dessus de 3 lux pendant la nuit atteignait environ 34 minutes, contre aucune exposition dans le groupe de référence. Ce seuil servait uniquement à quantifier la lumière reçue et ne correspond pas à une limite sanitaire.

De légères différences observées à l’IRM

Comparé au groupe sans exposition nocturne supérieure à 3 lux, le groupe le plus exposé présentait en moyenne une masse du ventricule gauche supérieure de 2,4 % et une paroi moyenne plus épaisse de 1,5 %. Un indicateur de la contraction du muscle cardiaque était également inférieur de 1,9 %.

Le ventricule gauche est la cavité qui propulse le sang oxygéné vers l’ensemble de l’organisme. Des modifications de sa masse ou de son épaisseur font partie de ce que les cardiologues appellent le remodelage cardiaque.

Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence. Il s’agit de différences moyennes entre groupes, et non d’une évolution qui surviendrait automatiquement chez une personne dormant avec une veilleuse. À l’échelle individuelle, les écarts observés restent modestes.

Le sommeil ne semble pas tout expliquer

Une durée de sommeil plus courte expliquait une partie de l’association, mais seulement de façon partielle. La lumière nocturne peut également perturber le rythme circadien et modifier l’activité du système nerveux autonome, qui participe au contrôle de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle.

Des désynchronisations répétées peuvent aussi s’accompagner de changements hormonaux et métaboliques susceptibles d’influencer le système cardiovasculaire.

Ces mécanismes restent toutefois des hypothèses biologiquement plausibles. L’étude ne permet pas de démontrer qu’une exposition lumineuse nocturne entraîne directement les modifications observées au niveau du cœur.

Une veilleuse n’est pas un danger cardiaque démontré

L’étude est observationnelle : elle montre une association entre l’exposition nocturne à la lumière et certaines caractéristiques cardiaques, sans établir de lien de cause à effet.

La luminosité n’a par ailleurs été enregistrée que pendant une semaine. Le capteur était porté au poignet, ce qui ne permettait ni d’identifier précisément les sources lumineuses présentes dans la chambre ni de mesurer directement la quantité de lumière atteignant les yeux. Enfin, 97,6 % des participants étaient blancs, ce qui limite l’extrapolation à l’ensemble de la population.

Une autre étude publiée en 2025 par des chercheurs de l’université Flinders, menée auprès de 88 905 adultes de la cohorte britannique UK Biobank, avait déjà retrouvé davantage de maladies coronariennes, d’infarctus, d’insuffisance cardiaque, de fibrillation atriale et d’AVC chez les personnes exposées aux nuits les plus lumineuses.

Là encore, ces résultats reposaient sur des associations et ne démontraient pas qu’un éclairage nocturne était directement responsable de ces maladies.

Commencer par supprimer les lumières inutiles

Il est nutile pour autant de traquer chaque minuscule point lumineux dans la chambre. Une télévision ou une lampe laissée allumée toute la nuit constitue une exposition facile à éviter.

Un lampadaire extérieur peut être atténué avec des volets ou des rideaux occultants, tandis qu’une LED suffisamment puissante pour éclairer la pièce peut simplement être masquée.

Lorsqu’une veilleuse reste nécessaire, mieux vaut choisir l’intensité la plus faible possible, l’éloigner du visage et l’orienter vers le sol. Même principe en cas de réveil nocturne : une lumière douce suffit généralement à se repérer sans allumer un plafonnier puissant.

Dormir dans l’obscurité reste ainsi une mesure simple d’hygiène du sommeil, cohérente avec le fonctionnement de l’horloge biologique. Les nouvelles données cardiovasculaires renforcent l’intérêt de limiter les éclairages superflus, sans transformer chaque LED en menace pour la santé.

À SAVOIR

En 1958, le dermatologue américain Aaron Lerner isole la mélatonine à partir de glandes pinéales animales alors qu’il étudie les mécanismes de pigmentation de la peau. Les recherches menées par la suite mettent en évidence le rôle majeur de cette hormone dans la régulation du rythme veille-sommeil : sa production augmente dans l’obscurité et peut être freinée par l’exposition à la lumière pendant la nuit.

Image de Pier Paolo Walack
Pier Paolo Walack
Journaliste pour Ma Santé. Formé au marketing, Pier Paolo s'est tourné vers le journalisme avec l’envie de mieux informer et de donner du sens aux sujets traités. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions de santé, qu’il aborde avec un souci de clarté, de pédagogie et de fiabilité, afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre des informations parfois complexes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partagez sur