Un chercheur qui étudie le sang de plusieurs patients pour y détecter des marques génétiques d’anxiété.
L’anxiété ne se distinguera peut-être plus seulement par des symptômes cliniques, mais aussi par test sanguin ! © Freepik

Des chercheurs ont identifié pour la première fois des biomarqueurs sanguins associés à l’anxiété. Une avancée qui pourrait, à terme, ouvrir la voie à un test sanguin capable d’objectiver ce trouble fréquent, aujourd’hui diagnostiqué uniquement à partir de critères cliniques.

L’anxiété traverse nos journées, nos réunions trop longues, nos nuits trop courtes, elle se glisse dans les esprits… Et si tout le monde en fait l’expérience, certaines personnes la vivent de manière si intense qu’elle devient un trouble, parfois invalidant.

En France, selon Santé publique France publiées en 2023, environ un adulte sur dix a vécu un trouble anxieux au cours des 12 derniers mois. À l’échelle de la vie entière, c’est plus d’un Français sur cinq qui a déjà traversé cette expérience. Les femmes sont plus concernées que les hommes, et chez les jeunes adultes, les chiffres grimpent encore. L’anxiété est partout, mais elle reste étonnamment difficile à mesurer.

Aujourd’hui, pour diagnostiquer un trouble anxieux, les médecins s’appuient sur des entretiens cliniques, des observations, parfois des questionnaires standardisés. Cela fonctionne, mais cela dépend des mots, de la perception, du vécu. Un diagnostic solide, mais limité.

C’est précisément ce vide que pourrait combler une découverte scientifique publiée en 2023 dans la revue Molecular Psychiatry, qui identifie pour la première fois des biomarqueurs sanguins associés à l’anxiété. Une avancée qui, sans promettre un test disponible demain, ouvre une voie médicale totalement nouvelle.

Un biomarqueur, c’est une caractéristique biologique mesurable : une molécule, une protéine, un gène, ou même un métabolite, dont la présence ou la quantité renseigne sur un état de santé. Le glucose pour le diabète, la troponine pour l’infarctus, le cholestérol pour le risque cardiovasculaire…

Mais en santé mentale, le terrain est plus glissant. Les émotions n’apparaissent pas sur un scanner. L’anxiété ne se détecte pas par un stéthoscope. Jusqu’ici, les chercheurs n’étaient jamais parvenus à stabiliser un indicateur biologique fiable d’un trouble anxieux. C’est ce qui rend cette récente découverte si notable puisqu’elle suggère que le trouble anxieux laisse bel et bien une empreinte mesurable dans le sang.

Profil génétique de l’anxiété : comment ont-ils procédé ? 

Les chercheurs ont observé plusieurs groupes de participants, mesuré leur niveau d’anxiété, puis analysé en détail l’activité de centaines de gènes présents dans leur sang. Leur objectif était de voir si certains gènes « s’allumaient » ou « s’éteignaient » différemment selon l’intensité de l’anxiété.

Concrètement, ils ont :

  • comparé l’expression génétique de personnes très anxieuses à celle de personnes peu anxieuses ;
  • confronté leurs résultats à des données scientifiques déjà publiées, pour confirmer qu’il ne s’agissait pas de simples coïncidences ;
  • vérifié ces marqueurs dans d’autres groupes indépendants ;
  • et évalué si ces gènes pouvaient aussi prédire l’évolution de l’anxiété dans le temps.

Anxiété : quels gènes sont en cause ? 

L’ensemble de ce travail a mis en évidence plusieurs gènes dont l’expression varie réellement avec le niveau d’anxiété. Certains sont associés à des mécanismes bien connus : 

  • le système du GABA, qui apaise l’activité du cerveau ; 
  • la sérotonine, souvent liée à la régulation de l’humeur ; 
  • des circuits biologiques impliqués dans la réponse au stress.
  • ainsi que NTRK3, FZD10 et GRK4, associés à différentes voies biologiques liées aux émotions.

Ces résultats ne veulent pas dire que l’anxiété circule littéralement dans le sang. En revanche, ils montrent clairement qu’un état anxieux laisse une empreinte mesurable dans l’organisme, au-delà du cerveau. Cela signifie que l’anxiété, longtemps évaluée uniquement par des symptômes et des ressentis, pourrait aussi être repérée grâce à des indicateurs biologiques objectifs.

Imaginons. Un patient consulte pour des symptômes évoquant un trouble anxieux : agitation, tensions musculaires, anticipation négative, sommeil perturbé. Le médecin, en plus de l’entretien, pourrait demander un profil biologique, à partir d’un simple prélèvement sanguin.

Ce test pourrait permettre :

  • d’objectiver l’intensité de l’anxiété, en complément des observations cliniques ;
  • d’éviter les errances diagnostiques, fréquentes chez les personnes ayant du mal à exprimer ce qu’elles ressentent ;
  • de suivre l’évolution de l’anxiété dans le temps, y compris la réponse aux traitements ;
  • de personnaliser les thérapies, en repérant quels patients répondent mieux à quel type d’approche.

Ce modèle rappelle celui déjà utilisé en oncologie, où des profils génétiques aident à choisir les traitements les plus efficaces. On parle de médecine de précision.

 Un outil objectif pour compléter le diagnostic

Aujourd’hui, l’identification d’un trouble anxieux repose presque exclusivement sur l’entretien clinique. Le patient décrit ce qu’il ressent, le médecin interprète. Mais cette méthode a ses limites. Certaines personnes minimisent leurs symptômes, d’autres au contraire les amplifient, et beaucoup ont simplement du mal à trouver les mots. 

Les diagnostics peuvent donc varier, être retardés ou rester incertains. L’existence d’un biomarqueur, utilisé en complément et non en remplacement de l’évaluation clinique, offrirait un point d’appui objectif. Un indicateur biologique pourrait aider à confirmer un diagnostic, éclairer des situations ambiguës ou repérer des formes d’anxiété moins visibles.

Une lecture plus précise des mécanismes de l’anxiété

L’anxiété est un phénomène complexe, à la croisée des émotions, du comportement et de la biologie. Jusqu’ici, les recherches en santé mentale reposaient largement sur l’observation des symptômes. La découverte de biomarqueurs sanguins permettrait d’aller plus loin. Relier directement un état psychique à un processus biologique mesurable. 

Cela offrirait une vision plus concrète des circuits impliqués (neurotransmetteurs, voies de signalisation, réponses au stress) et contribuerait à mieux distinguer les différents types de troubles anxieux, parfois difficiles à différencier uniquement sur la base des symptômes.

Vers une prise en charge plus personnalisée

Tous les patients anxieux ne répondent pas de la même manière aux traitements actuels : thérapies adaptées, médicaments, stratégies combinées… Il n’existe pas de solution unique. 

Si certains biomarqueurs se révèlent associés à de meilleures réponses à tel ou tel traitement, ils pourraient devenir des indicateurs pronostiques, capables d’orienter la prise en charge dès le départ. Cela éviterait les longues périodes d’essais successifs, parfois éprouvantes, et permettrait de proposer plus rapidement une stratégie thérapeutique adaptée au profil biologique de chaque patient. Une perspective qui s’inscrit dans l’essor plus large de la médecine personnalisée.

Pas demain, ni le mois prochain. Mais l’idée n’est plus théorique. La recherche avance, les protocoles se raffinent, les modèles biologiques se stabilisent. Les biomarqueurs identifiés doivent être validés dans des études beaucoup plus larges, sur des populations diversifiées, afin de vérifier leur fiabilité et leur stabilité. Les méthodes d’analyse doivent également être standardisées, pour garantir que les résultats soient comparables d’un laboratoire à l’autre. 

Enfin, il faudra s’assurer que ces marqueurs apportent une réelle utilité clinique, c’est-à-dire qu’ils améliorent concrètement le diagnostic ou la prise en charge par rapport aux méthodes actuelles.

À SAVOIR 

D’après l’OMS, les troubles anxieux touchent actuellement environ 4,4 % de la population mondiale, ce qui représente près de 360 millions de personnes en 2021. Ces troubles constituent la catégorie de troubles mentaux la plus répandue à l’échelle mondiale, devant la dépression et les autres affections psychiatriques.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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