L’une des chercheuses ayant contribué à mettre au point la thérapie capable d’éliminer des tumeurs du cancer du pancréas chez la souris.
Selon l’INCa, le cancer du pancréas est l’un des cancers dont la mortalité augmente le plus rapidement en France. © Freepik

Des chercheurs du Centre national espagnol de recherche sur le cancer (CNIO) affirment avoir éliminé entièrement des tumeurs pancréatiques chez des souris en utilisant une trithérapie expérimentale, une avancée qui ravive l’espoir dans la lutte contre ce cancer particulièrement agressif.

Le cancer du pancréas reste l’un des cancers les plus difficiles à traiter et présente un taux de survie à cinq ans souvent inférieur à 10 %, selon les données épidémiologiques disponibles. L’annonce d’une étude montrant l’élimination complète de tumeurs chez des souris a ainsi retenu l’attention en cette fin du mois janvier, tant elle est porteuse d’espoir.

Dans ce cadre, une équipe du Centre national espagnol de recherche sur le cancer (CNIO), dirigée par le Dr Mariano Barbacid, rapporte avoir obtenu l’élimination complète de tumeurs pancréatiques chez des souris. Leur stratégie repose sur une trithérapie associant trois médicaments ciblant différentes voies de survie de la cellule tumorale. Les chercheurs indiquent une disparition des tumeurs dans leurs modèles murins, sans rechute observée au cours du suivi. 

Le pancréas est un organe profond, difficile d’accès lors des examens cliniques courants. Cette localisation rend le dépistage précoce complexe. Les symptômes apparaissent généralement à un stade avancé et restent peu spécifiques, ce qui retarde le diagnostic. Les signes les plus fréquents du cancer du pancréas incluent :

Lorsque ces manifestations deviennent visibles, la maladie est souvent déjà bien installée, et la marge de manœuvre thérapeutique est réduite. Sur le plan biologique, la forme la plus courante du cancer du pancréas, l’adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC), présente plusieurs particularités qui compliquent sa prise en charge. Ce type tumoral montre notamment :

  • une forte capacité de résistance aux traitements chimiothérapeutiques classiques,
  • une hétérogénéité cellulaire importante, rendant les thérapies ciblées moins efficaces,
  • un microenvironnement tumoral très dense, qui limite la pénétration des médicaments.

Ces caractéristiques contribuent à l’inefficacité fréquente des approches standards, même lorsqu’elles associent chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie.

Comment fonctionne la trithérapie du CNIO ?

L’équipe du CNIO s’est intéressée à une stratégie thérapeutique innovante : combiner trois types de médicaments ciblés, chacun agissant sur une voie clé de la croissance tumorale.

Les trois composés utilisés sont :

  • un inhibiteur ciblant la protéine KRAS mutée, très fréquente dans les cancers du pancréas ;
  • un inhibiteur de tyrosine kinase (similaire à certains médicaments déjà utilisés dans d’autres cancers) ;
  • un agent qui favorise la dégradation d’une protéine essentielle à la survie des cellules cancéreuses.

Cette approche ne se contente pas de bloquer une seule cible, elle attaque simultanément plusieurs voies biologiques stratégiques pour empêcher la prolifération tumorale et contourner les mécanismes d’adaptation dont font preuve les cellules cancéreuses.

Des résultats spectaculaires… chez la souris

Chez des souris atteintes d’adénocarcinome pancréatique, cette trithérapie a permis :

  • la disparition complète des tumeurs observées ;
  • l’absence de résistance apparente au traitement ;
  • des effets secondaires mineurs ou non significatifs dans le cadre de l’étude.

Dans un cancer réputé pour sa capacité à se développer malgré les traitements, ces observations représentent une réussite expérimentale remarquable.

Un succès en laboratoire mais pas (encore) en clinique

D’une part, ces expériences ont été menées exclusivement chez des modèles de souris. Même lorsque ces animaux sont greffés avec des cellules tumorales humaines, leur biologie reste différente de celle de l’être humain. L’écosystème tumoral, la réponse immunitaire et la pharmacocinétique des médicaments peuvent en effet diverger considérablement entre souris et patients.

En conséquence, aucune trithérapie issue de cette étude n’est actuellement disponible pour les patients humains. Aucun essai clinique n’a encore été lancé, et la mise au point d’un traitement sûr et efficace pour l’humain nécessitera de nombreuses étapes supplémentaires, incluant des essais cliniques rigoureux en phase I, II puis III.

Une approche qui pourrait, à terme, concerner d’autres cancers

Bien que cette trithérapie n’ait été testée que sur des modèles murins de cancer du pancréas, les chercheurs indiquent que la stratégie utilisée pourrait, à plus long terme, être étudiée dans d’autres cancers présentant des mécanismes biologiques comparables. 

Plusieurs tumeurs solides partagent en effet des altérations génétiques proches, notamment des mutations du gène KRAS, parmi lesquelles :

Dans ces pathologies, les mutations de KRAS et les mécanismes de résistance associés constituent également des obstacles importants aux traitements actuels. L’idée d’une approche combinant plusieurs médicaments ciblés pourrait donc servir de base à de futurs travaux, même si aucune donnée expérimentale n’est disponible à ce jour concernant ces autres cancers. 

Pour envisager une application humaine, plusieurs étapes indispensables devront être franchies. Les chercheurs du CNIO devront notamment :

  • Adapter et optimiser les trois médicaments afin qu’ils répondent aux standards requis pour un usage clinique.
  • Évaluer la sécurité et la tolérance de la combinaison thérapeutique à travers des analyses précliniques complémentaires.
  • Initier des essais cliniques progressifs, depuis la phase I (sécurité et dose) jusqu’aux phases II et III (efficacité et comparaison aux traitements actuels).

Ce processus, long et réglementé, reste la seule voie permettant de transformer un résultat obtenu chez la souris en une option thérapeutique potentielle pour les patients.

À SAVOIR 

En France, près de 16 000 nouveaux cas de cancer du pancréas ont été diagnostiqués en 2023, avec une incidence en augmentation régulière depuis une décennie, particulièrement chez les plus de 50 ans.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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