Un médecin réalise une prise de sang chez un patient atteint de Covid-19 afin d’évaluer son risque de développer une forme grave.
Les formes graves de Covid-19 touchent surtout les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques. © Freepik

Une simple prise de sang pourrait bientôt permettre aux médecins de repérer, dès l’hospitalisation, les patients Covid-19 les plus à risque de forme grave. Selon une étude de l’Inserm, un nouveau score fondé sur trois marqueurs biologiques offrirait un outil précieux pour anticiper les complications et adapter la prise en charge.

À mesure que la pandémie de Covid-19 s’éloigne de l’urgence sanitaire mondiale, le virus SARS-CoV-2 n’a rien perdu de sa capacité à surprendre. Alors que beaucoup imaginaient que la science aurait définitivement dompté le sujet, les variations individuelles dans l’évolution de la maladie continuent de défier les prévisions. 

Chez certains patients, l’infection reste bénigne, presque anodine ; chez d’autres, elle tourne au drame, avec complications respiratoires, défaillances multiples, voire décès. Et aujourd’hui, des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Université Paris Cité ont mis au point un score prédictif basé sur une simple prise de sang, capable d’indiquer le risque de mortalité à trois mois pour des patients hospitalisés avec une pneumonie Covid-19 : le Corimuno-Score.

Une prise de sang passée au crible pour prédire la gravité

Dans cette étude, les scientifiques ont analysé le sang de 196 patients admis dans 15 hôpitaux français pour une pneumonie Covid-19 modérée à sévère. Les prélèvements ont été réalisés dans les 48 heures suivant l’hospitalisation, un moment clé où les premières évolutions de la maladie commencent à se dessiner.

Sur ces prélèvements, 41 variables biologiques ont été mesurées, dont des médiateurs immunitaires, des marqueurs de lésions rénales et des marqueurs vasculaires ou endothéliaux (c’est-à-dire liés à la paroi des vaisseaux sanguins). Parmi elles, trois se sont détachées comme particulièrement révélatrices du risque de décès à 90 jours : deux indicateurs de souffrance rénale et un marqueur inflammatoire.

Quels sont ces trois indicateurs clés ?

  • KIM-1 (Kidney Injury Molecule-1) : c’est une molécule exprimée quand les cellules du rein subissent un stress ou des lésions. Sa présence élevée dans le sang signale que les reins ont été mis à rude épreuve.
  • LCN2 (Lipocalin-2) : elle aussi liée au rein, cette protéine reflète une urgence cellulaire souvent associée à l’inflammation et à une réponse immunitaire exacerbée.
  • Interleukine-10 (IL-10) : cette petite protéine, issue du système immunitaire, est connue pour jouer un rôle anti-inflammatoire, mais paradoxalement, dans ce contexte, des concentrations élevées ont été associées à un risque accru de décès.

Ces trois marqueurs, mesurés conjointement peu après l’admission à l’hôpital, ont été intégrés avec l’âge des patients pour construire un score prédictif de mortalité, baptisé Corimuno-Score. Selon les résultats de l’étude, les patients présentant des valeurs élevées de ces marqueurs étaient 2 à 3 fois plus susceptibles de développer des complications mortelles dans les trois mois.

Rappeler les bases ne fait jamais de mal. La maladie à coronavirus 2019 (Covid-19), causée par le virus SARS-CoV-2, a fait son apparition fin 2019 et a bouleversé les systèmes de santé du monde entier.

La maladie se manifeste le plus souvent par une infection respiratoire, mais ses conséquences peuvent être très variées : du simple rhume à une pneumonie sévère, suivie d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë ou d’une défaillance multi-organes.

Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés au fil des mois : âge élevé, comorbidités comme l’obésité ou le diabète, certaines variations génétiques, etc. Pourtant, même chez des patients sans facteur de risque évident, l’évolution demeure parfois imprévisible. C’est là qu’intervient l’intérêt d’un marqueur biologique ou d’un score pronostique : il s’agit d’un outil d’aide à la décision clinique, qui ne remplace pas l’expertise médicale, mais oriente les priorités de prise en charge.

Dans un service hospitalier saturé, savoir dès le départ qui a le plus de chances de se dégrader permet de :

  • renforcer la surveillance des patients à risque ;
  • ajuster les traitements plus tôt ;
  • orienter les ressources médicales vers ceux qui en ont le plus besoin ;
  • potentiellement diminuer le temps jusqu’à l’intervention en réanimation si nécessaire.

Jusqu’à présent, la prédiction du risque de forme grave reposait souvent sur des scores cliniques (basés sur des données comme la saturation en oxygène, la fréquence respiratoire, etc.) ou sur des marqueurs inflammatoires « classiques » comme la protéine C réactive (CRP), un indicateur général d’inflammation. 

Mais ces outils n’ont jamais été parfaits. Certains patients avec des signes cliniques relativement modérés peuvent soudainement se dégrader, tandis que d’autres affichent des données inquiétantes sans jamais basculer.

Le Corimuno-Score s’inscrit donc dans une démarche d’immuno-profilage prédictif qui dit moins ce que le patient ressent aujourd’hui que ce qu’il risque de ressentir demain.

Les résultats de cette étude jettent aussi une lumière un peu inattendue : l’importance des marqueurs rénaux dans la prédiction des formes graves. On a longtemps pensé au rein surtout comme un organe secondaire dans l’histoire du Covid-19, affecté parfois par l’hypoxie ou la réponse inflammatoire systémique. Or ici, même chez des patients qui ne présentaient pas de signes évidents d’insuffisance rénale, les marqueurs KIM-1 et LCN2 étaient fortement associés au risque de décès.

Cela suggère que le rein pourrait être un organe sentinelle, c’est-à-dire un organe dont les signaux biologiques précèdent et annoncent l’aggravation générale de la maladie. Une piste qui n’est pas encore pleinement explorée, mais qui pourrait inspirer de futures recherches non seulement sur le Covid-19, mais aussi sur d’autres infections virales graves comme la grippe.

À SAVOIR

Selon Santé publique France, la vaccination reste le moyen le plus efficace pour réduire le risque de formes graves de Covid-19, en particulier chez les personnes âgées ou fragiles.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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