
On croyait que se coucher tard n’était qu’une mauvaise habitude… La science y voit désormais un risque pour le cœur. Alors que les troubles du sommeil deviennent un enjeu majeur, plusieurs études suggèrent que les noctambules réguliers seraient plus vulnérables à l’infarctus et à l’AVC.
Les Français dorment moins et leur sommeil se dégrade. Mais au-delà du manque d’heures, un autre facteur retient désormais l’attention des chercheurs : l’heure du coucher.
Depuis plusieurs années, plusieurs équipes spécialisées en chronobiologie observent une association nette entre un coucher tardif régulier et un risque cardiovasculaire plus élevé, incluant l’infarctus et l’accident vasculaire cérébral.
Couche-tard, couche tôt : ça existe vraiment ?
C’est quoi un chronotype ?
L’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) rappelle depuis plusieurs années que chaque individu possède un chronotype, c’est-à-dire une préférence biologique pour un horaire de veille et de sommeil. Certains sont naturellement « du matin », d’autres « du soir ». Une affaire de biologie, pas de volonté.
Autrement dit, se coucher tard n’est pas forcément un caprice. Beaucoup de personnes ont un métabolisme qui s’active en soirée, un rythme de vigilance décalé, ou une sécrétion tardive de mélatonine, l’hormone du sommeil. Les chronobiologistes expliquent même que notre horloge interne, située dans l’hypothalamus, n’est pas strictement réglée sur l’heure sociale.
Un monde construit pour les lève-tôt
La société, elle, fonctionne surtout sur un rythme matinal. L’école sonne tôt, le travail commence tôt, l’administration ouvre tôt. Résultat, les couche-tard doivent souvent se lever avant que leur corps ne l’aurait souhaité.
Ce décalage, les chercheurs le nomment « jet lag social ». Un terme qui résume bien la sensation. Celle d’être en décalage permanent, comme si l’on changeait de fuseau horaire chaque jour sans jamais pouvoir récupérer. Ce décalage impose une pression physiologique qui, à long terme, n’est pas sans conséquence.
Couche-tard : un risque cardiovasculaire plus élevé
Depuis les années 2020, plusieurs études internationales en chronobiologie et en santé publique associent les couchers tardifs à un risque cardiovasculaire accru. Menées sur de larges cohortes, elles décrivent des tendances convergentes chez les chronotypes tardifs :
- une fréquence plus élevée d’hypertension artérielle ;
- davantage de troubles métaboliques, dont la résistance à l’insuline ;
- une dette de sommeil chronique plus marquée ;
- une désynchronisation de l’horloge biologique, avec des effets sur le fonctionnement vasculaire.
Ces résultats, relayés notamment par Euronews Santé dans un article sur le risque accru d’infarctus et d’AVC chez les personnes se couchant très tard, restent des associations, non des causalités, mais leur cohérence et leur répétition suffisent à mobiliser les spécialistes.
Mais pourquoi les couche-tard sont-ils plus exposés ?
La dette de sommeil, un poison lent mais efficace
Dans un monde matinal, les couche-tard accumulent souvent une dette de sommeil.
L’INSERM souligne régulièrement que le manque de sommeil est associé :
- à une augmentation de la pression artérielle,
- à des perturbations hormonales,
- à un stress physiologique accru.
Or, le manque de sommeil chronique est un facteur reconnu de maladies cardiovasculaires. Lorsque la dette de sommeil devient structurelle, plusieurs années, parfois toute une vie, le cœur finit par montrer des signes de fragilité.
La désynchronisation de l’horloge biologique
Notre système cardiovasculaire est profondément lié à notre horloge interne. Pression artérielle, rythme cardiaque, sécrétion d’hormones du stress… Tout suit une chorégraphie complexe, réglée sur le cycle veille-sommeil.
Se coucher tard, surtout de manière décalée par rapport aux heures de lumière naturelle, entraîne une désynchronisation circadienne. L’INSERM explique qu’une désynchronisation durable affecte le métabolisme, la régulation du sucre, la tension artérielle, autant de facteurs de risque cardiovasculaire.
Des comportements nocturnes moins favorables à la santé cardiaque
Les couche-tard ne sont pas « à risque » parce qu’ils se couchent tard, mais parce que ce rythme entraîne souvent des comportements associés :
- repas tardifs, parfois copieux,
- grignotage nocturne,
- consommation accrue d’écrans (donc de lumière bleue),
- activité physique réduite en journée,
- horaires sociaux contraints.
Ces comportements, que de nombreuses enquêtes de santé publique observent en France depuis plusieurs années, contribuent à perturber le métabolisme, la digestion et la régulation cardiovasculaire.
Des pics hormonaux qui n’arrivent plus au bon moment
Le cortisol, l’hormone du stress, est censé atteindre son pic le matin pour nous aider à démarrer la journée. Chez les chronotypes tardifs, ce pic se décale. Cette dérégulation peut influencer la tension artérielle, la glycémie et la variabilité du rythme cardiaque.
La mélatonine, quant à elle, est produite trop tardivement, parfois à cause de la lumière artificielle du soir. Cela complique l’endormissement et accentue la désynchronisation.
Une récupération nocturne écourtée et de moindre qualité
Les premières heures de sommeil sont les plus réparatrices, celles où le système cardiovasculaire ralentit et se régénère.
Lorsqu’on se couche très tard, ces phases essentielles sont réduites ou perturbées. Le cœur fonctionne alors sur un mode plus « actif » une plus grande partie de la nuit, ce qui, à long terme, augmente la fatigue physiologique.
Maladies cardiovasculaires : peut-on réduire les risques quand on est couche-tard ?
Inutile de se transformer en moine du sommeil couché à 21 h. Les spécialistes préconisent plutôt des ajustements progressifs et réalistes :
- avancer doucement l’heure du coucher (par paliers),
- maintenir des horaires réguliers,
- privilégier la lumière naturelle le matin,
- réduire les écrans le soir,
- adopter une alimentation plus légère en fin de journée,
- pratiquer une activité physique régulière,
- créer une routine de détente en soirée.
Dans certains cas, surtout pour les chronotypes très tardifs, une consultation en centre du sommeil peut être utile pour évaluer la situation et proposer un suivi adapté.
À SAVOIR
Selon l’INSERM, la privation de sommeil altère la régulation du glucose et favorise une résistance à l’insuline, un mécanisme métabolique associé à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires.







