Un grain de beauté qui change légèrement de forme, une nouvelle tache dans le dos ou une lésion qui grossit sans attirer l’attention. Ces petits changements peuvent passer inaperçus pendant des mois, alors qu’ils constituent parfois les premiers signes d’un mélanome, la forme la plus redoutée des cancers de la peau. Le problème, c’est qu’il n’est pas toujours facile de surveiller soi-même sa peau, surtout lorsqu’on possède des dizaines de grains de beauté. Et lors d’une consultation, difficile pour un dermatologue de se souvenir précisément de l’apparence de chaque lésion plusieurs mois auparavant.
Pour faciliter ce suivi, un nouveau centre de dermatologie ouvert à Venette, près de Compiègne, dans l’Oise, mise sur la photographie corporelle en 3D. Grâce à cette technologie, les médecins peuvent conserver des images détaillées de la peau, comparer les lésions d’une consultation à l’autre et identifier plus facilement les changements suspects. Un dispositif particulièrement intéressant pour les patients présentant un risque élevé de mélanome, mais qui ne remplace pas l’examen d’un dermatologue.
Près de 18 000 nouveaux mélanomes diagnostiqués chaque année en France
Le mélanome représente un véritable enjeu de santé publique. Selon l’Institut national du cancer (INCa), 17 922 nouveaux cas ont été estimés en France en 2023, dont 9 109 chez les hommes et 8 813 chez les femmes. Un chiffre en progression depuis plusieurs décennies, notamment en raison de l’exposition aux rayons ultraviolets du soleil et des cabines de bronzage.
Moins fréquent que les carcinomes, le mélanome est aussi plus dangereux, car il peut se propager rapidement à d’autres organes. D’où l’importance d’un diagnostic précoce. Selon les données de l’INCa, la survie nette à cinq ans atteint 93 % en France, tous stades confondus. Un taux qui varie fortement selon l’avancement du cancer au moment de sa découverte.
Cancer de la peau : quel est ce nouveau dispositif disponible dans l’Oise ?
Un scanner 3D capable de cartographier les grains de beauté
Le dispositif ressemble davantage à un studio photo qu’à un équipement médical traditionnel. Le patient se place au centre d’une installation équipée de nombreux appareils photo qui capturent simultanément des images de son corps sous différents angles. Baptisé VECTRA WB360, ce système assemble ensuite les clichés pour reconstituer une image numérique de la peau en trois dimensions. Le dermatologue peut ainsi examiner les différentes parties du corps, localiser les grains de beauté et conserver une cartographie précise pour les prochaines consultations.
Contrairement à un scanner utilisé en radiologie, cet appareil n’émet pas de rayons X. Il fonctionne uniquement à partir de photographies numériques et ne nécessite aucune intervention sur la peau. Son principal avantage réside dans le suivi des lésions au fil du temps. Lors d’une nouvelle consultation, le médecin peut comparer les images avec celles prises plusieurs mois auparavant. Il devient alors plus facile de repérer un grain de beauté qui grossit, change de couleur ou apparaît sur une zone jusque-là sans lésion.
Peut-il vraiment détecter un mélanome plus tôt ?
Le mélanome est l’un des cancers de la peau les plus dangereux, car il peut évoluer rapidement et se propager à d’autres organes. Plus il est détecté tôt, meilleures sont les chances de guérison. La cartographie 3D permet de comparer les images prises à plusieurs mois d’intervalle pour repérer un grain de beauté qui grossit, change de forme ou de couleur, ou une nouvelle lésion suspecte.
Cette technologie est particulièrement utile chez les personnes possédant de nombreux grains de beauté ou présentant un risque élevé de mélanome. Elle facilite le suivi de lésions parfois difficiles à surveiller individuellement. Toutefois, les études ne démontrent pas qu’un dépistage systématique par scanner 3D réduit la mortalité liée au mélanome. Certaines anomalies peuvent également échapper aux photographies, ce qui rend l’examen clinique du dermatologue indispensable.
Le scanner 3D peut-il remplacer le dermatologue ?
Malgré ses performances, le scanner 3D ne peut pas diagnostiquer un cancer de la peau à lui seul. Il permet de repérer des lésions suspectes, mais leur analyse reste du ressort du dermatologue. Pour les examiner plus précisément, le spécialiste utilise un dermatoscope, un appareil grossissant qui révèle des détails invisibles à l’œil nu. Si une lésion présente des signes inquiétants, elle peut être retirée chirurgicalement puis analysée en laboratoire pour confirmer ou écarter un cancer.
Certains dispositifs intègrent également une intelligence artificielle capable d’aider à identifier les anomalies cutanées. Mais ces outils ne remplacent pas l’expertise médicale. Leurs résultats doivent être interprétés par un professionnel de santé, car une analyse automatisée rassurante ne suffit pas à exclure un mélanome.
Qui devrait vraiment bénéficier d’une cartographie 3D de la peau ?
La cartographie corporelle en 3D s’adresse principalement aux personnes présentant un risque élevé de mélanome. Elle peut notamment être utile chez celles qui possèdent de nombreux grains de beauté, des lésions atypiques ou des antécédents personnels ou familiaux de mélanome.
Les personnes à la peau très claire, ayant subi des coups de soleil répétés ou particulièrement sensibles aux rayons UV doivent également faire l’objet d’une surveillance renforcée. La Haute Autorité de santé (HAS) recommande d’ailleurs de privilégier le dépistage précoce chez les populations les plus à risque, plutôt que de généraliser les examens à l’ensemble des Français.
Pour ces patients, la cartographie 3D peut faciliter le suivi des grains de beauté dans le temps. Mais cet examen n’est pas indispensable pour tout le monde. C’est au dermatologue d’évaluer son intérêt selon les facteurs de risque et les besoins de surveillance de chaque patient.
Cancer de la peau : un dépistage à 150 euros, mais quel remboursement ?
Au centre de dermatologie de Venette, la cartographie corporelle en 3D est facturée 150 euros. Un tarif qui peut peser sur le budget des patients, notamment lorsque plusieurs examens sont nécessaires pour surveiller l’évolution des grains de beauté.
Pour l’heure, cet examen ne bénéficie pas d’un remboursement spécifique de l’Assurance Maladie. Une éventuelle consultation dermatologique associée peut toutefois être prise en charge selon les conditions habituelles. Certaines mutuelles peuvent également participer aux frais, en fonction des garanties souscrites.
Cette dépense pose aussi la question de l’accès aux nouvelles technologies médicales. Si la cartographie 3D peut améliorer le suivi de certains patients à risque, son coût pourrait limiter son utilisation. D’autant que cet examen n’est pas systématiquement nécessaire et que son intérêt doit être évalué par un dermatologue.
Comment repérer un cancer de la peau sans scanner 3D ?
Pas besoin d’un scanner dernier cri pour surveiller ses grains de beauté. Un auto-examen de la peau tous les trois à quatre mois est recommandé chez les personnes à risque, accompagné d’un suivi dermatologique adapté, généralement annuel. Pour reconnaître une lésion suspecte, les dermatologues s’appuient notamment sur la règle ABCDE, qui permet d’identifier cinq signes d’alerte.
- A comme Asymétrie – Le grain de beauté présente une forme irrégulière.
- B comme Bords – Ses contours sont flous ou mal délimités.
- C comme Couleur – Plusieurs couleurs apparaissent sur une même lésion.
- D comme Diamètre – Le grain de beauté mesure plus de 6 millimètres, même si un mélanome peut être plus petit.
- E comme Évolution – Il change de taille, de forme, de couleur ou d’épaisseur.
Le critère le plus important reste l’évolution. Un grain de beauté qui grossit rapidement, saigne spontanément ou une plaie qui ne cicatrise pas doivent alerter. Il faut également examiner les zones difficiles à voir, comme le dos, le cuir chevelu ou la plante des pieds, à l’aide d’un miroir ou d’un proche. En cas de doute, mieux vaut consulter rapidement un médecin plutôt que d’attendre le prochain contrôle dermatologique.
À SAVOIR
Un mélanome peut aussi apparaître sous un ongle. Cette forme rare de cancer se manifeste parfois par une bande brune ou noire qui s’élargit progressivement, notamment sur le pouce ou le gros orteil. Elle peut survenir sans exposition au soleil et être confondue avec un simple hématome.


