Une femme avec une tache noire sur la peau, signe de cancer de la peau.
Après un premier mélanome, le risque d’en développer un second atteint 8 %, selon l’Institut National du Cancer (INCa). © Freepik

Le cancer de la peau est en pleine expansion en France, avec en première ligne le mélanome, particulièrement agressif. Pour tenter d’enrayer cette progression inquiétante, la Ligue contre le cancer déploie une campagne de prévention originale, percutante et un brin… grillée, à l’aube d’un nouvel été sur la plage. Décryptage.

L’été approche, les terrasses débordent et les plages se remplissent. Le soleil, on l’adore, mais lui, il ne nous fait pas toujours du bien. Surtout à notre peau. Car derrière le bronzage doré et les baignades à répétition, les rayons UV sont à l’origine de milliers de cancers chaque année en France.

Face à ce constat préoccupant, une campagne pas comme les autres voit le jour : « On n’est pas des saucisses ». Le but ? Faire comprendre à tous qu’un coup de soleil peut parfois laisser une trace bien plus grave qu’une peau qui pèle.

Le cancer de la peau : des chiffres qui donnent des coups de chaud

Le mélanome, forme la plus grave de cancer cutané, tue environ 2 000 personnes chaque année en France. Il représente environ 15 000 à 18 000 nouveaux cas par an, selon les dernières données de Santé publique France et de l’Institut National du Cancer (INCa).

Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : les cancers cutanés non mélanocytaires, comme les carcinomes basocellulaires ou épidermoïdes, sont encore plus nombreux, avec plus de 140 000 cas par an. Une augmentation fulgurante : +111 % chez les femmes et +177 % chez les hommes en trente ans, selon Santé publique France. Les cancers de la peau explosent et, contrairement à d’autres, ils sont parmi les plus évitables.

Des saucisses sur la plage (mais pas les bonnes)

Avec son slogan pour le moins original, la campagne lancée par la Ligue contre le cancer en juin 2025 mise sur l’impact visuel et l’humour décalé pour faire passer un message de santé publique : notre peau n’est pas un barbecue.

Des visuels de saucisses grillées, bien alignées sur des serviettes de plage, illustrent l’analogie : la peau exposée sans protection, c’est le même sort. Ce parti pris fort vise à rappeler que chaque coup de soleil est une agression, et qu’aucune exposition n’est anodine.

Le message : 80 % des cancers de la peau pourraient être évités en changeant nos comportements face au soleil selon la Ligue contre le cancer.

Crème solaire et protection vestimentaire : le combo gagnant

S’il y avait une trousse de secours estivale idéale, elle contiendrait : une crème solaire SPF 30 ou plus, un tee-shirt anti-UV, un chapeau de paille ou de toile à larges bords, et des lunettes de soleil filtrant les UVA/UVB (norme CE catégorie 3 ou 4).

La crème solaire seule ne suffit pas. Elle est efficace, oui, mais à condition de l’appliquer en quantité suffisante (2 mg/cm², soit environ une cuillère à café pour le visage et le cou) et de la renouveler toutes les deux heures, surtout après une baignade, une sieste, ou une partie de beach-volley.

Et pour les enfants, pas d’exposition directe avant 3 ans. Leur peau est immature, ultra-sensible, et les coups de soleil précoces sont parmi les plus dangereux pour le futur.

Petit rappel utile : un tee-shirt mouillé n’est plus efficace contre les UV. Privilégiez les vêtements en tissus anti-UV, souvent utilisés dans les maillots de bain des plus petits.

Éviter le soleil aux heures de pointe

Entre 12h et 16h en métropole (ou 10h–14h en Outre-mer), les rayons du soleil sont à leur zénith, donc à leur intensité maximale. C’est à ce moment-là que les UV sont les plus dangereux pour la peau.

À ces heures-là, c’est parasol, nappe à l’ombre ou retour au gîte. Le bronzage intense “à la méditerranéenne” peut sembler séduisant, mais c’est une illusion dangereuse.

Les UV ne sont pas visibles, mais ils marquent en profondeur. Et non, pas besoin de “rougir pour bronzer”. Le bronzage est en réalité une réponse de défense de la peau face à une agression.

Dire non aux cabines UV

Les cabines de bronzage, encore trop présentes dans certaines salles de sport ou centres esthétiques, sont de faux amis. Souvent présentées comme un moyen de “préparer la peau au soleil”, elles sont dangereuses et totalement inefficaces en prévention.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) les a classées cancérogènes certains (groupe 1), au même titre que le tabac ou l’amiante. Selon l’INCa, le risque de développer un mélanome augmente de 59 % si on les utilise avant 35 ans. Et cela grimpe encore avec la fréquence d’utilisation.

La réglementation interdit désormais leur usage aux mineurs, mais leur banalisation reste préoccupante. En résumé : le bronzage artificiel, c’est non, même avant les vacances, même pour un “fond de teint naturel”.

Apprendre à surveiller sa peau

Votre peau vous parle. Encore faut-il l’écouter et la regarder. Un petit grain de beauté qui change, une tache brune qui s’étale, un bouton qui ne guérit pas ? Ce sont des signaux d’alerte à ne pas ignorer.

La règle ABCDE est là pour vous guider :

  • A comme Asymétrie : un grain de beauté qui n’a pas la même forme des deux côtés.
  • B comme Bords irréguliers : flous, dentelés, difficiles à définir.
  • C comme Couleur non uniforme : plusieurs teintes (brun, noir, rouge, blanc…).
  • D comme Diamètre : supérieur à 6 mm.
  • E comme Évolution : modification de taille, forme, couleur ou texture dans le temps.

En cas de doute, une seule consigne : consultez un dermatologue. Le dépistage précoce d’un mélanome permet une survie à 5 ans de plus de 90 % s’il est détecté tôt selon l’Inca.

En parallèle de cette campagne, des actions sont menées dans les écoles, sur les plages, et dans les pharmacies pour sensibiliser dès le plus jeune âge aux cancers de la peau. L’enjeu est double :

  • Changer les habitudes des adultes, souvent déjà exposés depuis des années,
  • Éduquer les plus jeunes à une protection solaire systématique, comme un réflexe de santé.

Et ce n’est pas un luxe : un enfant qui prend cinq coups de soleil dans sa vie triple son risque de développer un mélanome plus tard selon la Fondation ARC.

À SAVOIR

Selon Santé publique France, un tiers des Français pensent encore qu’il faut attraper un coup de soleil pour bien bronzer. Une idée reçue tenace, pourtant fausse et dangereuse : un coup de soleil correspond à une brûlure de la peau, et augmente significativement le risque de cancer cutané, en particulier chez les enfants et les adolescents.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

2 Commentaires

  1. Superbe article.
    Dommage qu’on ne mentionne pas la difficulté de trouver une dermatologue qui accepte de faire les dépistages des cancer de la peau. J’ai une ordonnance depuis 1 an pour vérifier un grain de beauté chez un dermatologue. Impossible d’obtenir un RDV. Ils font tous de la chirurgie esthétique ou du laser. Et pour les dermato qui ne sont pas sur doctolib, quand j’appelle c’est le secrétariat qui fait barrage : tous les créneaux sont pris sur les 6 prochains mois. Rappeler dans 3 mois… et 3 mois plus tard, re belotte… Alors on fait comment pour se faire dépister ???
    Il y aurait peut être moins de cancer à stade avancé s’il était plus simple de se faire dépister en temps et en heure

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