Une adolescente hospitalisée après avoir pariticipé au Paracétamol challenge sur TikTok.
Une overdose de paracétamol provoque une destruction rapide du foie pouvant mener à une hépatite fulminante, une insuffisance hépatique et parfois la mort. © Freepik

Depuis le 4 février 2026, une vague d’hospitalisations pédiatriques touche la France et la Belgique. En cause, un défi viral sur TikTok incitant des adolescents à ingérer des doses massives de paracétamol. Cette pratique, motivée par la recherche erronée d’un effet récréatif, provoque des dommages hépatiques irréversibles. Analyse d’une crise sanitaire où la désinformation numérique sature les services de réanimation.

Le paracétamol, médicament le plus consommé en France, fait l’objet d’un détournement massif sous forme de « challenge » sur les réseaux sociaux. Appelé « Paracétamol challenge » sur Tiktok, les participants ingèrent des quantités critiques de comprimés devant leur caméra, ignorant les mécanismes biologiques de cette molécule. 

Plusieurs mineurs luttent actuellement contre une hépatite fulminante, une pathologie grave caractérisée par la destruction rapide des cellules du foie. 

Plusieurs adolescents hospitalisés en Belgique ont avoué avoir agi pour « planer un peu ». Ce qu’il ne savaient pas c’est que le paracétamol n’est pas une substance psychotrope. Contrairement aux opioïdes ou à d’autres antalgiques plus lourds, il n’agit pas sur les récepteurs du plaisir ou de la récompense dans le cerveau. En clair, il est rigoureusement impossible de ressentir un quelconque effet planant avec du Doliprane ou du Dafalgan.

Les symptômes rapportés par certains participants, tels que la somnolence, les vertiges ou les acouphènes, ne sont pas des effets récréatifs mais les signes cliniques précoces d’une intoxication systémique. 

Le paracétamol est normalement métabolisé sans encombre tant que l’on respecte les doses. Cependant, lors d’une surdose massive, le foie produit en excès une substance appelée NAPQI, un métabolite hautement toxique.

En temps normal, notre corps utilise un antioxydant nommé glutathione pour neutraliser cette NAPQI. Mais lors d’une ingestion importante, comme pour ce “challenge” TikTok, les doses ingérées sont telles que les réserves de glutathione s’épuisent en quelques heures. 

La NAPQI se retrouve alors libre de détruire les cellules du foie. Durant les premières vingt-quatre heures, l’adolescent peut ne ressentir qu’une légère nausée ou une fatigue banale. C’est la phase de latence. Le véritable signe d’un problème survient généralement entre deux et quatre jours après l’ingestion, moment où le foie commence à défaillir réellement.

La France est l’un des plus gros consommateurs de paracétamol au monde. Selon l’ANSM, cette molécule est la base de plus de 200 spécialités pharmaceutiques vendues sur notre territoire. Cette omniprésence a fini par créer un sentiment de sécurité trompeur. On oublie trop souvent que la marge entre la dose qui soigne et la dose qui tue est plus étroite qu’on ne le pense.

Pour un adulte en bonne santé, la dose maximale recommandée est de trois grammes par jour, exceptionnellement quatre sur avis médical. Pour un adolescent, le seuil de toxicité peut être atteint très rapidement. 

Dépasser les huit ou dix grammes en une seule prise expose directement à une hépatite fulminante. Selon les chiffres de l’ANSM, le paracétamol est déjà la première cause de greffe de foie d’origine médicamenteuse en France. 

Pourquoi des jeunes, pourtant informés, cèdent-ils à cette pratique ? 

TikTok fonctionne sur un principe de mimétisme. Lorsqu’une vidéo de challenge devient virale, elle est perçue par l’adolescent comme une norme sociale. L’Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives (OFDT) souligne régulièrement dans ses rapports que la perception du risque est considérablement diminuée lorsque le comportement est partagé par les pairs.

Le fait que le paracétamol soit disponible sans ordonnance renforce l’idée qu’il s’agit d’un produit « sûr ». On assiste à une forme de désacralisation du médicament. Ce qui devrait être un outil de soin devient un accessoire de mise en scène. 

Les algorithmes de recommandation, en poussant ces contenus vers des publics vulnérables, créent une chambre d’écho où la mise en garde médicale disparaît derrière le nombre de « likes ».

Des mesures de restriction déjà en place mais insuffisantes

Face au mésusage croissant, les autorités françaises avaient pourtant déjà sévi. Depuis janvier 2020, le paracétamol n’est plus en libre-service dans les officines. Il doit impérativement être placé derrière le comptoir du pharmacien. Cette mesure visait à limiter les achats impulsifs et à restaurer le rôle de conseil du professionnel de santé.

Toutefois, cette barrière physique ne peut rien contre la pharmacie de la maiso. La plupart des foyers disposent de stocks importants de boîtes de 500 mg ou de 1 g. C’est dans ce stock familial que les adolescents puisent pour réaliser leurs défis. 

L’urgence de la prise en charge et l’antidote

Les hôpitaux disposent d’un antidote efficace appelé la N-acétylcystéine. Ce traitement permet de restaurer les réserves de glutathione du foie et de neutraliser le poison. Cependant, l’efficacité de cet antidote est maximale s’il est administré dans les huit heures suivant l’ingestion.

C’est là que le bât blesse avec le challenge TikTok. Si l’adolescent cache son geste par peur ou par honte, les médecins interviennent trop tard. Selon les protocoles hospitaliers français, une prise en charge tardive augmente drastiquement le risque de séquelles hépatiques à vie ou de décès. 

Si vous avez le moindre doute sur l’ingestion massive de comprimés par un proche, il ne faut pas attendre l’apparition de douleurs abdominales ou d’une jaunisse. Le réflexe doit être immédiat : contacter le 15 ou le centre antipoison régional.

La réponse à cette crise ne peut être uniquement médicale ou répressive, mais doit passer par une vulgarisation scientifique importante. Expliquer que le paracétamol n’est pas un bonbon, qu’il ne procure aucun plaisir et qu’il possède un pouvoir destructeur réel est une priorité. 

L’enjeu de demain sera de porter ces messages directement là où les adolescents se trouvent. Si TikTok est le vecteur du poison, il doit aussi devenir celui de l’antidote informationnel. Les autorités sanitaires commencent à investir ces plateformes pour démonter les mécanismes de ces défis, mais la bataille contre la viralité est rude.

À SAVOIR 

De nombreux remèdes contre le rhume ou les douleurs de règles cachent du paracétamol sous d’autres noms commerciaux. Pour éviter une intoxication accidentelle, vérifiez systématiquement la composition de vos boîtes. Respectez strictement la limite d’un gramme par prise et attendez quatre à six heures entre chaque comprimé.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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