Une jeune adolescente qui boit une boisson sucrée.
L’OMS a appelé, en janvier 2026, à taxer les boissons sucrés et alcoolisés, pour en limiter la consommation. © Freepik

Anxiété, troubles du sommeil, difficultés de concentration… Plusieurs travaux récents soulèvent l’hypothèse d’un lien entre consommation de boissons sucrées et fragilité psychique chez les adolescents. Les résultats, encore à interpréter avec prudence, montrent néanmoins une tendance qui se confirme au fil des études. Ces produits du quotidien pourraient peser davantage qu’on ne le pense sur la santé mentale des jeunes. 

Écrans omniprésents, réseaux sociaux en continu, horaires décalés, pression scolaire… L’adolescence, déjà identifiée comme une période de bouleversements intenses, se retrouve traversée par une accumulation de défis que les générations précédentes n’ont pas connus à une telle échelle. 

Depuis plusieurs années, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme sur l’augmentation du stress, des troubles anxieux ou encore de la fatigue chronique chez les jeunes. Mais un autre facteur, celui de l’alimentation, et plus précisément la consommation de boissons sucrées, vient ajouter un autre facteur de risque dans le développement des troubles psychiques chez les plus jeunes. 

Sodas, thés glacés, boissons aux fruits sucrées, boissons énergétiques… Ces produits, très accessibles et massivement consommés par les adolescents, sont depuis longtemps pointés du doigt pour leurs effets métaboliques. Ils sont associés au surpoids, aux caries ou encore au risque de diabète. 

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que ces boissons pourraient également influencer le fonctionnement du cerveau des jeunes. Ces apports élevés en sucre liquide pourraient contribuer à l’émergence de troubles anxieux ou altérer certaines capacités cognitives, comme l’attention ou la mémoire.

En France, ces résultats trouvent un écho particulier au regard des habitudes de consommation des adolescents. Les données publiées par OFDT en 2023 montrent que cette tranche d’âge reste fortement exposée au sucre liquide. À 17 ans :

  • 60 % des jeunes déclarent boire au moins une boisson sucrée par jour,
  • 17 % en consomment deux ou davantage quotidiennement.

Ces boissons ne se limitent pas aux sodas classiques. Elles incluent aussi les thés glacés, les boissons aux fruits fortement sucrés, certaines boissons pour sportifs et, phénomène en hausse, les boissons énergétiques.

L’ANSES, dans un avis publié en 2022, alertait d’ailleurs sur la montée de ces dernières. Leur teneur en caféine est sensiblement plus élevée que celle des colas, avec parfois l’ajout de composés stimulants comme la taurine. 

En février 2026, des chercheurs britanniques publient dans le Journal of Human Nutrition and Dietetics une méta-analyse explorant le lien entre consommation de boissons sucrées et anxiété chez les jeunes.

Cette publication scientifique, examinant plusieurs cohortes d’adolescents, met en évidence que les adolescents ayant une consommation élevée de boissons sucrées présentent, en moyenne, un risque accru de 34 % d’exprimer des symptômes anxieux par rapport à ceux qui en consomment peu.

Selon les auteurs de cette étude, il ne s’agit en aucun cas d’une démonstration de causalité. Les données statistiques montrent une relation robuste, mais non suffisante pour affirmer que les boissons sucrées “provoquent” l’anxiété.

Une détresse psychique en forte progression

En France, l’anxiété chez les adolescents s’impose désormais comme un enjeu de santé publique majeur. Les pédopsychiatres, psychologues scolaires et médecins généralistes tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Les jeunes expriment davantage de stress, de ruminations, d’inquiétudes envahissantes et de troubles du sommeil qu’auparavant.

Cette tendance s’est amplifiée après la pandémie de Covid-19, un événement qui a marqué une génération déjà fragilisée par les pressions scolaires, le rythme numérique et l’instabilité sociale.

Santé mentale des jeunes : une réalité préoccupante

En France, la situation mentale des adolescents ne cesse d’inquiéter. Selon une enquête réalisée en 2025 par Ipsos, près d’un jeune sur quatre présente des signes évocateurs d’un trouble anxieux ou d’une dépression.

Et ce chiffre, déjà considérable, ne reflète qu’une part de la souffrance psychique qui traverse cette génération. Stress chronique, irritabilité, fatigue émotionnelle, sentiment de débordement, difficulté à gérer la pression scolaire… Ces symptômes, plus diffus mais tout aussi impactants, touchent une proportion bien plus large de collégiens et de lycéens.

Sur le terrain, les signaux d’alerte se multiplient. Infirmières scolaires, médecins de protection maternelle et infantile, psychologues de collège ou de lycée décrivent une hausse marquée des demandes de consultation, des jeunes plus vulnérables face au stress et un quotidien scolaire où l’anxiété s’exprime plus ouvertement.

Dans plusieurs régions, la situation se tend et les délais pour obtenir un rendez-vous en pédopsychiatrie peuvent atteindre plusieurs mois, témoignant de la saturation des services et de l’ampleur du besoin d’accompagnement.

Un impact sur la vie scolaire et sociale

L’anxiété ne se limite pas à un malaise intérieur, elle s’invite dans tous les aspects du quotidien des adolescents. Elle influe directement sur :

  • la concentration et les capacités d’apprentissage, en rendant plus difficile la mémorisation ou la réalisation de tâches complexes ;
  • l’engagement scolaire, avec un risque accru d’absentéisme, de retards répétés ou, dans les cas les plus marqués, de décrochage ;
  • la vie sociale, certains adolescents évitant les interactions perçues comme stressantes, les travaux de groupe, les sorties, ou même les échanges en classe ;
  • le sommeil, fréquemment perturbé par des ruminations ou des difficultés d’endormissement, ce qui aggrave à son tour les symptômes anxieux.

Cette spirale peut rapidement devenir handicapante. Elle touche l’adolescente ou l’adolescent dans un moment clé de son développement, une période où le cerveau est en pleine maturation et où la régulation émotionnelle demeure particulièrement vulnérable.

Le rôle central du sommeil

L’hypothèse la plus fréquemment évoquée concerne la perturbation du sommeil. Chez les adolescents, le sommeil est déjà mis à l’épreuve par les écrans, le stress scolaire et les rythmes décalés. L’ajout de boissons riches en sucres rapides et parfois en caféine peut aggraver la situation.

  • Le sucre peut provoquer des pics glycémiques suivis de chutes brutales, susceptibles d’entraîner agitation, nervosité ou irritabilité en soirée.
  • La caféine retarde l’endormissement et réduit la qualité des cycles de sommeil.

Or, la littérature scientifique établit depuis longtemps un lien solide entre mauvais sommeil et anxiété. L’association observée dans l’étude pourrait donc refléter une chaîne d’effets indirects plutôt qu’une action directe du sucre sur la santé mentale.

Le “réconfort” alimentaire et ses limites

Les adolescents anxieux ou stressés ont tendance à rechercher des aliments réconfortants. Le sucre en fait partie. Le goût sucré active des circuits cérébraux de récompense, procurant un apaisement temporaire. Mais à mesure que ce comportement devient répétitif, il peut s’accompagner :

  • d’une augmentation de la consommation quotidienne,
  • d’un renforcement des émotions négatives liées à la culpabilité ou à la perte de contrôle,
  • d’un risque d’aggraver à terme les symptômes anxieux.

Ainsi, il n’est pas impossible que l’anxiété précède la consommation, plutôt que l’inverse.

Le poids des facteurs de mode de vie

Les chercheurs évoquent également la présence de facteurs confondants. En population adolescente, une forte consommation de boissons sucrées peut être associée à :

  • une alimentation globalement déséquilibrée,
  • une faible pratique d’activité physique,
  • un contexte familial tendu,
  • un stress scolaire important,
  • un usage excessif des écrans.

Or ces facteurs, pris isolément, sont déjà connus pour augmenter le risque de troubles anxieux.

Lorsque les chercheurs ont commencé à examiner non plus seulement l’humeur, mais aussi le fonctionnement cognitif, un tableau plus nuancé s’est dessiné. Plusieurs équipes internationales se sont penchées sur des fonctions clés du développement adolescent : l’attention, la mémoire, la rapidité d’apprentissage ou encore certaines compétences scolaires, dont les mathématiques.

Une vaste analyse regroupant différentes cohortes d’enfants et d’adolescents révèle un phénomène en demi-teinte :

  • à faible consommation, aucune dégradation notable n’apparaît dans les performances ;
  • mais lorsque les boissons sucrées deviennent un réflexe régulier, plusieurs fois par semaine, les résultats ont tendance à reculer, notamment dans les tests mesurant la capacité à rester concentré.

Ces observations ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet et les chercheurs restent très prudents sur ce point. Mais elles convergent, d’une étude à l’autre, vers une même intuition scientifique : l’excès de sucre liquide pourrait faire vaciller certaines fonctions mentales essentielles à l’apprentissage, surtout dans une période aussi sensible que l’adolescence.

À SAVOIR 

Selon l’ Organisation mondiale de la santé (OMS), un trouble mental sur deux débute avant 14 ans. Le moindre déséquilibre (nuits écourtées, pression scolaire, alimentation trop sucrée) peut avoir un écho plus fort sur un cerveau encore en pleine construction.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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