Une femme ayant dormi huit heures cette nuit, mais qui se réveille pourtant épuisée.
73 % des Français déclarent se réveiller la nuit, à raison de 2 fois par nuit. © Freepik

Huit heures de sommeil et pourtant vous avez encore cette sensation de sortir du lit déjà à moitié vidé. En France, la fatigue reste l’un des motifs de plainte les plus fréquents en consultation. Le problème ne serait pas seulement de dormir trop peu, mais parfois de dormir trop mal… Explications.

Pour être en forme, il fallait dormir huit heures. Rideau, bonne nuit, merci. Les recommandations internationales estiment que la plupart des adultes ont besoin de 7 à 9 heures de sommeil par nuit, bien que ces besoins varient selon l’âge, l’état de santé et les particularités de chacun.

Huit heures de sommeil peuvent donc convenir à beaucoup de monde… mais ce n’est pas une garantie de récupération optimale !

Car dormir, ce n’est pas seulement additionner des heures comme on coche des cases sur une to-do list. Une nuit de sommeil est une architecture complexe, faite de cycles, de phases profondes, de sommeil paradoxal (celui des rêves), de micro-réveils parfois invisibles et d’une synchronisation fine avec notre horloge biologique.

On peut donc passer huit heures au lit… sans bénéficier d’un sommeil réellement réparateur.

Sommeil : quand la qualité manque à l’appel

La qualité du sommeil repose sur plusieurs critères : s’endormir dans un délai raisonnable, dormir sans trop de réveils, bénéficier de cycles suffisamment stables, se réveiller avec une sensation de récupération et rester fonctionnel dans la journée.

Les troubles du sommeil concernent une part importante de la population, avec une progression observée ces dernières années, notamment depuis la crise sanitaire. Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, nuits jugées insuffisantes ou non récupératrices… Le tableau est désormais familier.

Concrètement, on peut dormir “assez longtemps” mais être fatigué si :

Le corps était couché. Le cerveau, lui, n’est pas tombé dans les bras de Morphée.

Le stress : un colocataire qui dort avec nous

Le stress chronique maintient l’organisme en état d’alerte : 

  • fréquence cardiaque plus élevée, 
  • ruminations mentales
  • tension musculaire, 
  • vigilance accrue.

L’Inserm rappelle que l’anxiété et les troubles de l’humeur entretiennent des liens étroits avec l’insomnie. Le phénomène fonctionne dans les deux sens : le stress altère le sommeil, et le mauvais sommeil augmente ensuite la vulnérabilité émotionnelle et donc les symptômes anxieux.

Les écrans empêchent de bien dormir

Téléphone au lit, dernier épisode d’une série, scroll sur les réseaux sociaux, notifications tardives… Le moment du coucher est aujourd’hui synonyme d’écrans omniprésents. 

La lumière bleue des écrans peut retarder la sécrétion de mélatonine, hormone impliquée dans l’endormissement. L’Anses a alerté dès 2019 sur les effets potentiels des LED riches en bleu sur les rythmes biologiques et l’éblouissement visuel.

Mais au-delà de la lumière, il y a surtout la stimulation mentale. Réseaux sociaux, informations anxiogènes, contenus rapides… Difficile de demander au cerveau de passer de “hyperconnecté” à “sommeil profond”. Le problème n’est donc pas seulement technologique. Il est aussi comportemental.

L’horloge biologique n’aime pas l’improvisation

Notre organisme fonctionne selon un rythme circadien d’environ 24 heures. Température corporelle, vigilance, sécrétions hormonales, digestion, tout suit une cadence interne.

Quand les heures de coucher et de lever changent sans cesse, cette horloge se dérègle partiellement. Les spécialistes parlent parfois de jet lag social, c’est-à-dire un décalage entre le rythme imposé par la vie sociale et celui du corps.

Selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), la régularité des horaires est un facteur majeur d’un bon sommeil.Se coucher à minuit un jour, 22 h le lendemain puis 2 h le surlendemain n’aide pas franchement à se sentir en pleine forme. 

Parfois, la fatigue persistante malgré des nuits apparemment suffisantes cache un véritable trouble du sommeil passé sous les radars. C’est le cas de 

  • L’apnée du sommeil : ce syndrome provoque des pauses respiratoires répétées pendant la nuit. Ces interruptions fragmentent le sommeil sans que la personne en garde toujours le souvenir. Au réveil, cela peut entraîner grande fatigue, maux de tête, somnolence ou irritabilité. La Haute Autorité de santé rappelle que ce trouble reste fréquent et encore sous-diagnostiqué.
  • Le syndrome des jambes sans repos : il se manifeste par des sensations désagréables dans les jambes, surtout le soir, avec un besoin irrépressible de bouger.
  • Les insomnies chroniques : certaines personnes dorment plusieurs heures, mais d’un sommeil léger, anxieux, instable. Sur le papier, la durée semble correcte ; dans les faits, la récupération est insuffisante.

Avec l’âge, un sommeil plus léger et plus morcelé

En avançant en âge, le sommeil devient souvent plus léger et plus fragmenté. En cause, une diminution progressive du sommeil profond, la phase la plus réparatrice sur le plan physique. Les nuits deviennent alors plus sensibles au bruit, aux mouvements ou au moindre inconfort.

L’horloge biologique tend aussi à avancer. On s’endort plus tôt, on se réveille plus tôt, avec parfois des éveils au milieu de la nuit. La sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil, peut également devenir moins régulière.

À cela s’ajoutent des facteurs fréquents après 60 ans : 

  • douleurs articulaires, 
  • envies d’uriner la nuit
  • reflux, 
  • crampes, 
  • traitements médicamenteux,
  • troubles du sommeil. 

Chez les femmes, des périodes hormonales qui bousculent les nuits

Certaines étapes de la vie hormonale modifient nettement le sommeil. Pendant la grossesse, les variations hormonales, l’inconfort physique, les reflux ou les réveils urinaires peuvent multiplier les interruptions nocturnes.

En post-partum, la récupération est souvent mise à rude épreuve par les réveils du nourrisson, la charge mentale et parfois une fragilité psychologique.

À la ménopause, les bouffées de chaleur, sueurs nocturnes et fluctuations hormonales favorisent les réveils répétés et les nuits moins réparatrices.

Chez les adolescents, un rythme naturel décalé

Chez les adolescents, le problème vient souvent moins du sommeil lui-même que du timing. Leur horloge interne se décale naturellement vers des horaires plus tardifs. Ils ont sommeil plus tard le soir, mais doivent souvent se lever tôt pour l’école.

Ils ont donc une dette de sommeil fréquente, des réveils difficiles et une fatigue parfois interprétée à tort comme de la paresse.

Les recommandations de l’Inserm, de l’INSV et de Santé publique France convergent sur plusieurs points assez simples :

  • garder des horaires de lever relativement réguliers ;
  • s’exposer à la lumière naturelle le matin ;
  • pratiquer une activité physique en journée ;
  • limiter alcool et repas très lourds le soir ;
  • éviter les écrans juste avant le coucher ;
  • réserver le lit au sommeil et à l’intimité ;
  • maintenir une chambre calme, sombre et plutôt fraîche.

Néanmoins, une fatigue qui persiste malgré des nuits correctes mérite un avis médical, surtout si elle dure plusieurs semaines ou s’accompagne de somnolence diurne, ronflements importants, troubles de concentration, irritabilité ou baisse de moral.

Le médecin pourra rechercher un trouble du sommeil, mais aussi d’autres causes fréquentes : anémie, carence en fer, troubles thyroïdiens, dépression, effets indésirables médicamenteux, douleurs chroniques ou surcharge psychique.

À SAVOIR 

Dormir dans une chambre trop chaude peut réellement nuire à la qualité du sommeil. Pour s’endormir, le corps doit naturellement faire baisser sa température interne. Si la pièce est trop chauffée, au-delà de 19°C, ce mécanisme fonctionne moins bien et l’endormissement peut être retardé et les réveils nocturnes plus fréquents.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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