Un homme fait ses comptes pour savoir s’il pourra acheter des produits d’hygiène.
Si vous êtes en difficulté, les banques alimentaires proposent aussi des produits d’hygiène. © Freepik

Savon, dentifrice, shampoing, protections périodiques… Ces produits paraissent aller de soi. Pourtant, selon le 6e Baromètre “Hygiène et Précarité en France” publié le jeudi 16 avril 2026, près de 4 millions de Français renoncent ou limitent l’achat de produits d’hygiène essentiels… faute de moyens financiers. Notre analyse.

La période n’est décidément pas aux dépenses superflues… On connaissait déjà les renoncements aux soins dentaires, aux lunettes, au chauffage ou aux loisirs. Voici désormais les arbitrages dans la salle de bain. 

Selon le 6e Baromètre de la précarité hygiénique réalisé pour Dons Solidaires en 2026, 16 % des Français déclarent avoir déjà dû choisir entre acheter à manger ou acheter des produits d’hygiène.

Les produits les plus ordinaires (savon, lessive, dentifrice, protections menstruelles, couches) cessent d’être des évidences pour devenir des dépenses à reporter, à réduire, parfois à supprimer.

Selon cette même enquête, près de 4 millions de Français sont confrontés à une privation hygiénique sévère, c’est-à-dire qu’ils renoncent régulièrement à au moins un produit d’hygiène essentiel pour raisons financières. Affolant !

Près d’un Français sur deux a déjà restreint ses achats

Selon l’enquête, 43 % des Français ont déjà réduit leurs achats de produits d’hygiène faute de budget. Inquiétant, d’autant que le problème ne concerne pas seulement les ménages les plus pauvres. Il touche aussi des foyers modestes et une partie des classes moyennes.

Pour faire face, plusieurs solutions reviennent souvent :

  • acheter en promotion
  • choisir des marques moins chères
  • repousser certains achats
  • acheter uniquement le nécessaire

Ces choix montrent que beaucoup de ménages doivent surveiller chaque dépense au quotidien.

Plus d’un Français sur six a déjà dû choisir entre manger et acheter des produits d’hygiène

Les revenus ne suffisent plus toujours à couvrir les dépenses de base. Toujours selon l’enquête, 16 % des Français disent avoir déjà dû choisir entre acheter à manger ou acheter des produits d’hygiène. 

Une fois payés le loyer, l’électricité, les assurances, les transports et les courses alimentaires, il reste parfois trop peu pour le reste. Les produits d’hygiène deviennent alors une variable d’ajustement. Savon, shampoing, dentifrice, lessive, protections périodiques ou couches ne disparaissent pas des besoins. Mais ils passent après les urgences immédiates. 

Certains achats sont reportés de quelques jours, réduits au minimum ou supprimés temporairement. Et ces difficultés budgétaires ne concernent plus seulement les situations de grande pauvreté. Elles touchent aussi des foyers qui travaillent, paient leurs factures, mais n’arrivent plus à absorber toutes les dépenses du quotidien.

Quand il faut choisir entre remplir le frigo et remplir l’armoire de la salle de bain, le problème dépasse largement la simple gestion de budget. C’est presque une question de survie….

Près de 4 millions de personnes en grande difficulté

Le baromètre distingue les difficultés passagères des situations chroniques, lorsque les renoncements deviennent réguliers.

Et selon l’enquête, près de 4 millions de Français vivent avec cette privation hygiénique sévère. Cela signifie qu’ils manquent fréquemment d’au moins un produit essentiel.

On ne parle donc plus ici d’acheter moins souvent une marque connue ou d’attendre la prochaine promotion. Il s’agit de besoins de base qui ne sont plus toujours couverts. Et ces difficultés touchent à l’intime et sont souvent vécues avec gêne.

Et ce manque peut peser directement sur la santé, la confiance en soi, la vie sociale et parfois même la recherche d’emploi. Un vrai cercle vicieux.

Les travailleurs pauvres en première ligne

La précarité hygiénique ne touche pas seulement les personnes sans emploi. Elle concerne aussi celles qui travaillent. Parmi les travailleurs pauvres, 69 % déclarent avoir déjà restreint leurs achats de produits d’hygiène.

Aujourd’hui, avoir un emploi ne protège pas systématiquement de la précarité. En cause, des salaires modestes et des charges fixes élevées, mais aussi des contrats à temps partiel ou de courte durée peu rémunérateurs.

En d’autres termes, certains actifs travaillent, mais restent contraints sur l’essentiel. Cette pauvreté laborieuse progresse depuis plusieurs années, documentée notamment par l’Insee et l’Observatoire des inégalités.

Les femmes particulièrement exposées

La précarité hygiénique touche fortement les femmes, notamment à travers la précarité menstruelle. Selon le baromètre, 2,3 millions de femmes ont déjà eu recours à des protections périodiques de fortune faute de moyens suffisants.

Concrètement, le manque d’argent pousse certaines à adapter leurs habitudes. Cette perte de pouvoir d’achat peut se traduire par :

  • garder une protection plus longtemps que recommandé
  • utiliser des solutions de dépannage inadaptées
  • limiter leurs déplacements
  • manquer le travail
  • annuler des sorties
  • éviter certaines activités pendant leurs règles

Ces situations peuvent avoir des conséquences sur la santé (irritations, démangeaisons, inconfort, infections…). Elles font courir aussi un risque accru de syndrome du choc toxique en cas de port prolongé de protections internes comme les tampons

Le sujet dépasse donc largement la simple question du budget. Il touche à la santé, à l’égalité et à la dignité.

Depuis les épisodes inflationnistes de 2022 à 2024, les ménages ont absorbé des hausses importantes sur l’alimentation, l’énergie et certains services du quotidien. Même lorsque l’inflation ralentit, les prix, eux, redescendent rarement. Et les dépenses dites “compressibles” deviennent les premières touchées.

Les produits d’hygiène sont certes nécessaires, mais leur achat peut parfois être retardé de quelques jours ou de quelques semaines. C’est précisément ce qui les rend vulnérables dans les arbitrages budgétaires.

Un paquet de pâtes manque immédiatement. En revanche, un tube de dentifrice absent du verre à dents passe plus inaperçu…

Le brossage régulier des dents avec un dentifrice fluoré est recommandé par l’Assurance Maladie pour prévenir les caries et les maladies des gencives. Une hygiène corporelle insuffisante peut favoriser certaines irritations ou infections cutanées. Des protections périodiques utilisées trop longtemps peuvent aussi entraîner inconfort et risques sanitaires.

Mais l’impact ne se limite pas au médical.

La précarité hygiénique affecte aussi la confiance en soi, la vie sociale, la recherche d’emploi, la présence au travail, parfois même le simple fait de sortir de chez soi. Elle agit en silence, sur l’estime personnelle. De manière insidieuse.

La précarité hygiénique reste moins visible que d’autres formes de pauvreté. On parle plus facilement d’un découvert bancaire, d’un loyer difficile à payer ou de courses réduites que d’un manque de savon, de dentifrice ou de lessive. Ces difficultés touchent à l’intime et sont souvent tues par gêne.

Pourtant, cet indicateur en dit beaucoup sur l’état réel des budgets. Les produits d’hygiène font partie des achats de base. Ils sont nécessaires, réguliers et normalement intégrés aux dépenses courantes. Lorsqu’ils deviennent trop chers ou sont repoussés, cela signifie que les marges financières ont presque disparu. Un constat alarmant, d’autant que l’avenir demeure bien incertain…

À SAVOIR 

Lors de certaines périodes de pénurie, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe, le savon solide a parfois servi de monnaie d’échange, tant ce produit essentiel était devenu rare et précieux au quotidien.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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