Une femme atteinte d’un cancer du sein traitée par chimiothérapie.
La durée d’une chimiothérapie contre le cancer du sein dépend du type de tumeur, de son évolution et des traitements utilisés, mais elle s’étend généralement sur trois à six mois. © Magnific

Présentés le 29 mai 2026 au congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology à Chicago, les résultats de l’essai international Optima montrent qu’un test génomique analysant 50 gènes tumoraux pourrait permettre à de nombreuses femmes atteintes d’un cancer du sein précoce hormono-positif d’éviter une chimiothérapie sans augmenter leur risque de récidive. Menée sur plus de 4 400 patientes, l’étude marque une nouvelle étape vers des traitements plus personnalisés.

Pour beaucoup de femmes atteintes d’un cancer du sein, la chimiothérapie reste une étape particulièrement difficile. Fatigue importante, nausées, chute des cheveux, douleurs, troubles de la mémoire ou encore risque d’infertilité… Ce traitement peut provoquer des effets secondaires lourds, parfois durables. Pourtant, toutes les patientes n’en auraient pas forcément besoin.

Depuis plusieurs années, les chercheurs cherchent donc à mieux comprendre quelles femmes tirent un réel bénéfice de la chimiothérapie… et lesquelles pourraient s’en passer sans augmenter leur risque de rechute.

C’est dans ce contexte que des chercheurs britanniques ont présenté, le 30 mai 2026 au congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology à Chicago, les résultats de l’essai international Optima. Réalisée sur plus de 4 400 femmes atteintes d’un cancer du sein précoce hormono-positif, l’étude montre qu’un test analysant l’activité de 50 gènes de la tumeur pourrait permettre à de nombreuses patientes d’éviter une chimiothérapie, sans réduire leurs chances de guérison ni augmenter le risque de récidive.

Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes. Selon Santé publique France et l’Institut national du cancer, près de 61 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France. Grâce au dépistage plus précoce et aux progrès des traitements, les chances de guérison ont fortement augmenté ces dernières années.

Mais en réalité, il n’existe pas “un” cancer du sein, mais plusieurs formes très différentes de la maladie. Certaines tumeurs évoluent lentement et présentent peu de risques de récidive. D’autres, au contraire, sont plus agressives et nécessitent des traitements lourds pour limiter le risque de rechute.

Pour décider si une chimiothérapie est nécessaire, les médecins analysent depuis longtemps plusieurs éléments  comme la taille de la tumeur, l’âge de la patiente, la présence éventuelle de cellules cancéreuses dans les ganglions ou encore l’aspect des cellules observées au microscope. Le problème, c’est que ces critères ne suffisent pas toujours à savoir précisément quelles femmes bénéficieront réellement d’une chimiothérapie. Ainsi, certaines patientes reçoivent parfois un traitement lourd alors que leur risque de rechute était finalement faible.

Un test qui “lit” l’activité des gènes de la tumeur

Le test étudié dans l’essai Optima s’appelle Prosigna. Développé par Veracyte, il appartient à la famille des tests génomiques tumoraux. Concrètement, il ne cherche pas des mutations génétiques chez la patiente elle-même. Il analyse l’activité de 50 gènes directement à l’intérieur de la tumeur afin d’évaluer son comportement biologique et son risque de récidive.

Certaines tumeurs possèdent une “signature génétique” laissant penser qu’elles ont peu de chances de récidiver après chirurgie et hormonothérapie. Dans ce cas, la chimiothérapie apporterait peu de bénéfices supplémentaires. À l’inverse, d’autres profils génétiques signalent des cancers plus agressifs, pour lesquels la chimiothérapie reste utile.

Selon les résultats présentés à l’ASCO, les femmes dont le traitement était guidé par ce test n’ont pas eu moins de chances de survie que celles traitées selon les critères classiques. Cinq ans après le traitement, la survie sans récidive atteignait environ 93,7 % dans le groupe guidé par le test génomique, contre 94,9 % dans le groupe traité selon les pratiques standards. Une différence jugée non significative par les chercheurs. Surtout, une large proportion de patientes a pu éviter une chimiothérapie.

Une avancée vers une médecine “sur mesure”

Ce type d’approche illustre ce que les médecins appellent désormais la médecine personnalisée. L’objectif n’est plus seulement de traiter un cancer selon son emplacement dans le corps, mais aussi selon ses caractéristiques biologiques propres. Et ce changement est loin d’être anodin. Car si la chimiothérapie sauve de nombreuses vies, elle reste un traitement lourd. Selon l’Institut national du cancer, elle peut provoquer des effets secondaires immédiats (fatigue, infections, nausées, chute des cheveux) mais aussi des complications plus durables comme des troubles neurologiques, une atteinte cardiaque ou une infertilité.

Éviter une chimiothérapie inutile représente donc un enjeu médical, mais aussi humain. Pendant longtemps, les médecins préféraient parfois traiter “au cas où”, afin de réduire au maximum le risque de rechute. Aujourd’hui, l’objectif devient aussi d’éviter les traitements excessifs lorsque les bénéfices sont faibles.

Ces tests sont-ils déjà utilisés en France ?

Oui, mais encore de manière variable. Plusieurs tests génomiques existent déjà dans certains centres spécialisés français, notamment pour les cancers du sein hormonodépendants à un stade précoce. Les plus connus sont Oncotype DX, MammaPrint ou Prosigna. En France, la Haute Autorité de santé reconnaît depuis plusieurs années l’intérêt potentiel de ces outils dans certaines situations précises, notamment pour aider à décider d’une chimiothérapie lorsque le risque de récidive est difficile à évaluer avec les critères classiques.

Mais leur accès reste encore inégal selon les établissements et les situations médicales. Leur coût, parfois élevé, continue aussi d’alimenter les discussions. L’étude Optima pourrait toutefois renforcer leur place dans les années à venir. Par son ampleur, elle constitue l’un des plus grands essais réalisés sur ce sujet.

Cependant, ces résultats ne signifient pas que la chimiothérapie va disparaître du traitement du cancer du sein. Les conclusions concernent principalement des femmes atteintes d’un cancer du sein hormono-positif à un stade précoce, qui représente environ 70 à 80 % des cancers du sein selon l’Institut national du cancer.

Certaines patientes continueront à avoir besoin d’une chimiothérapie, notamment lorsque la tumeur présente des caractéristiques plus agressives ou un risque élevé de récidive. Le test ne remplace donc pas le médecin. Il devient plutôt un outil supplémentaire pour aider à prendre une décision plus fine, plus adaptée à chaque situation.

À SAVOIR 

La chimiothérapie n’est pas toujours le traitement le plus long dans le cancer du sein. Pour les cancers hormono-positifs, comme ceux concernés par l’étude Optima, de nombreuses patientes doivent ensuite suivre une hormonothérapie pendant cinq à dix ans afin de réduire le risque de récidive. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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