Doliprane pendant la grossesse : le médicament « féminise-t-il » vraiment les garçons ?

le 6 juillet 2026 à 17h52
Une femme qui prend un doliprane pendant sa grossesse.
À ce jour, le paracétamol reste le traitement de première intention contre la douleur et la fièvre chez la femme enceinte. © Magnific
Depuis plusieurs jours, une affirmation largement relayée sur les réseaux sociaux assure que la prise de Doliprane pendant la grossesse « féminiserait » les garçons à naître. Si certaines études scientifiques ont bien exploré les effets du paracétamol sur le développement hormonal du fœtus masculin, les données disponibles à ce jour ne permettent pas de conclure à un tel phénomène chez l'être humain. Les autorités sanitaires continuent d'ailleurs de recommander son utilisation lorsqu'elle est nécessaire, sous certaines conditions.
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Le Doliprane est-il devenu un danger pour les futurs petits garçons ? C’est ce que laissent entendre certains influenceurs ainsi que de nombreuses publications virales diffusées ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Selon ces messages, la prise de paracétamol pendant la grossesse « féminiserait » les garçons, diminuerait leur masculinité, voire modifierait durablement leur développement sexuel.

Ces affirmations, très alarmistes, reposent pourtant sur une interprétation largement exagérée de travaux scientifiques complexes. En réalité, les chercheurs s’intéressent depuis plusieurs années aux effets potentiels du paracétamol sur le développement du fœtus, mais les résultats restent encore loin de démontrer un risque avéré chez l’être humain. Plusieurs sociétés savantes et agences sanitaires rappellent ainsi qu’à ce jour, le paracétamol demeure l’antalgique et l’antipyrétique de référence pendant la grossesse lorsqu’il est utilisé correctement.

Le Doliprane « féminise » les garçons : d’où vient cette polémique ?

Le débat n’est pas nouveau. Depuis une quinzaine d’années, plusieurs équipes de recherche tentent de mieux comprendre si certains médicaments pris pendant la grossesse pourraient perturber le développement hormonal du fœtus masculin. Le sujet intéresse particulièrement les scientifiques car la production de testostérone chez le fœtus joue un rôle essentiel dans la formation des organes génitaux masculins pendant les premières semaines de grossesse. Toute substance susceptible d’interférer avec ce mécanisme fait donc l’objet d’une surveillance.

Certaines études expérimentales ont ainsi montré que le paracétamol pouvait modifier, dans certaines conditions, la production de testostérone au cours du développement fœtal. C’est cette observation qui est aujourd’hui reprise sur les réseaux sociaux… mais souvent sans les nombreuses nuances indispensables à sa compréhension. La polémique a véritablement pris de l’ampleur après la diffusion, fin mai 2026, d’une vidéo de l’influenceuse Maeva Ghennam, suivie par plusieurs millions d’abonnés. Enceinte, elle y expliquait ne plus vouloir prendre de Doliprane, affirmant que sa gynécologue lui aurait indiqué que ce médicament pouvait « féminiser » un futur garçon. Bien que la publication d’origine ait ensuite disparu, ses propos ont été largement repris sur TikTok, Instagram et d’autres réseaux sociaux, où de nombreuses vidéos ont présenté cette hypothèse comme un fait scientifiquement établi. 

Mais alors, le doliprane peut-il vraiment féminiser les garçons ? 

Ce que montrent réellement les études scientifiques

Les travaux les plus souvent cités proviennent d’études réalisées sur des animaux ou sur des tissus humains étudiés en laboratoire. Par exemple, plusieurs recherches ont observé qu’une exposition prolongée au paracétamol pouvait diminuer temporairement la production de testostérone dans des modèles expérimentaux. Ces résultats ont conduit les chercheurs à s’interroger sur d’éventuelles conséquences chez le fœtus humain.

Mais il est essentiel de rappeler qu’une étude menée chez la souris ou sur des tissus cultivés en laboratoire ne permet pas, à elle seule, de conclure qu’un même effet se produit chez une femme enceinte ou chez son enfant. Les doses utilisées, les durées d’exposition et les conditions expérimentales diffèrent souvent fortement de celles rencontrées dans la vie réelle. Comme le rappelle l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), les données issues de modèles expérimentaux servent avant tout à formuler des hypothèses qui doivent ensuite être confirmées par des études cliniques chez l’humain.

Chez l’humain, les résultats restent très incertains

Les chercheurs disposent essentiellement d’études dites « observationnelles ». Concrètement, ils suivent des milliers de femmes enceintes et observent ensuite la santé de leurs enfants. Problème, ces travaux ne permettent pas de démontrer un lien de cause à effet. En effet, les femmes qui prennent du paracétamol pendant leur grossesse souffrent généralement de fièvre, d’infections ou de douleurs. Or ces situations, à elles seules, peuvent aussi influencer le développement du fœtus. Il est donc particulièrement difficile de distinguer l’effet éventuel du médicament de celui de la maladie qui a motivé sa prise.

Certaines études ont rapporté une association entre une utilisation prolongée du paracétamol pendant la grossesse et quelques anomalies du développement reproducteur masculin, comme la cryptorchidie (l’absence de descente d’un ou des deux testicules) ou certaines modifications de la distance ano-génitale, un marqueur utilisé en recherche sur le développement hormonal. 

D’autres études, en revanche, n’ont retrouvé aucun lien significatif. Cette hétérogénéité explique pourquoi les chercheurs restent très prudents dans leurs conclusions. Selon les auteurs d’une revue publiée dans la revue scientifique Nature Reviews Endocrinology en 2021, les preuves disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude une relation causale entre l’exposition prénatale au paracétamol et des troubles du développement reproducteur chez l’être humain.

Les chercheurs n’ont jamais parlé de « féminisation » des garçons

Aucune étude n’a montré que le paracétamol rendait les garçons « plus féminins », ni qu’il influençait leur identité sexuelle, leur orientation sexuelle ou leur expression de genre. Ces questions ne sont d’ailleurs pas celles auxquelles les chercheurs cherchent à répondre. Leurs travaux portent sur un mécanisme biologique beaucoup plus précis. Pendant les premières semaines de la grossesse, le fœtus masculin produit de la testostérone, une hormone indispensable au développement normal de ses organes génitaux. Depuis plusieurs années, des équipes de recherche s’interrogent sur la possibilité que certains médicaments, dont le paracétamol, puissent perturber temporairement cette production hormonale lorsqu’ils sont pris de manière prolongée au cours de cette période particulièrement sensible.

C’est sur cette hypothèse que reposent les études expérimentales réalisées chez l’animal ou sur des tissus fœtaux humains. Elles suggèrent que, dans certaines conditions de laboratoire, le paracétamol pourrait réduire temporairement la production de testostérone. Mais ces résultats ne permettent pas de conclure qu’un tel effet se produit chez les femmes enceintes ni, surtout, qu’il entraîne des conséquences à long terme chez les enfants.

Faut-il arrêter de prendre du Doliprane lorsqu’on est enceinte ?

Une fièvre élevée ou une douleur importante pendant la grossesse peuvent elles-mêmes présenter des risques pour la mère comme pour le fœtus. Renoncer à un traitement efficace par crainte d’un danger non démontré pourrait donc être plus préjudiciable que bénéfique. Le bon réflexe reste donc de demander conseil à un professionnel de santé avant toute prise médicamenteuse et d’éviter l’automédication prolongée. En pratique, les chercheurs poursuivent leurs travaux afin de mieux comprendre les effets potentiels du paracétamol sur le développement du fœtus. Mais à ce jour, les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’affirmer que le Doliprane « féminise » les garçons.

Comme souvent en science, l’absence de certitude ne signifie pas que le risque est démontré. Elle invite surtout à poursuivre les recherches tout en s’appuyant sur les meilleures preuves disponibles. En l’état actuel des connaissances, les recommandations des autorités sanitaires françaises et européennes restent inchangées : lorsqu’il est médicalement indiqué, le paracétamol demeure le médicament de référence contre la douleur et la fièvre pendant la grossesse, à condition de respecter les doses recommandées et la durée de traitement la plus courte possible.

À SAVOIR 

La fièvre pendant la grossesse peut être plus risquée que le paracétamol lui-même. En début de grossesse, une forte fièvre non traitée est associée à une augmentation du risque de certaines malformations congénitales et de complications de la grossesse.

Image de Marie Briel
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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