
Un médecin français de retour d’une mission humanitaire en République démocratique du Congo a été diagnostiqué porteur du virus Ebola après son arrivée en France. Cinq passagers ayant voyagé avec lui ont été placés à l’isolement par précaution. Si le risque de propagation reste jugé faible par les autorités sanitaires, les conditions dans lesquelles ce praticien a pu prendre un vol commercial avant son diagnostic suscitent interrogations et inquiétudes chez certains professionnels de santé.
Les autorités sanitaires françaises ont confirmé le 24 juin la prise en charge d’un médecin français infecté par le virus Ebola après son retour d’une mission humanitaire en République démocratique du Congo (RDC), où une épidémie est actuellement en cours. Dans le cadre des investigations menées autour de ce cas importé, cinq passagers ayant voyagé avec lui ont été identifiés comme des cas contacts et placés à l’isolement pendant 21 jours, soit la durée maximale d’incubation de la maladie. À ce stade, aucun ne présente de symptôme.
Au-delà du suivi des cinq cas contacts, cette affaire alimente le débat sur les protocoles appliqués au retour des missions humanitaires en zone Ebola. Plusieurs infectiologues et médecins, à l’instar d’un président d’URPS, s’interrogent sur les circonstances qui ont permis à ce praticien d’embarquer sur un vol commercial avant que son infection ne soit diagnostiquée. Dans un courrier adressé au Premier ministre et à la ministre chargée de la Santé, il demande notamment un « un audit des rapatriements sanitaires ou humanitaires depuis les zones Ebola, afin de vérifier le respect effectif des quarantaines, des procédures de non-embarquement en cas de symptôme et des obligations de déclaration ».
Comment ce médecin a-t-il pu voyager alors qu’il était infecté ?
Une personne infectée par Ebola n’est pas contagieuse tant qu’elle ne présente pas de symptômes. Selon l’OMS, le virus Ebola possède une période d’incubation comprise entre 2 et 21 jours. Durant cette phase silencieuse, le virus se multiplie dans l’organisme mais la personne se sent parfaitement bien. Elle peut donc voyager sans savoir qu’elle est infectée. Les premiers symptômes apparaissent ensuite brutalement. Il s’agit généralement d’une forte fièvre, d’une fatigue intense, de douleurs musculaires, de maux de tête ou encore de vomissements et de diarrhées. Ce n’est qu’à partir de ce moment que la transmission devient possible.
Autrement dit, rien n’indique que ce médecin était malade au moment de monter dans l’avion. Il est très probable qu’il ait été contaminé lors de sa mission humanitaire, puisque les premiers signes de la maladie sont apparus après son retour. Mais pourquoi, dans un souci de précaution, n’a t il pas été placé en quarantaine d’office avant son retour en France ? Parce qu’une quarantaine d’office pour tous les soignants revenant d’une zone touchée par Ebola n’est pas la règle. Elle serait très lourde, difficile à appliquer systématiquement et surtout pas toujours justifiée médicalement. Selon l’OMS, la surveillance repose d’abord sur l’évaluation du niveau d’exposition : un soignant correctement protégé, sans incident connu pendant sa mission, n’est pas considéré de la même manière qu’une personne ayant eu un contact non protégé avec le sang, les vomissements ou les autres liquides biologiques d’un malade.
En pratique, seuls les contacts jugés à risque élevé peuvent faire l’objet de restrictions strictes, tandis que les autres sont surveillés pendant 21 jours, avec consigne de signaler immédiatement fièvre ou symptômes. Dans le cas du médecin français, rien n’indique à ce stade qu’une exposition à haut risque avait été identifiée avant son départ.
Ebola ne s’attrape pas dans un avion comme la grippe
Son mode de transmission est très différent de celui de virus respiratoires comme la Covid-19, la grippe ou la rougeole. Selon l’OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), Ebola ne se transmet pas par l’air. Le virus ne circule ni par la respiration, ni par les éternuements, ni simplement parce que l’on partage le même espace. Pour être contaminé, il faut un contact direct avec les liquides biologiques d’une personne malade :
- sang,
- vomissements,
- diarrhées,
- salive,
- sueur,
- urine,
- selles,
- sperme,
- certains tissus biologiques.
Le risque est donc particulièrement élevé pour les proches qui soignent un malade sans protection adaptée ou pour les professionnels de santé en contact avec des patients infectés. Le fait d’avoir simplement partagé un vol avec une personne infectée ne conduit donc pas automatiquement à une contamination. Les cinq passagers identifiés sont surveillés uniquement parce que les autorités sanitaires appliquent le principe de précaution maximal.
Aussi, Ebola ne se transmet pas par simple contact avec un objet, comme une poignée ou un accoudoir, sauf si cet objet a été contaminé par les liquides biologiques d’une personne malade. Le risque reste donc très faible dans un avion si la personne ne présente pas de symptômes et s’il n’y a pas eu de contact direct avec du sang, des vomissements, de la diarrhée ou une autre sécrétion infectieuse.
Ebola : cinq cas contacts en quarantaine après le retour du médecin infecté
Pourquoi isoler les passagers pendant 21 jours ?
La durée de 21 jours n’a pas été choisie au hasard. Selon l’OMS, il s’agit de la durée maximale d’incubation du virus Ebola, c’est-à-dire le temps qui peut s’écouler entre la contamination et l’apparition des premiers symptômes. Dans la plupart des cas, ceux-ci surviennent plus tôt, généralement entre 8 et 10 jours après l’infection, mais ils peuvent exceptionnellement apparaître jusqu’au 21e jour. Pendant cette période, les personnes identifiées comme cas contacts ne sont pas considérées comme malades. Elles font toutefois l’objet d’une surveillance sanitaire renforcée :
- prise quotidienne de la température,
- vigilance accrue vis-à-vis de symptômes évocateurs (fièvre, fatigue, douleurs musculaires, maux de tête, vomissements ou diarrhées),
- contact régulier avec les autorités sanitaires.
Si l’un de ces signes apparaît, la personne est immédiatement prise en charge afin de confirmer ou d’écarter le diagnostic et d’éviter toute transmission. À l’inverse, si aucun symptôme ne survient au terme des 21 jours, la personne est considérée comme non infectée et le suivi est levé.
Pourquoi n’isoler que cinq passagers, et pas tout l’avion ?
En pratique, les autorités sanitaires ne considèrent pas automatiquement l’ensemble des voyageurs comme des cas contacts à risque. L’évaluation dépend de plusieurs éléments :
- la proximité avec la personne infectée,
- la durée du contact,
- l’existence ou non de symptômes pendant le vol,
- d’éventuels déplacements dans l’appareil,
- l’usage des sanitaires.
Les cinq passagers placés à l’isolement sont donc ceux qui ont été identifiés comme ayant eu le contact le plus pertinent avec le médecin infecté. Cela ne signifie pas forcément que les autres voyageurs sont totalement ignorés. Si de nouveaux éléments apparaissent, notamment sur les déplacements du patient dans l’avion ou sur l’apparition de symptômes pendant le trajet, le traçage peut être élargi. L’objectif est de surveiller les personnes réellement exposées, sans transformer chaque passager du vol en cas contact à haut risque.
Ebola : le risque d’une transmission reste très faible en France ?
L’OMS considère que le risque mondial pour la santé publique reste faible. De son côté, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies estime que le risque pour la population européenne est lui aussi faible, grâce à plusieurs facteurs. D’abord, les systèmes de surveillance permettent aujourd’hui d’identifier rapidement les personnes exposées.
Ensuite, les hôpitaux français disposent d’unités hautement spécialisées capables de prendre en charge ce type d’infection dans des conditions de sécurité très strictes. Enfin, contrairement à des virus respiratoires très contagieux, Ebola nécessite des contacts rapprochés avec une personne symptomatique, ce qui limite fortement les chaînes de transmission lorsqu’un cas est détecté rapidement.
À SAVOIR
Le virus Ebola peut persister dans certaines parties du corps après la guérison. Selon l’OMS, il peut rester présent pendant plusieurs mois dans des sites dits « immunologiquement protégés », comme les yeux, le système nerveux central ou le sperme.







