Un agriculteur épand une quantité importante de pesticides sur ses champs, à proximité d’habitations.
Selon l’association Avenir Santé Environnement, qui a porté plainte avec Nature Environnement 17, quinze cas de cancers pédiatriques ont été recensés depuis 2008, entraînant deux décès, dans six communes de la plaine d’Aunis. © Freepik

À La Rochelle et dans la plaine d’Aunis (Charente-Maritime), une enquête judiciaire en cours depuis 2025 s’accélère début avril 2026 après des perquisitions dans plusieurs exploitations agricoles soupçonnées d’utiliser des pesticides interdits. Ces substances ont été retrouvées dans l’organisme d’enfants vivant à proximité, dans un territoire déjà marqué par plusieurs regroupements atypiques de cancers pédiatriques identifiés dans plusieurs communes de l’agglomération rochelaise. 

Depuis le 31 mars 2026, des perquisitions ont été menées dans plusieurs exploitations agricoles soupçonnées d’avoir utilisé des pesticides interdits, après la découverte de ces substances dans l’organisme d’enfants résidant dans les environs. 

Cette procédure judiciaire, engagée à la suite d’une plainte déposée en 2025 par Nature Environnement 17, intervient dans un contexte déjà tendu. Plusieurs communes de l’agglomération de La Rochelle et de la plaine d’Aunis sont en effet concernées par des regroupements inhabituels de cancers pédiatriques.

Deux dynamiques se croisent donc aujourd’hui sur un même territoire : d’un côté, des indices concrets d’exposition à des polluants chimiques ; de l’autre, une inquiétude persistante autour de la santé des enfants. À ce stade, aucun lien direct n’est établi entre ces éléments. Mais leur coexistence interroge sur l’impact réel des polluants environnementaux sur la santé infantile ?

Car si l’enquête devra déterminer d’éventuelles responsabilités, la science, elle, documente déjà depuis plusieurs années les effets potentiels de certaines expositions précoces. Pesticides, métaux lourds, polluants de l’air… Autant de substances invisibles, mais omniprésentes, qui peuvent interagir avec des organismes en développement. Et chez les enfants, ces interactions peuvent avoir des conséquences durables.

Les premières données à l’origine de l’enquête remontent à 2024, lorsque des familles de l’agglomération rochelaise font analyser les urines et les cheveux de 72 enfants âgés de 3 à 17 ans. Les résultats mettent en évidence la présence de plusieurs pesticides dans leur organisme. 

Parmi eux, l’acétamipride, à l’origine de la fameuse loi Duplomb, attire particulièrement l’attention. Cet insecticide appartient à la famille des néonicotinoïdes, des substances qui agissent sur le système nerveux des insectes. Or, en France, son utilisation et sa détention en agriculture sont interdites depuis 2018. 

Selon les éléments recueillis, les enfants vivant au plus près des zones agricoles présentent les niveaux les plus élevés, ce qui renforce l’hypothèse d’une exposition liée à l’environnement local. Ces résultats ont conduit, un an plus tard, au dépôt d’une plainte par des associations environnementales, déclenchant l’enquête judiciaire aujourd’hui en cours.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2018), ils absorbent davantage de substances toxiques rapportées à leur poids. Ils respirent plus vite, mangent proportionnellement plus et ont des comportements qui favorisent l’exposition, comme jouer au sol ou porter les mains à la bouche.

Mais surtout, leur organisme est en plein développement. Le cerveau, le système hormonal et le système immunitaire se construisent encore. Une exposition à certaines substances à ce moment-là peut perturber durablement ces processus.

Les pesticides ne restent pas confinés aux champs. Une fois pulvérisés, ils peuvent se disperser bien au-delà des zones agricoles. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES, 2016), ces substances peuvent 

Un enfant peut être exposé sans jamais avoir approché un tracteur ou manipulé un produit. Cette exposition est d’autant plus préoccupante qu’elle est souvent continue et difficilement perceptible. Contrairement à un accident ou à une intoxication aiguë, il s’agit ici de faibles doses répétées, sur une longue durée.

Or, selon l’ANSES, la proximité avec des zones agricoles constitue un facteur déterminant. Lors des périodes d’épandage, les concentrations dans l’air peuvent augmenter, exposant directement les riverains.

Un risque accru pour certains cancers chez l’enfant

Un cancer n’a presque jamais une seule cause. On parle de maladie multifactorielle, c’est-à-dire qu’elle résulte d’un mélange de facteurs génétiques, environnementaux, parfois liés au mode de vie.

Mais lorsqu’on observe des populations entières, certaines tendances apparaissent.

Selon une méta-analyse, les enfants vivant à proximité de zones où des pesticides sont utilisés présentent un risque plus élevé de développer une leucémie. De son côté, l’INSERM évoque une « présomption forte » de lien entre l’exposition aux pesticides et certains cancers pédiatriques.

Concrètement, cela signifie que les pesticides ne provoquent pas systématiquement un cancer mais ils peuvent augmenter le risque d’en développer un. Ce risque dépend de plusieurs facteurs : la dose, la durée d’exposition et le moment, notamment pendant la grossesse ou la petite enfance.

On ne peut donc pas dire « ce pesticide a causé ce cancer », mais on peut dire que certaines expositions rendent ces maladies plus probables.

Et à l’échelle d’un territoire, même une légère augmentation du risque peut se traduire par un nombre de cas plus élevé que la normale.

Des effets qui vont au-delà du cancer

Les polluants environnementaux ne se limitent pas au risque de cancer. Certaines expositions, notamment aux pesticides, peuvent perturber le développement de l’enfant à plusieurs niveaux :

  • le cerveau, avec des troubles du neurodéveloppement : difficultés d’attention, de mémoire, baisse des capacités d’apprentissage
  • le système hormonal, avec des perturbations endocriniennes qui peuvent affecter la croissance, la puberté ou le métabolisme
  • les voies respiratoires, avec un risque accru de troubles comme l’asthme ou des irritations chroniques

Ces effets peuvent apparaître à long terme, parfois plusieurs années après l’exposition.

Une période critique : avant même la naissance

L’exposition aux polluants peut commencer bien avant la naissance, pendant la grossesse. À ce moment-là, le fœtus est particulièrement vulnérable. Ses organes se forment, son cerveau se développe rapidement, et ses systèmes de protection sont encore immatures.

Certaines expositions prénatales à des pesticides sont associées à des effets sur le développement neurologique de l’enfant.

On parle alors de « période critique », soit un moment où l’organisme est particulièrement sensible. Même à faible dose, une exposition peut avoir des effets durables si elle survient au mauvais moment.

À SAVOIR 

Selon Santé publique France et l’INCa, environ 2 300 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chaque année chez les enfants en France, avec une légère augmentation de l’incidence sur les dernières décennies, sans qu’une cause unique soit identifiée à ce jour.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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