
Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, a obtenu une autorisation exceptionnelle pour utiliser un gel cicatrisant innovant basé sur une molécule d’hémoglobine extraite du ver marin Arenicola marina. L’hôpital s’est préparé à recourir à ce traitement inédit, développé en France, dans la prise en charge des dix grands brûlés de l’incendie de Crans-Montana encore hospitalisés sur place.
Le 1ᵉʳ janvier 2026, l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana a coûté la vie à 40 personnes et blessé 116 autres. Parmi les survivants, plusieurs présentaient des brûlures profondes nécessitant une prise en charge dans des centres spécialisés.
Certains ont été dirigés vers des unités françaises de référence, dont cinq personnes dans le centre Pierre-Colson, à Lyon. Et 22 autres victimes ont été transférées vers le CHUV le jour du drame, dont 10 y sont encore hospitalisées à ce jour.
Les brûlures sévères des patients pris en charge détruisent la microcirculation cutanée, réduisent l’oxygénation locale et compliquent la réussite des greffes de peau, pourtant indispensables dans les premiers jours suivant l’accident.
Pour répondre à ces enjeux, le CHUV a sollicité, et obtenu, une autorisation d’utiliser un gel expérimental basé sur une molécule d’hémoglobine issue du ver marin Arenicola marina.
Selon nos confrères helvétiques de Watson et Blick, cette autorisation s’inscrit dans le cadre du dispositif d’accès compassionnel, réservé aux situations où les traitements disponibles ne couvrent pas suffisamment les besoins cliniques des patients.
Un gel expérimental issu d’un ver marin : de quoi parle-t-on exactement ?
Une molécule oxygénante singulière
Le produit utilisé repose sur la molécule M101, développée par l’entreprise française Hemarina. Cette molécule est une hémoglobine extracellulaire présente chez un ver marin appelé Arenicola marina. Elle possède une capacité de fixation de l’oxygène beaucoup plus élevée que l’hémoglobine humaine.
Alors que l’hémoglobine humaine transporte quatre molécules d’oxygène, celle de ce ver marin peut en transporter plusieurs dizaines, ce qui lui permet de survivre hors de l’eau durant les marées basses. L’intérêt biomédical de cette propriété a été exploré dès les années 2000 par des équipes françaises, avant de déboucher sur un développement industriel.
La molécule M101 peut être utilisée pour soutenir l’oxygénation locale dans des tissus temporairement dépourvus de vascularisation. Situation fréquente lors de brûlures profondes, où la destruction des vaisseaux empêche l’apport naturel d’oxygène nécessaire à la cicatrisation.
Une technologie française en développement
Hemarina, fondée par le biologiste Franck Zal, mène depuis plus de quinze ans des travaux sur les hémoglobines extracellulaires et leurs applications médicales. Selon les informations publiques relayées par Le Temps et Mer & Marine, les vers sont élevés sur l’île de Noirmoutier, où la molécule est extraite puis purifiée.
Le gel cicatrisant à base de M101 n’a, à ce jour, obtenu aucune autorisation de mise sur le marché, ni en Suisse ni dans l’Union européenne. Les autorités de santé encadrent strictement son utilisation et les équipes qui y recourent doivent justifier :
- l’absence d’alternative thérapeutique ;
- la nécessité d’une intervention urgente ;
- la compatibilité entre l’état du patient et le bénéfice potentiel attendu.
L’autorisation délivrée au CHUV s’inscrit dans ce cadre réglementaire.
Un gel appliqué directement sur les tissus brûlés
Le gel mis à disposition du CHUV, notamment pour la prise en charge des victimes de Crans-Montana, se présente sous la forme d’un hydrogel contenant la molécule M101. D’après les informations rapportées par Blick et Watson, il peut être appliqué :
- directement sur les zones brûlées ;
- ou en association avec des pansements spécialisés.
Son objectif est d’assurer une oxygénation immédiate des tissus lésés, en particulier lors des premières heures et des premiers jours suivant une greffe. Cette phase est critique. Une greffe insuffisamment oxygénée présente un risque accru de nécrose, d’infection et de rejet.
En France, près de 80 patients auraient bénéficié du gel dans le cadre d’autorisations compassionnelles, selon Watson. Les retours recueillis font état de résultats cliniques favorables dans une large majorité de cas, notamment une amélioration de la prise des greffes. Ces données restent toutefois préliminaires et ne constituent pas une validation clinique formelle.
Grands brûlés : un nouvel espoir thérapeutique
La prise en charge des grands brûlés mobilise des compétences chirurgicales et réanimatoires importantes, et demeure l’un des domaines où les progrès thérapeutiques sont rares. Les greffes successives, la réhabilitation fonctionnelle, la prévention des infections et la restauration cutanée nécessitent un travail long et coûteux pour les équipes soignantes comme pour les patients.
Plusieurs centres européens suivent donc de près le développement des oxygénateurs tissulaires alternatifs. Les propriétés de M101 lui confèrent un intérêt particulier pour la chirurgie de la peau et les plaies étendues.
Selon des analyses publiées dans la presse suisse, cette approche pourrait également trouver des applications dans la chirurgie reconstructive, la chirurgie plastique complexe ou la prise en charge de certaines plaies chroniques. Toutefois, ces pistes nécessitent des évaluations cliniques approfondies avant toute utilisation hors du cadre dérogatoire actuel.
À SAVOIR
Selon RTS et Watson, un patient du CHU de Nantes, prénommé Thomas et brûlé à 85 % de la surface corporelle à la suite d’un grave accident domestique, a reçu un pansement expérimental contenant la molécule M101 dans le cadre d’un accès compassionnel. Les médecins ont observé une évolution meilleure qu’attendue : certaines zones traitées ont cicatrisé sans nécessiter de greffe. Un résultat encourageant, bien que préliminaire.







