Le centre des Grands Brûlés de Lyon, qui accueille les victimes de l'incendie de Crans-Montana.
Selon Santé publique France et de la Société française de brûlologie, la France recense chaque année près de 10 000 hospitalisations pour brûlures, plus ou moins graves. © HCL

L’incendie dévastateur qui a embrasé le bar Le Constellation, à Crans-Montana (Suisse) lors de la soirée du Nouvel An, ne s’est pas seulement soldé par un lourd bilan humain. Le drame a également fait une centaine de blessés, dont de nombreux grands brûlés qui n’ont pu être pris en charge sur place. Face à l’ampleur des besoins, les autorités suisses ont fait appel au Mécanisme européen de protection civile pour organiser des transferts vers des centres spécialisés en Europe. Cinq victimes ont ainsi été acheminées à Lyon en vue de leur prise en charge au sein du Centre des brûlés Pierre-Colson, l’un des principaux établissements spécialisés du pays.

Dans la nuit du drame de Crans-Montana, la violence des flammes de l’incendie qui a ravagé le bar Le Constellation a laissé derrière elle, outre 40 personnes décédées, des dizaines de blessés, dont plusieurs grands brûlés.

Très vite, la capacité des structures locales suisses s’est trouvée dépassée. Comme souvent dans ce type de catastrophe collective, la solidarité internationale a pris le relais. Grâce aux mécanismes européens d’entraide sanitaire, plusieurs victimes ont été transférées vers des centres spécialisés à l’étranger, notamment en France.

Parmi eux, les Hospices Civils de Lyon ont accueilli cinq patients gravement brûlés au sein de leur centre Pierre-Colson, l’un des plus experts du pays. Habituées à gérer des situations d’exception, les équipes lyonnaises se sont intégrées dans ce dispositif médical transfrontalier.

Qu’est-ce qu’un grand brûlé ?

On parle de grand brûlé lorsque la brûlure dépasse un certain seuil de gravité. Une surface corporelle étendue, généralement au-delà de 20 %, mais aussi lorsque des zones particulièrement sensibles sont atteintes, comme le visage, les mains, les pieds ou les voies respiratoires.

« Il y a des grandes quantités de brûlés qui vont nécessiter des traitements très spécifiques, des techniques qui sont très particulières et très rares » précise le Dr Olivier Martin, responsable médical du centre des brûlés des Hospices Civils de Lyon. Car la peau protège contre les infections, régule la température corporelle, participe à l’équilibre métabolique. Lorsqu’elle est détruite, c’est tout l’organisme qui vacille.

L’urgence, alors, consiste à stabiliser la victime. Là où une brûlure superficielle relève d’un soin local, la prise en charge des grands brûlés impose une hospitalisation en soins intensifs, des perfusions massives pour compenser les pertes hydriques, une gestion rigoureuse de la douleur, et souvent des interventions chirurgicales répétées. Dans certains cas, des greffes de peau sont indispensables.

Retrouvez en vidéo les explications du Dr Olivier Martin (Hospices Civils de Lyon).

Les différents types de brûlures traités au centre de grand brûlés

Avant de qualifier un patient de grand brûlé, les équipes médicales doivent d’abord identifier le type de brûlure, car toutes n’entraînent ni les mêmes lésions ni les mêmes risques. Les médecins distinguent plusieurs degrés de brûlures :

  • Les brûlures du premier degré n’atteignent que la couche superficielle de la peau, provoquant une rougeur douloureuse mais réversible.
  • Celles du deuxième degré touchent des couches plus profondes, avec des cloques et un risque accru d’infection.
  • Les brûlures du troisième degré, les plus graves, détruisent l’ensemble de l’épaisseur de la peau, parfois jusqu’aux muscles ou aux os, rendant toute cicatrisation spontanée impossible.

Aussi, « on rencontre des brûlures de différents types, de différents contexte, que ce soit au quotidien ici ou dans des situations plus exceptionnelles », explique le Dr Olivier Martin. « Les plus fréquentes sont les brûlures thermiques, causées par les flammes, les corps chauds ou les liquides brûlants projetés », précise-t-il. 

Viennent ensuite les brûlures chimiques, rencontrées notamment dans des contextes industriels, liées à des produits acides ou alcalins, capables de continuer à détruire les tissus tant qu’ils ne sont pas neutralisés.

Plus rares encore, les brûlures par irradiation radiologique peuvent survenir lors d’accidents en milieu nucléaire, de manipulations de produits irradiants ou, exceptionnellement, dans des contextes médicaux. « Ce sont des brûlures beaucoup plus rares, mais ce sont les trois grands axes de travail des centres de brûlés », résume le médecin.

Lyon Pierre-Colson : une maison de soins pas comme les autres

Aux Hospices Civils de Lyon, le centre des brûlés Pierre-Colson fait figure de référence nationale. Il accueille chaque année environ 800 séjours hospitaliers, pour des brûlures thermiques, chimiques ou électriques, chez l’adulte comme chez l’enfant.

Ce qui distingue ce centre, c’est d’abord son haut niveau de spécialisation. « Aucun pays dans le monde n’a la capacité d’accueillir 50, 100, 150 brûlés en même temps, c’est quelque chose qui est impossible », rappelle le Dr Martin. D’où la nécessité de centres capables de mobiliser rapidement des compétences multiples et coordonnées.

À Lyon, plus de 150 professionnels de santé, urgentistes, anesthésistes-réanimateurs, chirurgiens plasticiens, infirmiers spécialisés, kinésithérapeutes, psychologues, travaillent ensemble, dans une logique de continuité des soins. Le centre dispose d’environ 30 lits dédiés, répartis entre réanimation, soins intensifs et chirurgie, ainsi que d’une unité pédiatrique spécialisée.

Une prise en charge globale et personnalisée

Au centre Pierre-Colson, on accompagne un patient dans toutes les dimensions de son traumatisme. Dès l’admission, les équipes évaluent la gravité des lésions, les risques infectieux, l’atteinte respiratoire éventuelle, mais aussi l’impact psychologique du choc.

Le parcours de soins s’inscrit dans un continuum : 

  • phase aiguë, 
  • chirurgie, 
  • cicatrisation, 
  • rééducation fonctionnelle, 
  • parfois reconstruction chirurgicale.

Cette approche globale est renforcée par une spécificité rare, voire unique en France. « Nous avons à proximité le laboratoire des substituts cutanés », explique le Dr Martin. Ce laboratoire joue le double rôle de banque de tissus, avec des greffons issus de dons post-mortem, et de plateforme de culture cellulaire, permettant de reconstituer progressivement une peau à partir des propres cellules du patient.

Après l’incendie de Crans-Montana, l’ampleur du nombre de blessés a rapidement dépassé les capacités locales. La Suisse a alors activé le Mécanisme européen de protection civile, un dispositif d’entraide coordonné entre États membres et pays partenaires.

« Ce système permet de partager des moyens : des centres de brûlés, des moyens de transport, et ce qu’on appelle des Burn Assessment Teams », détaille le Dr Martin. Ces équipes spécialisées, composées de médecins experts en brûlologie et de pompiers expérimentés, sont chargées d’évaluer les victimes sur place et de les orienter vers les structures les plus adaptées.

Dans les jours qui ont suivi le drame, 35 patients ont ainsi été transférés vers des centres spécialisés en Belgique, en Allemagne, en Italie et en France, dont une quinzaine sur le territoire français. « En fonction de nos capacités, nous accueillons des patients, en général brûlés graves, adultes comme enfants », précise le responsable médical lyonnais. À Lyon, plusieurs victimes ont été prises en charge, tandis que d’autres ont été orientées vers Metz, Nantes ou la région parisienne, afin de garantir une répartition sécurisée des lits spécialisés.

À SAVOIR 

En France, la prise en charge des grands brûlés repose sur une filière nationale spécialisée, composée d’une douzaine de centres experts, dont celui des Hospices Civils de Lyon.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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