Les rues désertes d’une ville qui vit au rythme d’une épidémie de grippe saisonnière particulièrement indécise cette année.
L’OMS Europe signale que les doubles pics saisonniers ne sont pas rares les années dominées par A(H3N2). © Freepik

La grippe circule toujours activement en France. Malgré un premier pic passé avant les fêtes, les dernières données montrent un rebond dans certaines classes d’âge, alimentant la question d’une possible deuxième vague. Où en est réellement l’épidémie ? Un deuxième pic épidémique se confirme-t-il ? Le point.

Après une première vague de grippe bien installée en décembre, marquée par une circulation intense des virus A(H1N1)pdm09 puis de plus en plus d’A(H3N2), la France hexagonale semblait glisser doucement vers un reflux post-fêtes. Début janvier, les courbes ont effectivement amorcé une décroissance… du moins chez les adultes.

Mais, comme souvent, la rentrée scolaire a rebattu les cartes. Dès la première semaine de classe, les indicateurs ont montré un rebond chez les enfants. Les consultations en ville repartent à la hausse, la positivité virologique grimpe, et les passages aux urgences remontent dans les moins de 15 ans, tandis que la situation continue de se détendre chez les adultes. Une dynamique désormais contrastée, difficile à lire dans l’immédiat.

Alors ce décalage intergénérationnel va-t-il mener à une deuxième vague, ou s’agit-il d’un simple ressaut saisonnier, classique après les vacances d’hiver ? 

La grippe circule activement dans toutes les régions de France, à l’exception de Mayotte (désormais en post-épidémie) et La Réunion (retournée à un niveau de base). Le virus ne faiblit donc pas réellement, même si les dynamiques régionales divergent.

À l’échelle nationale :

  • Le taux de consultations pour syndrome grippal en médecine de ville atteint 272 pour 100 000 habitants (contre 250 la semaine précédente).
  • Les actes SOS Médecins pour grippe représentent encore 16,3 % des actes, un niveau qualifié de modéré par Santé Publique France.
  • Aux urgences, 11 529 passages sont attribués au syndrome grippal, soit 3,1 % des passages.

Le virus reste la cause dominante des infections respiratoires aiguës cette saison, loin devant le COVID-19 ou le VRS. Alors, pour l’instant, on ne sait pas encore combien de temps va durer l’épidémie.

Enfants : un vrai rebond post-rentrée

S’il y a un signal à surveiller, c’est bien celui-ci : chez les moins de 15 ans, le recours aux soins pour grippe repart à la hausse, aussi bien en ville qu’à l’hôpital. Ce rebond, observé chaque année mais plus marqué en 2026, serait lié :

  • à la rentrée scolaire du 6 janvier,
  • à la vive circulation du sous-type A(H3N2), particulièrement transmissible,
  • au fait que les enfants sont traditionnellement moins vaccinés et plus vecteurs.

Santé publique France ne parle pas encore de deuxième vague, mais le comportement du virus chez les enfants pourrait annoncer une reprise générale dans les semaines à venir, ce que les autorités qualifient pudiquement de « possible recrudescence ».

Adultes : une baisse… mais à relativiser

Chez les adultes, l’image semble rassurante : 

  • baisse du recours aux soins, 
  • diminution des consultations SOS Médecins, 
  • recul aux urgences.

Mais prudence, ce reflux pourrait n’être qu’une parenthèse. Les enfants, premiers touchés, jouent souvent le rôle de « précurseurs » dans les dynamiques saisonnières. Une hausse chez eux entraîne généralement, dans les 1 à 3 semaines, une hausse chez les adultes. Autrement dit, le calme actuel pourrait être trompeur.

Des hospitalisations en baisse… mais une sévérité bien réelle

Les hospitalisations liées à la grippe diminuent par rapport à la semaine précédente.

  • 2 395 hospitalisations après passage aux urgences, soit 3,1 % (contre 4,2 % la semaine d’avant).
  • Niveaux qualifiés de modérés dans toutes les classes d’âge.

Mais sur l’ensemble de la saison (depuis octobre) :

  • 817 cas graves de grippe ont été admis en réanimation.
  • 56 % avaient 65 ans et plus.
  • 87 % avaient au moins une comorbidité.
  • 72 % n’étaient pas vaccinés.
  • 106 décès ont été signalés (dont 79 chez les seniors).

Des chiffres qui rappellent que la grippe n’est jamais une simple « grosse fatigue ».

Une mortalité en hausse, concentrée chez les seniors

La grippe apparaît dans 6,5 % des certificats électroniques de décès de la semaine 03 (contre 7,2 % en S02). Depuis le début de la saison, 94 % des décès liés à la grippe concernent des personnes de 65 ans et plus.

Cette surmortalité est également visible dans les données de l’Insee, qui constate un excès de mortalité toutes causes en semaine 02, surtout chez les seniors.

Le coupable : le virus A(H3N2), de retour en force

Les analyses virologiques montrent une évolution nette depuis début janvier. 

  • Le sous-type A(H3N2) s’impose désormais comme le virus grippal dominant en médecine de ville, 
  • au second plan le sous-type A(H1N1)pdm09, qui continue malgré tout de circuler activement. 
  • Les virus B restent, quant à eux, quasi invisibles, avec seulement quelques cas du lignage B/Victoria.

À l’intérieur du sous-type A(H3N2), un variant précis domine : le sous-clade K, une branche très divergente de la souche vaccinale actuelle. Entre les semaines 48 et 52, 96 % des virus A(H3N2) séquencés appartenaient à ce sous-clade. Les taux de positivité confirment l’intensité de la circulation :

  • 43,9 % des prélèvements positifs en médecine de ville,
  • 31,9 % en laboratoires de biologie médicale,
  • 16,1 % à l’hôpital.

La domination d’A(H3N2), et plus encore du sous-clade K, n’a rien d’anodin. Ce variant est réputé pour provoquer des formes plus sévères chez les personnes âgées, un constat que l’on retrouve d’ailleurs dans les hospitalisations lourdes de la saison.

Une vaccination utile… mais encore insuffisante

Au 31 décembre 2025 :

  • 46,3 % des personnes à risque sont vaccinées contre la grippe.
  • 53,3 % des 65 ans et plus (dont 29 % avec un vaccin renforcé).
  • 27,1 % des moins de 65 ans à risque.

La couverture vaccinale est mieux que l’an dernier, mais encore loin des objectifs de santé publique. L’efficacité du vaccin, bien que modérée cette année (36,4 % tous âges), reste nettement supérieure aux estimations attendues, notamment contre A(H3N2), pourtant très divergent. Surtout, les formes graves touchent très majoritairement les personnes non vaccinées, selon les données en réanimation.

À ce stade, les épidémiologistes se montrent prudents. Les éléments allant vers une possible deuxième vague :

  • rebond net chez les enfants,
  • reprise de la positivité virologique,
  • circulation très active d’A(H3N2),
  • risque de transmission intergénérationnelle après la rentrée.

Les éléments allant contre une deuxième vague :

  • baisse du recours aux soins chez les adultes,
  • hospitalisations et urgences en recul,
  • l’épidémie est déjà bien installée depuis décembre (donc une vraie « vague » se distinguerait difficilement).

Aujourd’hui, nous sommes dans une zone d’incertitude. Les enfants laissent entrevoir une reprise épidémique, mais la tendance nationale repose désormais sur l’évolution des deux prochaines semaines.

À SAVOIR 

Le sous-clade K du virus A(H3N2), aujourd’hui majoritaire en France, ne circule pas uniquement chez les enfants. S’il apparaît davantage chez les enfants, c’est surtout parce qu’ils consultent plus et transmettent beaucoup. En réalité, le sous-clade K infecte tout le monde, mais il entraîne des formes plus sévères chez les personnes âgées, comme le confirment les hospitalisations de cet hiver.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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