Un rat capturé dans une cage, analysé par des scientifiques pour déterminer s’il est porteur de l’hantavirus.
Les scientifiques argentins n’ont, pour l’instant, trouvé aucun rat à longue queue, principal vecteur du virus Andes, parmi les 150 rongeurs capturés. © Depositphotos

Depuis le 18 mai 2026, une mission scientifique de l’Institut Malbrán de Buenos Aires mène une vaste opération de capture de rongeurs autour d’Ushuaïa, en Argentine, afin de comprendre comment l’hantavirus Andes a pu contaminer plusieurs passagers du navire d’expédition MV Hondius. En quelques jours, environ 150 rats et souris sauvages ont été piégés puis envoyés en laboratoire pour analyses.

Dans les paysages froids et venteux du sud de l’Argentine, des biologistes arpentent depuis plusieurs jours les abords d’Ushuaïa avec des pièges, des gants renforcés et des combinaisons de protection. Leur objectif est de retrouver la trace de la souche d’hantavirus qui a transformé une croisière polaire en événement sanitaire international.

Depuis ce lundi 18 mai, une équipe de l’Institut national des maladies infectieuses Carlos Malbrán, principal organisme argentin de référence en infectiologie, mène une mission de terrain pour tenter de comprendre l’origine du foyer d’hantavirus lié au navire d’expédition MV Hondius.

Selon les autorités sanitaires argentines, environ 150 rongeurs appartenant à deux espèces locales ont déjà été capturés autour d’Ushuaïa et dans certaines zones naturelles fréquentées par des passagers du bateau. Les animaux vont désormais être analysés afin de déterminer s’ils sont porteurs du virus Andes, la souche d’hantavirus soupçonnée dans cette affaire.

Ces virus sont naturellement hébergés par certains rongeurs sauvages. Les humains se contaminent généralement en inhalant des poussières souillées par les urines, les excréments ou la salive d’animaux infectés.

Selon l’OMS, plusieurs familles d’hantavirus circulent dans le monde. En Europe et en Asie, ils provoquent surtout des atteintes rénales. Mais en Amérique du Sud, certaines souches peuvent déclencher un syndrome cardiopulmonaire extrêmement sévère. C’est précisément le cas du virus Andes.

Selon l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, cette souche présente une particularité très inhabituelle puisqu’elle est à ce jour le seul hantavirus pour lequel des transmissions interhumaines ont été clairement documentées.

Dans une analyse publiée le 21 mai 2026, des chercheurs interrogés par l’Inserm et plusieurs équipes sud-américaines évoquent une possible augmentation du risque épidémiologique en Patagonie liée aux changements environnementaux.

Le réchauffement climatique, les modifications de végétation et l’évolution des populations de rongeurs pourraient progressivement favoriser l’expansion de certains réservoirs naturels du virus.

En clair, des espèces de petits mammifères susceptibles d’héberger l’hantavirus pourraient désormais coloniser des territoires où elles étaient auparavant plus rares.

Les biologistes argentins cherchent donc à identifier précisément les espèces capturées autour d’Ushuaïa et à vérifier si elles transportent effectivement le virus Andes. Les analyses doivent également permettre de comparer génétiquement les éventuels virus retrouvés chez les rongeurs avec ceux détectés chez les patients contaminés du MV Hondius.

Depuis début mai, l’affaire du MV Hondius est suivie de près par plusieurs agences sanitaires internationales. Le 4 mai 2026, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, évoquait sur le réseau X sept cas liés au navire, dont deux confirmés et cinq suspects, avec trois décès.

Quelques jours plus tard, la France confirmait à son tour un premier cas importé de virus Andes chez une passagère rapatriée après une escale aux Canaries.

Selon Santé publique France, 22 contacts avaient alors été identifiés et placés sous surveillance sanitaire. Les autorités françaises avaient également mis en place un suivi renforcé de plusieurs personnes exposées. Cette surveillance peut durer jusqu’à 42 jours, durée correspondant à la période maximale d’incubation retenue par les autorités sanitaires internationales.

Les symptômes de l’hantavirus débutent souvent comme une grippe : 

  • fièvre, 
  • douleurs musculaires, 
  • fatigue intense, 
  • maux de tête. 

Mais chez certains patients, la situation peut basculer brutalement. Le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus peut entraîner une détresse respiratoire aiguë sévère nécessitant parfois une réanimation lourde, voire une assistance par ECMO, comme cela a été le cas pour la patiente française.

À ce jour, aucun vaccin homologué contre le virus Andes n’existe pour le grand public.

Mais plusieurs équipes argentines poursuivent leurs travaux. Selon des chercheurs de l’hôpital de Bariloche, en Argentine, des recherches sont actuellement menées pour mieux comprendre la réponse immunitaire face au virus et développer de futurs candidats vaccins.

Le sujet est devenu particulièrement stratégique depuis l’apparition des premiers cas liés au MV Hondius.

Car même si les hantavirus restent rares, les spécialistes redoutent depuis longtemps l’émergence d’un foyer plus large impliquant une transmission interhumaine prolongée.

Pour l’instant, les autorités sanitaires rappellent toutefois qu’aucune diffusion massive n’a été observée et que le risque pour la population générale reste faible.

À SAVOIR

Les scientifiques utilisent parfois… des pièges parfumés au beurre de cacahuète pour capturer les rongeurs susceptibles de porter l’hantavirus. Plusieurs protocoles de terrain utilisés en Amérique du Sud et décrits par les CDC américains recommandent en effet des appâts très odorants, comme l’avoine mélangée à du beurre de cacahuète, afin d’attirer certaines espèces de souris sauvages.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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