Un médecin réalise des tests de dépistage sur les cas contacts afin de détecter une éventuelle infection par hantavirus.
Les analyses biologiques ont confirmé la présence du virus Andes chez la Française rapatriée en France. ©  Magnific

Une passagère française rapatriée dimanche 10 mai depuis le navire d’expédition MV Hondius, au large des Canaries après une croisière en Patagonie, a été testée positive au virus Andes. Après l’apparition de symptômes chez un autre passager durant le vol vers Paris, les autorités françaises ont identifié 22 cas contacts et placé les cinq ressortissants rapatriés sous isolement et surveillance renforcée. Si le risque de diffusion dans la population reste jugé faible par les agences sanitaires européennes, ce foyer international inédit place désormais la France au cœur d’une alerte infectieuse suivie de très près. 

Dimanche 10 mai, cinq ressortissants français ont été rapatriés vers Paris depuis les Canaries après l’identification d’un foyer de syndrome pulmonaire à hantavirus à bord du MV Hondius, un navire d’expédition polaire ayant navigué plusieurs semaines au large de la Patagonie chilienne et argentine. 

Alors que les passagers étaient transférés sous protocole sanitaire renforcé, l’un d’eux a présenté des symptômes compatibles avec une infection virale pendant le vol. Quelques heures après son arrivée en France, une passagère française a finalement été testée positive au virus Andes, une souche rare d’hantavirus connue pour provoquer des formes pulmonaires sévères et, plus exceptionnellement, des transmissions interhumaines.

Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), plusieurs cas graves ont déjà été recensés parmi les passagers du navire, dont trois décès. Les autorités sanitaires françaises ont immédiatement déclenché un dispositif de suivi renforcé autour des voyageurs rapatriés et de leurs contacts proches. 

À ce stade, 22 cas contacts ont été identifiés en France et font l’objet d’une surveillance médicale renforcée. Dans la nuit du 10 au 11 mai, un décret gouvernemental a également été publié afin d’encadrer juridiquement les mesures d’isolement, de contrôle sanitaire et de suivi des personnes potentiellement exposées au virus Andes.

Une expédition polaire qui vire au drame 

Au départ, rien ne laissait présager qu’une croisière d’expédition en Patagonie allait déclencher une alerte sanitaire suivie jusqu’en Europe. Le MV Hondius, navire spécialisé dans les voyages polaires, avait quitté Ushuaïa, dans le sud de l’Argentine, début avril pour une expédition mêlant tourisme scientifique et navigation dans les fjords chiliens et les zones australes.

Selon les premières informations communiquées par les autorités sanitaires européennes, plusieurs passagers auraient participé à des excursions terrestres dans des zones rurales et naturelles de Patagonie, où le virus Andes circule de manière endémique chez certains rongeurs sauvages. C’est vraisemblablement durant cette phase du voyage qu’aurait eu lieu l’exposition initiale au virus.

À ce stade, personne à bord ne soupçonne encore la présence d’un hantavirus.

Fin avril : les premiers malades apparaissent

Quelques semaines après le départ, plusieurs passagers développent de la fièvre, des douleurs musculaires et des symptômes respiratoires. Au départ, rien ne distingue vraiment ces cas d’une infection virale classique. Mais l’état de certains voyageurs se dégrade rapidement en mer.

Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), plusieurs évacuations sanitaires sont organisées pendant la traversée. Les autorités chiliennes et argentines commencent alors à suspecter un syndrome pulmonaire à hantavirus, une maladie rare mais potentiellement très grave.

Début mai : le virus Andes est confirmé

Les analyses biologiques confirment la présence du virus Andes, une souche particulière d’hantavirus connue pour provoquer des formes pulmonaires sévères et, plus rarement, des transmissions interhumaines. 

Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), huit cas d’infection au virus Andes liés au navire avaient déjà été recensés au 9 mai, dont trois décès et un patient dans un état critique.

Contrairement aux hantavirus habituellement observés en Europe ou en Amérique du Nord, le virus Andes peut parfois se transmettre entre humains lors de contacts rapprochés et prolongés. Les autorités sanitaires internationales comprennent alors que le problème ne concerne plus uniquement les personnes ayant été exposées en Patagonie.

L’OMS suit désormais officiellement le dossier. Dans un bulletin publié le 6 mai, l’organisation rappelle que le risque mondial reste faible, mais souligne qu’une transmission interhumaine limitée du virus Andes a déjà été documentée lors de précédentes flambées en Amérique du Sud.

Des passagers dispersés sur plusieurs continents

Lorsque le foyer infectieux est clairement identifié, une partie des voyageurs a déjà quitté le navire.

Des passagers de plus d’une dizaine de nationalités rentrent alors en Europe, aux États-Unis, au Canada ou encore en Australie. Un citoyen américain est ensuite testé positif après son retour, tandis qu’un autre développe des symptômes compatibles avec l’infection.

Pour les autorités sanitaires, le navire devient un véritable casse-tête international : il faut désormais retrouver, surveiller et suivre des dizaines de voyageurs potentiellement exposés, dispersés dans plusieurs pays.

L’Europe active la surveillance renforcée

Face à une situation jugée “rapidement évolutive”, l’ECDC publie une recommandation exceptionnelle demandant aux États européens de mettre en place un suivi médical renforcé des passagers exposés.

Les pays concernés organisent alors des rapatriements sous surveillance sanitaire, des quarantaines préventives et des protocoles d’isolement.

En France, cinq ressortissants encore présents dans la zone sont rapatriés dimanche 10 mai depuis les Canaries vers Paris.

Le 10 mai, la France devient à son tour concernée

Pendant le vol de retour, l’un des passagers français présente des symptômes évocateurs d’une infection virale. Quelques heures après l’atterrissage, une Française est testée positive au virus Andes.

La France enregistre alors son premier cas confirmé lié au foyer du MV Hondius.

Dans les heures suivantes, les autorités sanitaires identifient 22 cas contacts sur le territoire national. Tous sont placés sous surveillance renforcée, tandis qu’un décret est publié dans la nuit du 10 au 11 mai pour encadrer juridiquement les mesures d’isolement et de suivi sanitaire.

Pour les infectiologues, l’enjeu est désormais d’éviter toute transmission secondaire tout en gardant une réponse proportionnée face à un virus rare, mais étroitement surveillé.

Les hantavirus circulent habituellement chez des rongeurs sauvages, qui transmettent le virus via leurs urines, leurs excréments ou leur salive. L’humain se contamine le plus souvent en inhalant des poussières contaminées, notamment dans des zones rurales ou forestières.

Mais la souche Andes, présente principalement en Argentine et au Chili, peut parfois se transmettre entre humains. Selon le Centre national de référence des hantavirus de l’Institut Pasteur, cette transmission interhumaine reste exceptionnelle. Elle n’a été clairement documentée qu’en Amérique du Sud.

Concrètement, le virus Andes ne se diffuse pas comme la grippe ou le Covid-19. Les contaminations observées concernent surtout :

  • des contacts étroits et prolongés ;
  • des environnements clos ou confinés ;
  • des proches vivant sous le même toit ;
  • des soignants ou aidants exposés longtemps à une personne infectée.

C’est précisément cette possibilité de transmission humaine qui explique les mesures de surveillance renforcée mises en place autour des passagers du MV Hondius.

Les cinq Français rapatriés du MV Hondius ont été placés sous surveillance sanitaire renforcée pour une durée de 42 jours. Cette période correspond au délai maximal d’incubation retenu pour le virus Andes par plusieurs agences sanitaires internationales, dont l’OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

Les symptômes peuvent apparaître tardivement après l’exposition, parfois plusieurs semaines après le contact initial. Pendant cette période, les personnes exposées doivent surveiller quotidiennement l’apparition de signes évocateurs comme :

  • une forte fièvre ;
  • une fatigue inhabituelle ;
  • des douleurs musculaires ;
  • des maux de tête ;
  • une toux ;
  • un essoufflement ou une gêne respiratoire.

En parallèle, les autorités sanitaires retracent minutieusement les interactions des voyageurs depuis leur retour en France. Sont notamment identifiés et suivis :

  • les proches familiaux ;
  • les passagers assis à proximité durant le vol ;
  • les personnels navigants ;
  • les chauffeurs et accompagnants ;
  • les soignants ;
  • certains collègues ou contacts rapprochés.

L’objectif est d’identifier très tôt d’éventuels nouveaux cas et d’éviter toute transmission secondaire du virus sur le territoire français.

Au départ, les symptômes ressemblent souvent à une grippe musclée : forte fatigue, fièvre, douleurs diffuses, frissons. Puis, chez certains patients, la situation peut basculer rapidement vers une atteinte pulmonaire sévère.

Selon l’OMS, le syndrome pulmonaire à hantavirus peut provoquer un œdème pulmonaire massif et une détresse respiratoire aiguë nécessitant une prise en charge en réanimation.

Le taux de létalité est particulièrement élevé. L’Institut Pasteur évoque une mortalité comprise entre 30 % et 60 % pour certaines formes pulmonaires américaines. 

À ce jour, il n’existe ni traitement antiviral spécifique validé ni vaccin disponible à grande échelle contre cette infection. La prise en charge repose surtout sur la rapidité du diagnostic et les soins intensifs respiratoires.

À ce stade, les agences sanitaires européennes se veulent rassurantes. Le risque de diffusion large du virus Andes en France et en Europe reste considéré comme faible. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) souligne notamment que les transmissions interhumaines documentées demeurent rares. Et qu’elles surviennent essentiellement dans des contextes de proximité prolongée.

Plusieurs éléments limitent aujourd’hui le risque sanitaire :

  • les cas potentiels ont été rapidement repérés ;
  • les voyageurs exposés ont été identifiés ;
  • les contacts rapprochés font déjà l’objet d’un suivi médical ;
  • les mesures d’isolement ont été mises en place très tôt.

Reste que l’épisode du MV Hondius illustre parfaitement la nouvelle géographie des maladies infectieuses. Le foyer est apparu dans une région isolée de Patagonie avant de concerner, en quelques jours, plusieurs pays européens, l’Amérique du Nord et l’Australie via les déplacements des passagers.

Pour les spécialistes des maladies émergentes, cette affaire rappelle surtout que même des virus rares et localisés peuvent aujourd’hui circuler à l’échelle mondiale à la vitesse du transport aérien.

À SAVOIR 

Le nom “hantavirus” vient de la rivière Hantaan, en Corée du Sud. Le virus a été isolé pour la première fois en 1978 par le scientifique sud-coréen Ho-Wang Lee, après plusieurs années de recherches sur une mystérieuse fièvre hémorragique qui avait touché des milliers de soldats pendant la guerre de Corée dans les années 1950.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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