
On parle souvent de coup de chaud en plein été ou lors d’un effort intense. Mais derrière ce mot « hyperthermie » se cache un danger parfois bien plus grave, capable de faire basculer une vie en quelques minutes. L’hyperthermie maligne, qu’elle survienne sur un terrain de sport, au bloc opératoire ou après la prise de certaines drogues et médicaments, peut provoquer une montée incontrôlable de la température corporelle. Sans prise en charge immédiate, elle entraîne des lésions irréversibles et peut être fatale, comme ce fut le cas en 2020 pour un jeune rugbyman berjallien, Nicolas Gigot, fauché en pleine course.
16 juin 2020, Bourgoin-Jallieu. Nicolas Gigot, jeune rugbyman belge de 19 ans, s’effondre soudainement à l’entraînement. Sa température interne grimpe, ses muscles souffrent, ses organes lâchent. Amputé d’une jambe pour tenter de le sauver, il décède quelques jours plus tard.
“Nicolas a fait une hyperthermie”, témoigne sa maman, Nadine Brialmont. “Son corps a lâché. Commence alors un calvaire de 33 jours. Il a perdu ses reins, son foie, et ses deux jambes ont dû être amputées.
Mais le pire, ce n’était pas seulement la douleur physique. Le pire, c’était qu’il restait conscient mais ne pouvait plus parler. Intubé, enfermé dans son corps, il voulait crier, protester, dire qu’il nous aimait… mais aucun mot ne sortait. Ce silence, c’est ce qui m’a le plus déchirée. De cette souffrance est née la Fondation Nicolas Gigot” (lire À SAVOIR).
Ce drame, qui avait suscité l’émotion dans le milieu du rugby, a mis en lumière un phénomène encore peu connu du grand public : l’hyperthermie maligne d’effort. Contrairement au coup de chaleur provoqué par la canicule ou la déshydratation, cette forme est brutale, fulgurante et ne laisse que très peu de temps pour agir.
Mais l’effort intense n’est pas la seule cause. Il existe aussi l’hyperthermie maligne dite médicamenteuse, un épisode redouté en anesthésie générale, mais également observé dans certains contextes de prise de drogues ou de médicaments, notamment ceux qui augmentent l’activité musculaire ou stimulent le système nerveux.
Dans tous les cas, le mécanisme est le même : la température du corps s’emballe, souvent au-delà de 41 °C, entraînant une cascade de réactions potentiellement mortelles.
Qu’est-ce qui déclenche une hyperthermie ?
Le mécanisme naturel de régulation de la chaleur
Notre corps maintient en permanence sa température autour de 37 °C. Lorsqu’il fait chaud ou que nous pratiquons un effort physique, il évacue la chaleur en transpirant et grâce à la circulation sanguine qui se rapproche de la surface de la peau.
Tant que ce système fonctionne, tout va bien. Mais lorsque la production de chaleur dépasse la capacité de refroidissement, la température interne grimpe dangereusement. À partir de 40 °C, les protéines se dégradent, les cellules souffrent et les organes vitaux sont menacés.
Hyperthermie « classique » : chaleur, environnement, déshydratation
La forme la plus courante survient lors d’une canicule, d’un effort prolongé ou d’une exposition au soleil. Elle se manifeste d’abord par une fatigue intense, des maux de tête, des crampes, une sudation excessive puis paradoxalement une diminution de la transpiration lorsque le corps s’épuise.
Si l’on agit vite en hydratant et en refroidissant la personne, l’évolution est généralement contrôlable. Chaque été, les urgences accueillent toutefois de nombreux coups de chaleur, parfois sévères, notamment chez les enfants, les personnes âgées ou les travailleurs en extérieur.
Hyperthermie maligne : la forme la plus dangereuse
L’hyperthermie médicamenteuse et anesthésique
Moins connue du grand public, du fait notamment de sa rareté, l’hyperthermie maligne médicamenteuse se déclenche surtout en anesthésie générale, lorsque certaines substances (dont des anesthésiques gazeux ou des curares) activent une réaction anormale au niveau musculaire chez un patient prédisposé génétiquement.
Sous l’effet du produit, les muscles se contractent de façon continue et produisent énormément de chaleur, faisant grimper la température corporelle. La concentration en CO₂ augmente, le cœur s’accélère, le patient peut présenter des contractures, une urine foncée liée à la destruction musculaire, puis un risque d’arrêt cardiaque.
Mais cette forme ne survient pas uniquement au bloc opératoire. Certaines consommations peuvent déclencher un tableau similaire : amphétamines, ecstasy (MDMA), cocaïne ou encore certains antidépresseurs et neuroleptiques peuvent provoquer des syndromes d’hyperthermie, en particulier lorsqu’ils sont pris à haute dose ou combinés à l’effort et à des températures élevées.
Des cas graves sont recensés régulièrement lors de soirées festives en boîte de nuit ou festivals. Le mécanisme ressemble à celui observé en anesthésie : le système nerveux est surstimulé, les muscles chauffent, la température s’envole.
Face à ce type d’hyperthermie médicamenteuse, le traitement repose sur l’arrêt immédiat de la substance en cause, un refroidissement agressif et, à l’hôpital, l’administration de dantrolène, unique antidote connu.
Hyperthermie maligne d’effort chez les sportifs
Sur un terrain de sport, la situation peut dégénérer tout aussi vite. Un athlète en pleine santé peut être atteint en quelques minutes. Cela commence souvent par une sensation inhabituelle de faiblesse, une désorientation, un discours confus. Puis survient l’effondrement, parfois la perte de connaissance. La température interne peut dépasser 42 °C. Les muscles relâchent des toxines dans le sang, créant un risque de défaillance rénale et cardiaque, comme le décès de Nicolas Gigot l’a tragiquement rappelé.
Dans ce cas, chaque minute gagnée est une chance de survie : refroidissement immédiat, hydratation, immersion dans l’eau froide si possible, appel urgent au SAMU. La vitesse d’intervention est déterminante.
Pourquoi cette forme est-elle si redoutée ?
Une progression éclair
La différence entre hyperthermie classique et hyperthermie maligne tient en un mot : rapidité. Lorsque la réaction s’enclenche, la température interne grimpe sans limite. Le sang s’acidifie, les organes cessent de fonctionner, les cellules se détruisent. Sans intervention, la défaillance multiviscérale peut s’installer en moins d’une heure.
Un antidote unique, un besoin de réactivité
Le dantrolène est la seule molécule capable de stopper la réaction musculaire dans les formes anesthésiques et médicamenteuses. Chaque bloc opératoire doit en disposer. Dans les contextes festifs ou sportifs, seuls le refroidissement et l’appel aux secours permettent de tenir jusqu’à une prise en charge hospitalière.
L’erreur la plus dangereuse consiste à attendre, croyant qu’il s’agit d’un simple malaise.
Comment prévenir une hyperthermie maligne ?
Dans le sport, savoir reconnaître les premiers signes
Pour prévenir l’hyperthermie maligne d’effort, tout commence par l’écoute du corps. Boire régulièrement, adapter l’entraînement en cas de forte chaleur, multiplier les pauses et éviter les séances aux heures les plus chaudes sont des réflexes essentiels.
Les staffs sportifs professionnels utilisent parfois des bains froids en bord de terrain ou surveillent la température des joueurs lors de sessions intenses : refroidir immédiatement augmente nettement les chances de survie.
L’enjeu est surtout d’éduquer les encadrants à reconnaître les signes avant-coureurs — confusion, propos incohérents, arrêt de la transpiration, démarche anormale — et à stopper l’effort sans hésitation.
En anesthésie : anticiper est vital
Concernant l’hyperthermie maligne médicamenteuse, la prévention repose sur l’identification des personnes à risque. Quand un antécédent familial existe, un test génétique peut repérer les sujets sensibles, permettant d’adapter l’anesthésie. Les blocs doivent disposer de dantrolène prêt à l’emploi et d’équipes formées à réagir en urgence.
L’observation attentive là aussi des premiers signes — montée brutale du CO₂, contractures musculaires, fièvre rapide — permet d’agir avant que la situation ne devienne irréversible.
Drogues et médicaments : un danger souvent ignoré
Les drogues stimulantes comme la MDMA ou la cocaïne, associées à l’effort et à la chaleur en milieu festif, peuvent déclencher une surchauffe sévère. Faire des pauses, s’hydrater, sortir prendre l’air et appeler les secours au moindre comportement incohérent ou agitation extrême peut éviter le basculement. Même un jeune en bonne santé peut être touché.
À SAVOIR
La Fondation Nicolas Gigot a vu le jour avec une vocation : permettre à ceux qui sont privés de parole de pouvoir communiquer. Cet objectif se concrétise à travers la remise d’appareils Tobii, “outil de communication assistée permettant aux patients immobilisés ou privés de la parole de s’exprimer grâce au suivi oculaire”. Un appareil Tobii sera ainsi offert à l’hôpital de la Croix-Rousse (Hospices Civils de Lyon), ce jeudi 11 décembre 2025, par la Fondation Nicolas Gigot.







