Une jeune femme qui fume une cigarette en France parce que ce n'est pas interdit.
Chaque année, le tabagisme tue plus de 8 millions de personnes dans le monde. © Freepik

Aux Maldives, premier pays au monde à entériner une interdiction du tabac, la cigarette appartient désormais au passé pour les jeunes générations. Interdite à vie à toute personne née après 2007, elle disparaît d’un simple trait de loi. En France, on s’en approche doucement, entre prévention, hausse des prix et interdiction des puffs… Mais nous sommes encore loin d’une interdiction stricte, malgré toutes les conséquences que cette mesure pourrait avoir sur la santé publique. Alors, la France peut-elle un jour suivre le même chemin ? 

Aux Maldives, on ne viendra plus bronzer cigarette à la main si l’on est né après 2007. Depuis le 1er novembre 2025, il est illégal d’acheter, de posséder ou de consommer du tabac pour toute personne née à compter du 1er janvier 2007.

Le texte, adopté par le gouvernement et confirmé par les autorités sanitaires locales, fait du petit archipel le premier pays au monde à instaurer une interdiction générationnelle du tabac.

Cette mesure s’applique à tous, habitants comme visiteurs. L’objectif est de créer une génération sans tabac, dans un pays où les maladies liées au tabac restent un enjeu de santé publique.

Le ministère de la Santé maldivien justifie cette décision comme un « investissement pour l’avenir », une façon de « protéger la jeunesse avant que l’industrie du tabac ne la conquière ».

Si la France n’en est pas encore à interdire la cigarette par génération, elle affiche un cap ambitieux : atteindre la première génération sans tabac d’ici 2032.

Cet objectif est inscrit dans le Plan national de lutte contre le tabagisme 2023-2027 du ministère de la Santé et de la Prévention, présenté par le gouvernement fin 2023.

Concrètement, l’exécutif français mise sur une stratégie graduelle : 

« L’idée, c’est d’en finir avec la banalisation du tabac, » résume la ministre de la Santé Catherine Vautrin, au micro de France Info 2024.

La cigarette : un ancrage culturel tenace

En France, fumer n’est pas qu’une habitude, c’est presque un marqueur culturel. Pendant longtemps, la cigarette a fait partie du paysage quotidien. Elle symbolisait la liberté, la nonchalance, parfois même l’intelligence rebelle. Dans les films de la Nouvelle Vague, sur les affiches publicitaires d’antan, dans les cafés enfumés de Sartre et de Gainsbourg, la cigarette était un accessoire d’identité.

Cette image romantique du fumeur “libre et inspiré” a profondément marqué l’imaginaire collectif. Et même si la société française a beaucoup évolué, cet héritage culturel continue d’influencer les comportements, parfois inconsciemment. Le sociologue Patrick Peretti-Watel, chercheur à l’INSERM, parle d’un “habitus social durable”, où fumer reste associé à un moment de partage, de détente, voire de réconfort.

Le tabac : première cause de mortalité évitable

Pourtant, la réalité sanitaire est sans appel. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), un jeune sur trois de 17 ans a déjà fumé une cigarette (enquête ESCAPAD 2024). Et si le nombre de fumeurs quotidiens a diminué (12 % en 2022, contre plus de 25 % au début des années 2000), le tabac reste la première cause de mortalité évitable dans le pays.

D’après Santé publique France (rapport 2024), près de 75 000 décès par an sont directement liés au tabagisme, soit environ 13 % de la mortalité totale nationale. À titre de comparaison, l’alcool provoque environ 41 000 morts, et les accidents de la route à peine plus de 3 000. Paradoxal car on n’a jamais autant su à quel point le tabac tue, et pourtant, on continue de fumer.

Cigarette : le poids des lobbys

Le marché du tabac en France représente plusieurs milliards d’euros de recettes fiscales chaque année, plus de 13 milliards d’euros pour l’État en 2023, selon le Ministère de l’Économie. Et derrière ces recettes, un lobby historique, solidement implanté, les grandes compagnies du tabac.

Les géants comme Philip Morris International, British American Tobacco ou Japan Tobacco International dépensent chaque année des sommes considérables en communication et en influence politique. D’après une enquête du Bureau européen de l’OMS (2023), la France figure encore parmi les pays européens où la pression du lobby du tabac sur les institutions demeure forte, malgré la signature de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), censée limiter ces ingérences.

Ces entreprises savent se réinventer, elles investissent désormais massivement dans le vapotage et les nouveaux produits nicotiniques, présentés comme “moins nocifs”. Une stratégie habile pour maintenir leur emprise tout en se donnant une image de modernité sanitaire.

Une société qui peine à tourner la page

Le tabac reste aussi socialement accepté, malgré la connaissance de ses dangers. Fumer à la terrasse d’un café ou à une soirée reste, dans de nombreux milieux, un geste ordinaire. Et même si les paquets neutres, les images-choc et les campagnes de prévention ont profondément modifié les représentations, le réflexe de la “clope pour souffler” reste ancré.

Chez les jeunes, la cigarette demeure un outil d’intégration sociale. Selon le Baromètre de Santé publique France (2024), près d’un quart des adolescents fument “pour faire comme les autres”. Ce n’est donc pas seulement une dépendance physique, mais une habitude culturelle et collective, souvent transmise inconsciemment par les adultes.

Faut-il interdire pour protéger ?

La question divise depuis longtemps. L’idée d’une interdiction “à vie” heurte certains défenseurs des libertés individuelles, qui y voient un excès de contrôle étatique. D’autres, au contraire, saluent le courage politique des Maldives.

La Nouvelle-Zélande, pionnière sur ce terrain, avait voté une loi similaire avant de la supprimer en 2024, le nouveau gouvernement jugeant la mesure “trop contraignante” pour les commerçants et les libertés. L’expérience maldivienne pourrait donc devenir un test grandeur nature : peut-on éradiquer le tabac sans créer une contre-culture du contournement ?

En France, les experts appellent plutôt à renforcer la prévention qu’à légiférer davantage. Le pneumologue Bertrand Dautzenberg, figure de la lutte antitabac, rappelle régulièrement que “le combat contre le tabac est culturel avant d’être législatif : il faut donner envie de ne pas fumer, pas seulement l’interdire”.

À SAVOIR

Le 1er novembre marque la 10ᵉ édition du Mois sans tabac. Depuis 2016, plus de 2,3 millions de Français ont tenté d’arrêter. Cette année, une campagne musicale inédite sur les réseaux invite chacun à transformer son envie de fumer en trois minutes de musique.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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