Un homme qui boit du vin rouge en fumant une cigarette.
78 % des Français se disent favorables à un étiquetage mentionnant les risques de cancer liés à l’alcool, selon un sondage Ifop. © Adobe Stock

Interdiction de fumer dans les parcs, les plages ou les abords des écoles : la France muscle sa politique antitabac. Mais du côté de l’alcool, pourtant tout aussi dangereux pour la santé, les autorités semblent jouer profil bas. Une situation de plus en plus critiquée par les experts en santé publique.

La scène est devenue familière : en tongs sur la plage, une main sur la poussette, l’autre sur sa clope… sauf que depuis le 1er juillet 2025, ce petit rituel est désormais interdit dans de nombreuses zones extérieures publiques. Une avancée saluée dans la lutte contre le tabac. Mais qui, dans la foulée, pose une question un brin dérangeante : et l’alcool dans tout ça ?

Alors que le gouvernement affiche fièrement sa volonté de créer une “génération sans tabac” d’ici 2032 (objectif du programme national de lutte contre le tabac 2023-2027), les politiques de prévention contre l’alcool peinent à suivre le même élan. Pourtant, les chiffres sont là, brutaux et implacables.

Tabac vs alcool : deux poids, deux politiques

En matière de santé publique, les deux substances font des ravages. Le tabac tue environ 75 000 personnes chaque année en France, selon Santé publique France. L’alcool, lui, en provoque 41 000 décès par an, dont 16 000 par cancer, selon les dernières données de l’Institut national du cancer (INCa).

Mais là où la consommation de tabac est de plus en plus encadrée, celle d’alcool reste bien plus tolérée. Depuis le décret du 29 juin 2025, il est interdit de fumer dans les parcs, plages, abords des écoles, forêts urbaines, et même les abris de bus. Pendant ce temps, les apéros sur les quais, les festivals sponsorisés par des marques d’alcool ou les dégustations de vin continuent de battre leur plein.

Le lobby du vin, ce discret mais puissant bouclier

Derrière cette inertie sur l’alcool, plusieurs explications : culture, tradition, mais surtout… poids du lobby viticole. En France, le vin n’est pas une boisson comme les autres. Il est “un patrimoine culturel, gastronomique et paysager” (article L665-6 du Code rural). Une spécificité qui lui confère une certaine immunité symbolique… et politique.

La loi Évin de 1991, censée encadrer la publicité pour le tabac et l’alcool, a été peu à peu vidée de sa substance pour ce dernier. En 2005, un arrêt de la Cour de cassation a ouvert la porte à des publicités pour le vin, considérées comme de l’information œnologique. Depuis, les pages des magazines, les spots en prime time et les événements locaux n’hésitent plus à lever leur verre.

Il n’existe pas de consommation sans risque pour la santé

Les connaissances scientifiques, elles, sont limpides : il n’existe aucun seuil de consommation d’alcool sans danger. C’est ce qu’a martelé le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dès 1988, puis réaffirmé en 2023 par l’INCa. Même à petites doses, l’alcool augmente le risque de cancers de la bouche, de l’œsophage, du foie, du sein, du côlon…

Et pourtant, l’image du « petit verre de rouge bon pour le cœur » continue de circuler. Spoiler : c’est faux. L’OMS a d’ailleurs publié une mise au point en 2023 pour rappeler que même un seul verre peut être nocif.

Les appels à une stratégie équilibrée se multiplient

Face à cette inégalité de traitement, les professionnels de santé montent au créneau. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 1er juillet 2025, plusieurs experts en santé publique dénoncent un “deux poids, deux mesures incompréhensible”. Ils réclament une vraie politique cohérente qui n’opposerait pas prévention tabac d’un côté et silence sur l’alcool de l’autre.

Parmi les pistes évoquées :

  • Un étiquetage clair et visible sur les bouteilles d’alcool, incluant les risques de cancer ;
  • Une taxation plus équitable entre alcool et tabac (le tabac est surtaxé, pas le vin) ;
  • Des campagnes de prévention régulières et ciblées, comme celles qui ont prouvé leur efficacité contre la cigarette.

Car oui, le nerf de la guerre, c’est aussi ça : l’économie. La viticulture représente plus de 500 000 emplois directs et indirects en France, et près de 8 milliards d’euros d’exportations par an, selon FranceAgriMer (2024). Difficile pour un gouvernement d’ignorer ce poids.

Mais à quel prix ? Si la santé publique est une priorité nationale, alors elle ne devrait pas être négociable. Et les experts le rappellent : “Ce que nous avons réussi à faire avec le tabac, nous pouvons le faire avec l’alcool”, à condition d’y mettre la même volonté.

À SAVOIR

Depuis 2022, l’Irlande impose un étiquetage sanitaire sur les bouteilles d’alcool, mentionnant les risques de cancer et les dangers pour la santé. Une première en Europe, saluée par l’OMS comme une avancée majeure en matière de santé publique.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentVivre après 65 ans : combien d’années restons-nous en bonne santé ?
Article suivantLe protoxyde d’azote (proto) : du gaz hilarant au cauchemar neurologique 
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici