Une prothésiste ongulaire qui travaille avec de nouveaux produits sans TPO.
Les prothésistes ongulaires ont, depuis le 1er septembre, dû jeter toutes leurs marchandises à base de TPO. © Freepik

Depuis le 1er septembre 2025, les vernis semi-permanents contenant du TPO disparaissent des salons et des rayons en France comme dans toute l’Union européenne. Classée substance toxique pour la reproduction, cette molécule, jusqu’ici incontournable dans la manucure semi-permanente, est désormais bannie. Quels sont les risques ? Quelles conséquences pour les consommatrices et les professionnelles ? Quelles alternatives existent ? On fait le point.

Le TPO, ou oxyde de diphényl(triméthylbenzoyl)phosphine, est ce qu’on appelle un photoinitiateur. Il permet aux vernis semi-permanents de durcir rapidement sous lampe UV/LED. C’est grâce à lui que la manucure semi-permanente a séduit des millions de femmes : brillance intense, tenue record jusqu’à trois semaines, et séchage express.

Ses performances étaient telles qu’aucune alternative n’avait, jusqu’à présent, réellement détrôné ce composant dans les formulations professionnelles. 

Une décision stricte et sans retour

L’interdiction du TPO repose sur une décision européenne officielle. Le règlement (UE) 2025/877, dit Omnibus VII, publié au Journal officiel le 13 mai 2025, a inscrit le TPO à l’Annexe II du règlement cosmétique, c’est-à-dire la liste des substances strictement interdites dans les produits cosmétiques.

La raison ? Le TPO est classé CMR 1B (toxique pour la reproduction) au titre du règlement CLP (Classification, Labelling and Packaging). Autrement dit, son usage régulier pourrait avoir des effets nocifs sur la fertilité ou le développement embryonnaire.

Jusqu’ici, le TPO restait toléré en usage professionnel, dans les préparations pour ongles artificiels à hauteur de 5 %. Cette exception disparaît désormais : aucun produit contenant du TPO ne peut être vendu ni utilisé, que ce soit à domicile ou en institut. Et la mesure est stricte. Aucun délai d’écoulement des stocks n’est autorisé.

Quels risques pour la santé ?

Le classement du TPO s’appuie sur des données toxicologiques. Selon le SCCS (Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs), évaluations de 2014 et mises à jour récentes à l’appui, le TPO présente un risque de toxicité pour la reproduction.

Des études expérimentales ont également mis en évidence des effets cytotoxiques et la possibilité de résidus non totalement polymérisés lors de l’exposition UV, notamment observés dans le secteur dentaire où ce type de photoinitiateur est aussi utilisé (Toxicology Reports, 2022).

Le danger réside surtout dans l’exposition répétée : pose, retrait, limage, inhalation de poussières en cabine… Les professionnelles de l’esthétique sont donc les plus concernées. Pour les consommatrices, l’application de précaution s’impose : mieux vaut éviter tout contact prolongé avec la molécule.

Avec ses 400 millions de consommateurs, l’Union européenne donne un signal fort. La France, via la DGCCRF, applique strictement cette interdiction. Au-delà de l’Europe, certains pays prennent déjà des mesures similaires : en Tunisie, le ministère de la Santé a émis fin août 2025 une alerte sanitaire déconseillant l’usage de vernis semi-permanents contenant du TPO (Webdo.tn, 2025).

Cette convergence internationale illustre la volonté d’harmoniser la protection sanitaire face à une molécule désormais jugée trop risquée.

Comment savoir si j’ai du vernis TPO ?

Depuis le 1er septembre 2025, ces vernis ne sont plus conformes à la réglementation. Si vous en possédez, la consigne est claire : ne plus les utiliser. Pour vérifier, consultez la liste INCI de vos produits : le TPO apparaît sous son nom complet Diphenyl(2,4,6-trimethylbenzoyl)phosphine oxide.

Les consommatrices peuvent se tourner vers des alternatives « TPO-free », déjà mises en avant par plusieurs marques. Certains produits garantissent l’absence de substances CMR, mais il faut accepter parfois une tenue légèrement moins longue ou un temps de séchage un peu plus élevé.

Quelles alternatives pour les professionnelles ?

Pour les esthéticiennes, l’impact est réel. De nombreux instituts vont devoir renouveler leurs gammes. Les fabricants développent déjà des photoinitiateurs alternatifs jugés plus sûrs, mais le marché devra s’adapter. Les formations professionnelles devront aussi intégrer ces nouvelles contraintes pour garantir des prestations conformes et sécurisées.

En attendant, certaines professionnelles choisissent de revenir au vernis classique, plus sûr, même si moins durable. C’est aussi l’occasion de promouvoir des manucures plus respectueuses de la santé et de l’environnement.

À SAVOIR

Une évaluation de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) indique que le TPO figure aussi sur la liste des substances candidates à autorisation dans d’autres secteurs industriels (adhésifs, résines), preuve de la vigilance accrue autour de cette molécule.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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