Une femme pense avoir le nez plus fin après avoir été traitée avec Roaccutane.
Non, le Roaccutane ne rend pas le nez plus fin, c’est seulement une illusion liée à l’amélioration de la peau ! © Freepik

Sur TikTok, une tendance affirme qu’un médicament contre l’acné ferait rétrécir le nez. L’idée séduit de nombreux utilisateurs et circule massivement chez les plus jeunes… Alors qu’elle ne repose pourtant sur aucune preuve scientifique et peut entraîner des comportements à risque.

Depuis plus de quarante ans, l’isotrétinoïne, contenu dans le Roaccutane, est l’un des traitements les plus efficaces contre les formes sévères d’acné. Puissant, strictement encadré en France et souvent vécu comme un tournant pour les patients qui y ont recours, ce médicament a acquis une réputation solide dans le paysage dermatologique. Son action cible la production de sébum et l’inflammation de la peau, deux facteurs majeurs de l’acné persistante.

Depuis peu, pourtant, un nouvel usage lui est attribué… du moins sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, une tendance affirme qu’en plus d’améliorer la peau, l’isotrétinoïne « affinerait » le nez. Des vidéos avant/après se multiplient, relayant l’idée qu’un traitement médical pourrait modifier l’apparence du visage au-delà des lésions d’acné. La promesse intrigue, circule vite et s’installe dans les fils d’actualité des plus jeunes.

L’isotrétinoïne appartient à la famille des rétinoïdes, des dérivés de la vitamine A. En France, ce traitement fait l’objet d’un suivi particulièrement strict. Depuis 2010, l’ANSM impose des mesures de prévention drastiques, notamment en raison de son risque majeur de tératogénicité (malformations graves du fœtus). Les femmes en âge de procréer doivent ainsi suivre un protocole de contraception obligatoire, accompagné de tests de grossesse réguliers.

L’isotrétinoïne est reconnue pour sa capacité à :

Le “nez dégonflé” : une illusion biologique

Le nez est l’une des zones du visage les plus riches en glandes sébacées. Plus de sébum signifie :

  • pores plus visibles,
  • peau plus brillante,
  • inflammation plus marquée,
  • aspect « gonflé » en cas d’acné sévère.

Selon l’Académie européenne de dermatologie et de vénéréologie (EADV), l’inflammation chronique liée à l’acné peut modifier transitoirement l’aspect de certaines zones du visage, notamment le nez. Lorsque l’isotrétinoïne réduit cette inflammation (parfois de 70 % à 90 % selon les données compilées par la HAS) le nez peut effectivement paraître moins volumineux.

On parle ici d’une modification optique, liée à une peau moins épaisse, moins enflammée, moins rugueuse. Absolument rien à voir avec une transformation structurelle.

Ce qui ne change pas (du tout) la structure du nez

Si l’isotrétinoïne améliore nettement l’état de la peau, elle n’agit en revanche pas sur la structure du nez. Elle ne modifie ni les os, ni le cartilage, ni la forme anatomique de cette zone. Les rétinoïdes n’ont tout simplement aucun effet sur les tissus cartilagineux, et aucun mécanisme biologique connu ne permettrait à un médicament oral de remodeler le nez.

Les organismes de référence, qu’il s’agisse de l’OMS, de l’Académie européenne de dermatologie (EADV) ou de la Société Française de Dermatologie (SFD), ne rapportent d’ailleurs aucune modification morphologique du nez sous isotrétinoïne. En clair, le traitement peut atténuer l’inflammation et donner l’impression d’un nez moins « gonflé », mais il ne peut en aucun cas le « rétrécir ».

Un traitement aux effets secondaires importants

Selon l’ANSM, les effets indésirables de l’isotrétinoïne sont fréquents et parfois marqués. Parmi les plus courants figurent :

  • une sécheresse cutanée sévère nécessitant des soins adaptés ;
  • une sécheresse oculaire qui peut gêner le port de lentilles ;
  • des douleurs musculaires et articulaires ;
  • des troubles de l’humeur rapportés dans certains cas ;
  • des anomalies biologiques, notamment hépatiques ou lipidiques, qui exigent une surveillance médicale régulière.

Ces risques expliquent l’encadrement strict du traitement en France. L’automédication est formellement proscrite, et la délivrance du médicament est conditionnée à une ordonnance de moins de sept jours, signe tangible de la vigilance imposée par les autorités sanitaires. Utiliser ce traitement en dehors d’une indication médicale claire, simplement pour espérer modifier l’apparence du nez, expose donc à des risques disproportionnés.

Le danger réel des achats en ligne

L’autre inquiétude concerne la tentation, renforcée par la viralité des vidéos, de se procurer le médicament sans supervision médicale. L’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) rappelle que l’achat de médicaments sur internet expose à un risque élevé de contrefaçons. 

Ces produits illicites peuvent contenir des dosages aléatoires, des substances toxiques ou des ingrédients non conformes, sans aucune garantie de fabrication ou de contrôle. Dans le cas de l’isotrétinoïne, déjà exigeante en termes de suivi, la prise de contrefaçons peut s’avérer particulièrement dangereuse.

Sur les réseaux, où conseils et anecdotes se mêlent, quelques réflexes simples permettent de faire le tri :

  • Regarder d’abord qui s’exprime : un professionnel de santé, un organisme officiel ou un créateur de contenu sans expertise médicale.
  • Vérifier l’existence de données fiables : l’ANSM, la HAS ou la Société Française de Dermatologie proposent des informations validées, utiles pour recadrer un sujet.
  • Se méfier des “résultats spectaculaires” : les avant/après très partagés peuvent être influencés par des filtres, une lumière avantageuse ou un cadrage différent.
  • Garder en tête qu’un médicament n’est jamais un produit esthétique : il doit être prescrit et surveillé dans un cadre médical précis.
  • Demander l’avis d’un spécialiste : en cas de doute, un dermatologue est le mieux placé pour répondre.

Si un doute persiste, mieux vaut encore se tourner vers un vrai dermatologue, qui pourra évaluer la situation précisément et vous préconiser un traitement adapté.

À SAVOIR 

D’après l’ANSM, tout traitement par isotrétinoïne nécessite un bilan sanguin avant initiation, puis des contrôles réguliers pendant toute la cure (fonction hépatique, lipides). Cette surveillance obligatoire garantit un usage sécurisé d’un médicament potentiellement contraignant.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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