
Rumeurs gênantes, tabous d’un autre temps ou légendes urbaines persistantes : la masturbation traîne toujours, en 2025, son lot de croyances farfelues. Pourtant, cette pratique intime est aujourd’hui bien connue de la recherche en santé sexuelle. Que l’on soit seul(e), en couple, jeune ou senior, elle peut faire partie d’une sexualité épanouie… à condition d’en parler sans honte.
On en parle à demi-mot, avec gêne ou humour. La masturbation, pourtant, fait partie intégrante de la vie sexuelle de millions de Français·es. Elle est naturelle, courante, sans danger… et pourtant encore largement entourée de silence, de fausses croyances et de jugements tenaces.
On la dit honteuse, réservée aux ados, dangereuse pour la santé ou mauvaise pour le couple. Autant d’idées reçues qui résistent, parfois jusque dans les cabinets médicaux ou les repas de famille.
IDÉE REÇUE N°1
« La masturbation, ça rend sourd ! »
On la croyait enterrée avec les blagues de cour de récré, mais cette légende est tenace. L’idée selon laquelle l’onanisme rendrait sourd (ou aveugle, impuissant, ou “débile”) vient tout droit du XVIIIe siècle. En 1760, le médecin suisse Samuel Tissot publie un traité au succès retentissant : L’Onanisme. Il y décrit la masturbation comme un “fléau” provoquant cécité, fatigue nerveuse, rachitisme, voire surdité… sans la moindre preuve. Ce discours sera repris durant deux siècles, cautionné par l’Église, la médecine morale et l’éducation conservatrice.
Aujourd’hui, aucune étude médicale ne soutient cette théorie. Bien au contraire, la masturbation est reconnue comme une pratique normale du développement sexuel. En 2006, l’OMS a même formellement rejeté la théorie. Alors, non, vous ne deviendrez pas sourd.
En France, l’Éducation nationale ne s’aventure pas encore à en parler franchement à l’école. Mais dans ses recommandations sur l’éducation à la sexualité, le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) souligne l’importance d’aborder “la diversité des pratiques sexuelles, y compris la masturbation, dès le collège”.
IDÉE REÇUE N°2
« Les hommes se masturbent plus que les femmes »
Vrai historiquement, faux aujourd’hui ? Pas tout à fait. Les écarts se resserrent, mais la norme sociale reste très genrée. D’après les résultats préliminaires de la grande enquête CSF-2023 (Contexte de la Sexualité en France, menée par l’Inserm, l’ANRS-MIE et Santé publique France), 92,6 % des hommes âgés de 18 à 69 ans déclarent s’être déjà masturbés, contre 72,9 % des femmes. Ce chiffre est en forte progression. En 2006, elles n’étaient que 56,5 % à l’assumer.
Autrement dit, la masturbation féminine reste encore partiellement taboue, notamment chez les plus de 40 ans. Dans une étude IFOP (2022), 29 % des femmes disent ne jamais en avoir parlé à personne, contre 14 % des hommes. Ce décalage tient surtout aux normes sociales et à la honte longtemps associée à la masturbation féminine. Mais les choses évoluent vite. Chez les moins de 30 ans, l’écart entre hommes et femmes tend à disparaître, surtout dans les milieux urbains et diplômés.
IDÉE REÇUE N°3
« Trop se masturber, ça fait baisser la libido »
Faux. La masturbation est plutôt bénéfique pour la libido. Elle active les circuits de récompense du cerveau via la sécrétion de dopamine, d’endorphines (calmantes) et d’ocytocine (hormone de l’attachement). Alors la masturbation est plutôt synonyme de détente, plaisir, et même parfois d’une meilleure qualité de sommeil ou de réduction du stress.
D’un point de vue sexologique, elle peut même réactiver le désir, notamment chez les personnes en période de fatigue, de post-partum, de ménopause ou de célibat prolongé. Seule exception, si vous êtes habitué à des pratiques très spécifiques (vidéos pornographiques intenses, etc.), la réalité peut sembler un peu fade.
Alors, ce n’est pas la masturbation qui tue le désir, c’est l’ennui, la routine ou l’excès de stimuli artificiels.
IDÉE REÇUE N°4
« La masturbation favorise l’éjaculation précoce »
Non seulement c’est faux, mais c’est l’inverse qui est vrai. En sexothérapie, la masturbation peut être utilisée comme outil thérapeutique dans les troubles érectiles ou l’éjaculation prématurée. Elle permet de mieux contrôler l’excitation, d’explorer ses sensations, et de “reprogrammer” certaines habitudes corporelles.
Des exercices comme la méthode du stop and go (se masturber jusqu’au bord de l’éjaculation, puis s’arrêter) sont recommandés pour apprendre à différer le plaisir. Ces techniques sont soutenues par les recommandations de la Société Française de Sexologie Clinique.
Attention toutefois, si la masturbation est pratiquée de façon systématiquement rapide ou anxieuse (par peur d’être surpris, ou dans des contextes de stress), l’organisme peut enregistrer cette cadence comme une norme. Le cerveau devient conditionné à un plaisir “express”.
IDÉE REÇUE N°5
« On peut devenir accro à la masturbation »
Il existe effectivement des cas de comportement compulsif, aussi appelé hypersexualité ou dépendance sexuelle. Cela concerne des personnes chez qui la sexualité devient une obsession, un exutoire à l’anxiété ou à la solitude, parfois au détriment de leur vie sociale ou professionnelle.
Mais ces cas sont relativement rares. Selon une revue publiée dans le Journal of Sexual Medicine (Académie d’Oxford, Angleterre) et reprise en France par l’Observatoire français des conduites sexuelles, seuls 3 à 6 % des patients en consultation sexologique évoquent une masturbation réellement problématique.
En France, le comportement sexuel compulsif ne fait pas encore l’objet d’un diagnostic officiel dans la classification des troubles psychiatriques. Il est néanmoins reconnu par l’Organisation mondiale de la santé comme un trouble du contrôle des impulsions (CIM-11).
IDÉE REÇUE N°6
« Se masturber, c’est un truc d’ados (ou de célibataires) »
Erreur ! La masturbation n’est ni une phase de jeunesse, ni une activité réservée aux personnes sans partenaire. Elle concerne toutes les tranches d’âge, toutes les situations relationnelles, et tous les milieux sociaux.
D’après l’enquête CSF-2023 (Inserm / Santé Publique France / ANRS-MIE), près de la moitié des personnes en couple déclarent se masturber régulièrement, y compris lorsqu’elles vivent une relation stable et satisfaisante. Chez les hommes, c’est même 61 % des partenaires en couple qui se masturbent (contre 36 % chez les femmes), souvent sans que cela nuise à leur vie sexuelle.
La masturbation n’est pas un substitut au sexe à deux, mais une forme d’exploration personnelle. Elle peut coexister avec une sexualité partagée et contribuer à l’enrichir. D’ailleurs, de plus en plus de couples en parlent ouvertement, et intègrent parfois la masturbation dans leur intimité, comme source de complicité ou de nouveauté.
Et côté âge ? Contrairement aux idées reçues, la pratique ne disparaît pas avec les cheveux blancs. Dans une étude de l’Ifop, 34 % des plus de 60 ans affirment se masturber au moins une fois par mois.
À SAVOIR
La masturbation permettrait aussi de soulager les douleurs menstruelles. L’orgasme favoriserait une libération d’endorphines qui détendent les muscles utérins.







