Un médecin en grève qui l'affiche sur sa blouse blanche.
Plus de 17 000 médecins libéraux ont déclaré participer au mouvement. © Freepik

Pendant dix jours, du 5 au 15 janvier, médecins généralistes et spécialistes libéraux ont arrêté leur activité pour protester contre une série de mesures du budget de la Sécurité Sociale jugées trop contraignantes. Le mouvement s’est terminé ce jeudi 15 janvier, syndicats et gouvernement se sont tous deux proclamés satisfaits. Mais qu’en est-il vraiment ? Le mouvement peut-il se poursuivre ? Le point. 

Dix jours durant, du 5 au 15 janvier 2026, la médecine libérale a tourné au ralenti, allant jusqu’à provoquer de vives tensions dans les services d’urgences. Cabinets fermés, consultations annulées, agendas figés… Généralistes, spécialistes et même certains internes ont quitté leurs salles d’attente pour rejoindre le mouvement de contestation.

Ce qui n’était au départ qu’une réaction à plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale s’est transformé en mobilisation massive, jusqu’à rassembler près de 85 % des médecins libéraux en début de mouvement.

Une grande partie de la profession estime que les conditions d’exercice se durcissent progressivement. Les praticiens dénoncent des contraintes administratives croissantes, des contrôles jugés trop intrusifs, notamment sur les arrêts maladie, et la possibilité, inscrite dans le budget, de modifier certains tarifs sans négociation préalable. En guise de démonstration, environ 1 500 médecins sont même partis manifester à Bruxelles pour un exil symbolique et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leur autonomie professionnelle.

Le mouvement s’est officiellement arrêté le 15 janvier au soir, comme prévu. Mais entre les concessions annoncées par le gouvernement, les mises en garde des syndicats et les premières fissures visibles dans certains secteurs, le doute d’un rebond plane. 

Sur le plan formel, la grève des médecins libéraux n’a pas été déclarée comme reconduite au-delà de la date annoncée.Les principaux syndicats n’ont pas appelé à prolonger le mouvement au-delà de cette période.

En revanche, le quotidien souligne que certaines branches médicales pourraient poursuivre des actions locales ou ciblées, notamment du côté de certains syndicats de chirurgiens qui évoquent une grève des gardes dans les cliniques privées. Ces initiatives restent toutefois isolées et ne constituent pas une extension du mouvement national.

À ce jour, la grève dans sa forme initiale est donc considérée comme terminée, même si la contestation n’est pas totalement éteinte et pourrait ressurgir selon l’évolution des discussions avec le gouvernement.

Ce que réclamaient les médecins libéraux

La grève des médecins libéraux traduisaient un ras-le-bol accumulé face à une médecine de plus en plus pilotée par des indicateurs administratifs. Parmi les principales demandes portées par l’intersyndicale, plusieurs points revenaient systématiquement :

  • La suppression de la mise sous objectifs (MSO) sur les arrêts maladie, perçue comme une mesure punitive et une remise en cause du jugement médical.
  • Le retrait des articles 77 et 78 du budget de la Sécurité sociale, qui autorisaient l’Assurance maladie à modifier certains tarifs médicaux sans passer par une négociation conventionnelle.
  • L’abandon de la réforme du cumul emploi-retraite, jugée contre-productive dans un contexte de pénurie de médecins, notamment dans les zones sous-dotées.
  • La fin des sanctions liées au Dossier Médical Partagé (DMP), dont l’obligation d’alimentation était vécue comme une contrainte administrative supplémentaire, déconnectée du temps médical réel.

Au-delà de ces points précis, les médecins dénonçaient un climat général de méfiance institutionnelle, fait de contrôles renforcés, d’indicateurs chiffrés et d’une impression de perte progressive de leur autonomie professionnelle.

Ce qu’ils ont obtenu à l’issue de la grève

Au terme des dix jours de mobilisation, le gouvernement a consenti à plusieurs reculs notables, salués par les syndicats comme des avancées majeures. Dans les faits, les médecins libéraux ont obtenu :

  • Le retrait pur et simple de la mise sous objectifs sur les arrêts maladie, principal point de crispation du mouvement.
  • L’engagement de ne pas appliquer les baisses tarifaires unilatérales prévues dans le budget, toute évolution devant désormais passer par une négociation avec les représentants de la profession.
  • Le maintien du cumul emploi-retraite pour les médecins exerçant dans les zones sous-dotées, afin d’éviter des départs anticipés et des fermetures de cabinets.
  • La disparition de l’obligation DMP assortie de sanctions financières, à la suite de la censure constitutionnelle et de la confirmation qu’elle ne serait pas réintroduite en l’état.

Pour autant, tout n’a pas été obtenu. Certains sujets restent sources de tensions, notamment le non-remboursement élargi des actes des médecins non conventionnés (secteur 3), déjà voté par le Parlement et toujours contesté par la profession.

Ce mouvement aura indéniablement fait bouger le gouvernement, mais il n’a pas pour autant rebattu toutes les cartes du système. Les médecins ont obtenu des reculs significatifs sur des mesures très visibles, celles qui avaient mis le feu aux poudres. Pourtant, derrière ces victoires ponctuelles, rien ne dit que les conditions structurelles de la médecine libérale aient réellement changé.

Certes, certaines dispositions controversées ont été retirées, amendées ou mises en pause. Mais les sujets de fond restent, eux, entièrement sur la table.

À l’issue des annonces, l’intersyndicale a néanmoins adopté une position mesurée. Si les représentants des médecins ont salué des avancées qu’ils jugent importantes, ils ont également insisté sur la nécessité de rester vigilants. Les engagements pris par le gouvernement ne sont qu’une étape, et non un aboutissement. Les syndicats ont ainsi rappelé que les discussions devront se poursuivre et que les mesures annoncées devront être confirmées et inscrites dans la durée pour répondre aux attentes de la profession.

À SAVOIR

Depuis plus de vingt ans, les pouvoirs publics alertent sur la perte d’attractivité de l’exercice libéral, l’alourdissement des contraintes administratives et le vieillissement de la profession. Dès la fin des années 2000, la DREES signalait déjà l’apparition des déserts médicaux et la baisse du nombre de médecins généralistes libéraux.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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