Un homme qui mesure sa tension après le Covid.
Selon Santé publique France, moins d’un hypertendu sur deux a une tension réellement contrôlée malgré le traitement. © Freepik

Plus de consultations, plus de mesures de tension inquiétantes, plus de traitements débutés… Depuis la crise du Covid-19, l’hypertension artérielle progresse. Les confinements, les changements de mode de vie et l’effet même de l’infection au SARS-CoV-2 ont contribué à modifier durablement la santé cardiovasculaire de nombreux Français. Explications.

En France, l’hypertension artérielle touche près de 17 millions d’adultes, et un tiers l’ignore encore, selon Santé publique France. C’était vrai avant 2020, mais la pandémie est venue bousculer cet équilibre déjà fragile, en modifiant à la fois les modes de vie et le suivi médical de millions de personnes.

Depuis les confinements, plusieurs signaux vont dans le même sens. Le dépistage de l’hypertension a fortement reculé pendant la crise sanitaire, avant de repartir à la hausse dans les mois qui ont suivi.

Parallèlement, les facteurs de risque se sont accumulés dans la population, entre sédentarité, prise de poids et stress prolongé. Des données françaises et internationales montrent une augmentation mesurable des cas d’hypertension depuis la pandémie, posant la question de ses causes et de ses conséquences à long terme.

Une baisse nette de l’activité physique…

Les confinements ont profondément modifié les habitudes quotidiennes. Télétravail massif, déplacements limités, fermeture des salles de sport et restriction des sorties… En quelques semaines, une large partie de la population est passée d’un mode de vie actif à un quotidien beaucoup plus sédentaire.

Selon Santé publique France, dans le cadre de l’enquête CoviPrev menée en 2020, 37 % des Français déclarent avoir diminué leur activité physique pendant le premier confinement. Pour certains, la réduction ne s’est pas limitée à quelques séances de sport en moins. 

Or, la sédentarité prolongée est aujourd’hui reconnue comme un facteur de risque majeur de l’hypertension artérielle. Le manque de mouvement favorise la prise de poids, altère la régulation de la pression artérielle et contribue à une rigidité accrue des vaisseaux. 

… et donc une prise de poids

Selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), et dans un contexte d’obésité épidémique, les Français ont pris en moyenne près de 1,8 kg durant le confinement de mars à mai 2020. Les travaux de l’INRAE confirment cette évolution puisqu’environ 35 % des adultes ont pris du poids, parfois plusieurs kilos, tandis qu’une large part d’entre eux indique avoir moins bougé et grignoté davantage au quotidien. Les causes sont assez simples : 

  • stress
  • ennui, 
  • télétravail, 
  • fermeture des commerces,
  • fermeture des structures sportives… 

Le cadre du quotidien a changé brutalement, entraînant des comportements alimentaires plus irréguliers et une baisse du niveau d’activité. 

Une prise de poids, même modérée, peut entraîner une élévation de la pression artérielle, notamment chez les personnes présentant déjà des facteurs de risque. L’augmentation de la masse corporelle modifie l’équilibre cardiovasculaire, sollicite davantage le cœur et favorise des mécanismes métaboliques défavorables

Stress, sommeil, anxiété : des ingrédients “silencieux” de l’hypertension

Pendant les confinements, une augmentation du stress, de l’anxiété et des troubles du sommeil, liée à l’isolement, à l’incertitude sanitaire et à la désorganisation du quotidien, a été observé. 

Le stress prolongé active en continu des hormones comme le cortisol et l’adrénaline. Ces substances jouent un rôle normal d’alerte. Mais lorsqu’elles restent élevées pendant plusieurs semaines, elles peuvent augmenter la fréquence cardiaque et resserrer les vaisseaux sanguins, ce qui fait grimper la pression artérielle.

Beaucoup de personnes ont modifié leurs comportements sans vraiment s’en rendre compte. Les enquêtes européennes pointent notamment :

Durant le premier confinement, on a diagnostiqué beaucoup moins d’hypertensions, non pas parce que les Français allaient mieux… mais parce qu’ils n’allaient plus chez le médecin. Une étude EPI-PHARE (ANSM / Cnam) montre une baisse spectaculaire au printemps 2020 :

Quand les consultations ont repris, le système de soins a vu arriver des patients “rattrapés” par des problèmes non surveillés pendant plusieurs mois. À partir de 2021, les délivrances d’antihypertenseurs ont augmenté au-delà des niveaux habituels, signe d’un dépistage rattrapé et d’une demande grandissante.

Au-delà des comportements pendant les confinements, le Covid-19 lui-même peut, chez certains patients, entraîner une hypertension persistante. Une étude publiée en 2023 dans la revue Hypertension (American Heart Association), portant sur plus de 45 000 patients sans antécédent d’HTA, conclut :

  • 20,6 % des patients hospitalisés pour Covid développent une hypertension dans les 6 mois
  • Le risque est supérieur à celui observé après une grippe saisonnière

Les mécanismes sont encore étudiés, mais plusieurs hypothèses solides existent :

  • inflammation prolongée post-infection
  • atteinte de l’endothélium (paroi interne des vaisseaux)
  • dérèglement du système rénine-angiotensine (clé dans la régulation de la tension)

Une étude de suivi sur 3 ans, publiée en 2025 dans Scientific Reports, confirme cette tendance. Le risque reste plus élevé dans la durée, surtout chez les patients ayant eu une forme sévère de Covid.

L’hypertension est une maladie silencieuse qui augmente le risque d’AVC et de maladies cardiovasculaires. Alors, pensez à :

  • faire contrôler sa tension une fois par an à partir de 40 ans, plus tôt en cas de facteurs de risque ;
  • pratiquer l’automesure (3 mesures matin et soir pendant 3 jours) ;
  • bouger régulièrement, même à intensité modérée ;
  • limiter la sédentarité, surtout en télétravail, en se levant toutes les 1 à 2 heures.

Même si les cas d’hypertension ont augmenté depuis le Covid, la maladie se dépiste facilement et se contrôle efficacement avec un suivi régulier.

À SAVOIR 

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’hypertension fait partie des principales causes évitables de maladies cardiovasculaires dans le monde et constitue l’une des premières causes de décès prématuré.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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