
Accès aux soins, déserts médicaux, prévention… La santé s’impose depuis plusieurs années comme une préoccupation majeure des Français. Pourtant, à l’approche des élections municipales, une question revient régulièrement : la santé occupe-t-elle réellement une place centrale dans les programmes des candidats ? Derrière les (belles) promesses électorales, les leviers d’action des maires restent malheureusement limités. Explications.
Longtemps considérée comme une compétence relevant essentiellement de l’État via les agences régionales de santé (ARS), la santé s’est progressivement invitée dans le débat local.
En réalité, ce phénomène s’est accéléré depuis la crise du Covid-19. C’est lors de cette crise sanitaire que les Français ont pris conscience de l’importance des politiques territoriales de santé et de la place des collectivités dans l’accès aux soins.
Depuis, les attentes des citoyens sont particulièrement fortes en matière de santé. La preuve ? Selon une récente enquête réalisée par l’institut CSA pour France Assos Santé (voir « à savoir »), la santé arrive en tête des préoccupations des Français vis-à-vis de leur maire, quelle que soit la région ou la taille de la commune.
Cette demande s’explique par une réalité de terrain bien connue : la difficulté croissante à trouver un médecin, à obtenir un rendez-vous chez un spécialiste ou à accéder à certains services hospitaliers. Dans ce contexte, les élections municipales pourraient constituer le moment opportun pour faire avancer les choses. Malheureusement, entre limites de compétences et promesses démagogiques, la santé demeure souvent en marge de la campagne. Derrière la sécurité, les transports, le logement ou l’environnement.
La santé, première préoccupation des citoyens… mais pas des politiques
Un enjeu majeur dans la vie quotidienne
D’abord, un constat confirmé par toutes les études récentes. Dans notre pays, la santé est devenue un marqueur fort des inégalités territoriales. Dans certaines zones rurales ou périurbaines, l’accès à un médecin généraliste peut nécessiter plusieurs semaines d’attente, voire plusieurs dizaines de kilomètres de déplacement. L’enfer !
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Le premier est démographique. Le vieillissement de la population entraîne une augmentation du nombre de maladies chroniques et donc une demande de soins plus importante. Dans le même temps, de nombreux médecins arrivent à l’âge de la retraite sans être remplacés. Un drame, notamment dans les petites communes.
À cette évolution s’ajoute un autre phénomène : la difficulté croissante à obtenir un rendez-vous médical dans des délais raisonnables, notamment chez les spécialistes. Cette situation contribue à un phénomène inquiétant de renoncement aux soins pour une partie de la population. En particulier les plus démunis.
Face à ces difficultés concrètes, les citoyens se tournent naturellement vers leurs élus locaux. Logique…
Des attentes fortes vis-à-vis des maires
De fait, les enquêtes d’opinion montrent que les habitants attendent désormais des municipalités qu’elles s’engagent dans l’organisation de l’offre de soins sur leur territoire.
Selon l’étude CSA citée précédemment, la santé est identifiée comme la première attente des Français à l’égard de leur maire dans la perspective des élections municipales.
Cette attente peut surprendre, car la santé ne fait pas officiellement partie des compétences obligatoires des communes. Mais dans les faits, les élus locaux jouent un rôle croissant dans l’accès aux soins. Même s’il demeure limité.
Ainsi, ils interviennent notamment dans :
- la création de maisons de santé pluriprofessionnelles
- l’installation de centres de santé municipaux
- la coordination entre professionnels de santé
- les actions de prévention et de santé publique
Autrement dit, même si la politique de santé reste pilotée par l’État, les communes sont devenues des acteurs de la santé de proximité.
Les déserts médicaux, au cœur du débat local
Une problématique territoriale majeure
Le terme de désert médical est aujourd’hui entré dans le langage courant. Il désigne des territoires où l’offre de soins est insuffisante au regard des besoins de la population.
Aujourd’hui, plusieurs millions de Français vivent dans des zones où l’accès aux soins est fortement dégradé. Certaines estimations évoquent environ 2,5 millions d’habitants vivant dans des territoires identifiés comme déserts médicaux.
Ces secteurs qualifiés de ZSD (Zone Sous-Dotée) concernent particulièrement :
- les zones rurales
- certaines villes moyennes
- les périphéries des grandes métropoles
Dans ces territoires, la fermeture de cabinets médicaux ou de services hospitaliers fragilise encore davantage l’accès aux soins.
Des initiatives locales pour attirer les médecins
Face à cette situation, de nombreux maires ont décidé d’agir. Plusieurs stratégies sont mises en œuvre pour attirer les professionnels de santé.
La plus répandue consiste à financer la construction de maisons de santé pluriprofessionnelles. Ces structures permettent de regrouper plusieurs praticiens – médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes – afin d’améliorer la coordination des soins.
Les collectivités peuvent également proposer :
- des aides à l’installation
- des logements pour les médecins
- des locaux professionnels à loyers modérés
Certaines régions complètent ces dispositifs par des aides financières importantes. Par exemple, dans certaines zones prioritaires, les ARS (Agences Régionales de Santé) peuvent proposer jusqu’à 50 000 euros d’aide à l’installation pour les médecins s’engageant à exercer dans des territoires sous-dotés.
D’autres, comme la région Auvergne-Rhône-Alpes, ont pris l’option de recruter des médecins salariés pour consulter dans les zones les plus reculées.
Ces initiatives montrent que les collectivités locales cherchent à compenser les difficultés d’organisation de notre système de santé. Mais elles sont aussi le reflet des limites de ce système…
Les limites de l’action municipale
Une compétence encore largement nationale
Que l’on s’en félicite ou qu’on le déplore, une réalité demeure : la politique de santé reste avant tout une compétence nationale. Ainsi, les grandes décisions concernant l’organisation du système de soins relèvent de l’État, de l’Assurance maladie et des agences régionales de santé.
Par exemple, les municipalités ne peuvent pas décider seules de la répartition des médecins sur leur territoire ni de l’ouverture ou de la fermeture de services hospitaliers.
Cette situation crée parfois un décalage entre les attentes des habitants et les capacités réelles d’action des élus locaux. Voire un sentiment d’incompréhension.
Une crise structurelle du système de santé
Au-delà des enjeux territoriaux, les difficultés d’accès aux soins reflètent également des problèmes structurels du système de santé français.
Plusieurs facteurs sont régulièrement mis en avant :
- le manque de médecins généralistes
- l’augmentation des besoins liés au vieillissement
- les difficultés de recrutement à l’hôpital
- la saturation de certaines spécialités médicales
Dans ce contexte, certaines réformes nationales sont actuellement débattues pour améliorer l’accès aux soins. Parmi elles figure notamment la mise en place d’une « mission de solidarité » visant à inciter les médecins à effectuer des consultations dans les zones sous-dotées. Cette mesure pourrait permettre de générer jusqu’à 30 millions de consultations supplémentaires par an.
Le rôle croissant des CPTS
Parallèlement, de nouvelles formes d’organisation territoriale de la santé se développent, à l’instar des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).
Créées par la loi de modernisation du système de santé de 2016, les CPTS regroupent des professionnels de santé d’un même territoire afin d’améliorer la coordination des soins et la continuité de la prise en charge des patients.
Ces structures impliquent souvent les collectivités locales, qui peuvent jouer un rôle d’animation ou de soutien logistique.
Elles illustrent l’émergence d’une gouvernance territoriale de la santé associant professionnels, institutions et élus locaux.
Mais ces dispositifs restent controversés et leur efficacité dépendra de leur mise en œuvre concrète.
La santé, un thème populaire mais peu impactant
Trouver d’autres leviers pour améliorer la santé des citoyens
Face à ce sentiment d’impuissance, certains élus cherchent à placer les enjeux de santé dans l’ensemble de leurs politiques publiques locales. Cela va de l’urbanisme aux mobilités, en passant par l’environnement, l’alimentation ou la pratique sportive.
Parmi les leviers actionnés durant la campagne pour améliorer la santé des concitoyens :
- la qualité de l’air
- l’aménagement d’espaces publics
- l’accès à l’activité physique
- l’alimentation dans les cantines scolaires
- la prévention des addictions
Mais derrière ces projets et autres belles promesses se cache une réalité. Si la santé est devenue une préoccupation majeure des citoyens, elle n’occupe pas une place centrale dans les programmes des candidats aux élections municipales.
C’est notamment le cas dans les grandes agglomérations, là où l’offre de soins est conséquente. En revanche, dans certaines communes particulièrement touchées par les déserts médicaux, certains candidats ont bien compris l’intérêt électoral d’en faire un thème central de campagne.
Ces candidats rivalisent alors de propositions pour attirer des médecins ou développer des centres de santé. D’autres tirent la sonnette d’alarme, réclamant davantage de prérogatives pour répondre à l’urgence de la situation.
Vers une nouvelle gouvernance territoriale de la santé ?
De fait, les prochaines années pourraient marquer une évolution importante dans la place des collectivités locales dans les politiques de santé.
Face aux difficultés d’accès aux soins et à la montée des inégalités territoriales, de nombreux acteurs appellent à une organisation plus territorialisée du système de santé.
Plusieurs options sont envisagées :
- un renforcement du rôle des collectivités
- une meilleure coordination entre acteurs locaux
- le développement de structures de soins de proximité
Dans cette perspective, les élections municipales apparaissent comme un moment clé pour définir les priorités locales en matière de santé.
Car au-delà des promesses électorales, une chose est désormais certaine : la santé est devenue un enjeu politique majeur des territoires et les citoyens attendent de leurs futurs élus locaux des réponses à cette crise silencieuse.
À SAVOIR
Publiée en novembre 2025, l’enquête CSA pour France Assos Santé « Connaissance et attentes des Français sur les compétences des maires en matière de santé » a révélé une certaine défiance à l’égard des élus locaux. Ainsi, seulement 53% des sondés se sont déclarés « satisfaits » des actions menées dans leur commune en matière de santé. Priorité des priorités, le maintien et le développement de l’accès aux soins (37%). Sujet particulièrement sensible chez les 50-64 ans. Face à ce défi, l’installation de centres et/ou de maisons de santé pluridisciplinaires constitue la meilleure réponse pour une très large majorité de sondés.







