Un enfant qui consomme des aliments ultra-transformés à presque chaque repas.
L’association de défense des consommateurs a analysé 43 produits alimentaires destinés aux enfants et constaté que près de 80 % d’entre eux étaient ultra-transformés. © Magnific

À 2 ans, le contenu de l’assiette pourrait-il déjà influencer le développement du cerveau ? Une étude brésilienne publiée dans le British Journal of Nutrition, relance les interrogations sur les aliments ultra-transformés. Les chercheurs y observent un lien entre une forte consommation de produits industriels dès la petite enfance et des performances cognitives plus faibles à l’école primaire… De quoi s’inquiéter pour le développement intellectuel des enfants ?

Biscuits industriels, boissons sucrées, céréales du petit-déjeuner, plats préparés, snacks emballés… Les aliments ultra-transformés occupent désormais une place importante dans le quotidien alimentaire des familles. Pratiques, bon marché, omniprésents dans les rayons des supermarchés, ils représentent aujourd’hui une part croissante de l’alimentation, y compris chez les plus jeunes enfants.

Mais leur impact pourrait-il aller au-delà des risques déjà connus pour la santé métabolique ? Depuis plusieurs années, les chercheurs s’interrogent sur leurs effets possibles sur le développement du cerveau et les capacités cognitives des enfants.

La question refait surface après la publication d’une étude brésilienne dans le British Journal of Nutrition. Menée auprès de plus de 4 000 enfants issus de la cohorte de naissance de Pelotas, elle observe une association entre une alimentation riche en produits ultra-transformés à l’âge de 2 ans et des performances cognitives plus faibles entre 6 et 7 ans.

Les premières années de vie, et notamment les fameux « 1 000 premiers jours », constituent une période particulièrement sensible pour le développement cérébral. Dans le même temps, la consommation d’aliments ultra-transformés continue de progresser dans de nombreux pays, y compris en France, où ils représentent environ 30 à 35 % des apports caloriques quotidiens, selon les données de la cohorte française NutriNet-Santé.

Le terme « aliment ultra-transformé » ne désigne pas simplement un produit transformé. Selon la classification NOVA, il s’agit d’aliments fabriqués industriellement à partir d’ingrédients raffinés, souvent enrichis en additifs, colorants, émulsifiants ou exhausteurs de goût.

On y retrouve notamment :

  • les sodas ;
  • les biscuits industriels ;
  • les céréales très sucrées ;
  • les plats préparés ;
  • certaines charcuteries ;
  • les nouilles instantanées ;
  • de nombreux snacks emballés.

En France, ces produits occupent une place importante dans l’alimentation. Selon une étude publiée dans le British Medical Journal à partir de la cohorte française NutriNet-Santé, les aliments ultra-transformés représentaient 30 à 35 % des apports énergétiques quotidiens des adultes français.

Chez les enfants et les adolescents, la part peut être encore plus élevée. Santé publique France rappelle régulièrement que les produits très gras, très sucrés ou très salés restent largement consommés dès le plus jeune âge, malgré les recommandations nutritionnelles du Programme national nutrition santé (PNNS).

Une étude menée sur plus de 4 000 enfants

L’étude a été publiée dans le British Journal of Nutrition. Les chercheurs ont analysé les données de plus de 4 000 enfants issus de la cohorte de naissance de Pelotas, au Brésil.

À l’âge de 2 ans, les habitudes alimentaires des enfants ont été étudiées en détail. Les scientifiques ont ensuite évalué leurs capacités cognitives entre 6 et 7 ans à l’aide de tests standardisés. Deux grands profils alimentaires ont émergé :

  • un profil davantage basé sur des aliments peu transformés, avec des fruits, légumes, céréales et haricots ;
  • un profil plus riche en produits ultra-transformés, snacks, boissons sucrées et aliments industriels.

Résultat, les enfants ayant le régime le plus riche en aliments ultra-transformés présentaient en moyenne des performances cognitives plus faibles quelques années plus tard.

Les auteurs ont toutefois pris soin de corriger de nombreux facteurs susceptibles d’influencer le développement intellectuel :

  • le niveau d’éducation des parents ;
  • les revenus du foyer ;
  • l’allaitement ;
  • l’environnement familial ;
  • la stimulation intellectuelle à la maison ;
  • ou encore la santé mentale maternelle.

Autrement dit, les chercheurs ont tenté d’isoler autant que possible le rôle de l’alimentation.

Pas une preuve définitive, mais un signal sérieux

Attention toutefois, il s’agit d’une étude observationnelle. Les chercheurs observent des associations statistiques, sans pouvoir prouver un lien de cause à effet direct. Une nuance importante, souvent simplifiée dans certains titres alarmistes.

On ne peut pas conclure qu’un paquet de biscuits ou un plat préparé altère directement l’intelligence d’un enfant. D’autant que le développement cognitif dépend d’une multitude de facteurs :

  • le sommeil ;
  • les interactions sociales ;
  • l’activité physique ;
  • le niveau de stress ;
  • l’exposition aux écrans ;
  • l’environnement socio-économique ;
  • ou encore la qualité globale de l’éducation.

Mais pour de nombreux chercheurs, les résultats s’accumulent suffisamment pour justifier une vigilance.

Pourquoi l’alimentation pourrait-elle influencer le cerveau ?

Le cerveau d’un jeune enfant est en pleine construction. Durant les premières années de vie, les connexions neuronales se développent à une vitesse spectaculaire. Cette phase demande beaucoup d’énergie… et des nutriments de qualité.

Or, les aliments ultra-transformés présentent souvent plusieurs caractéristiques problématiques :

  • ils sont pauvres en fibres ;
  • pauvres en vitamines et micronutriments ;
  • riches en sucres rapides ;
  • riches en mauvaises graisses ;
  • et parfois très caloriques sans réel intérêt nutritionnel.

Certains chercheurs évoquent aussi le rôle possible de l’inflammation chronique. Plusieurs études suggèrent qu’une alimentation très riche en produits ultra-transformés pourrait favoriser un état inflammatoire de bas grade dans l’organisme.

Le microbiote intestinal est également étudié de près. Depuis quelques années, les scientifiques s’intéressent au fameux « axe intestin-cerveau », c’est-à-dire aux interactions entre les bactéries intestinales et le fonctionnement cérébral.

Des travaux publiés dans The BMJ ou Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology montrent que l’alimentation influence fortement cet équilibre intestinal, lui-même impliqué dans certaines fonctions cognitives et émotionnelles.

Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires françaises insistent sur l’importance des « 1 000 premiers jours », de la grossesse jusqu’aux deux ans de l’enfant.

Dans un rapport remis en 2020 au gouvernement français, la commission des 1 000 jours dirigée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik rappelait que cette période constitue une fenêtre essentielle pour le développement du cerveau et de la santé future.

L’alimentation y occupe une place centrale. Les recommandations françaises encouragent notamment :

  • une diversification alimentaire progressive ;
  • des aliments bruts ou peu transformés ;
  • une limitation des produits très sucrés ;
  • et l’apprentissage précoce du goût.

Le problème, c’est que les aliments ultra-transformés sont souvent pratiques, peu coûteux, très accessibles… et pensés pour être particulièrement attractifs. Couleurs, textures, goût intense… Tout est conçu pour stimuler l’envie de manger. Chez les jeunes enfants, l’effet peut être redoutablement efficace.

Pas question pour autant de culpabiliser les parents. Les nutritionnistes rappellent qu’aucun aliment isolé ne détermine à lui seul le développement intellectuel d’un enfant. Ce qui compte avant tout, c’est l’équilibre global de l’alimentation sur la durée.

Dans la vraie vie, peu de familles cuisinent exclusivement des produits frais et bruts. Entre contraintes de temps, budget, fatigue et organisation familiale, les produits industriels font souvent partie du quotidien.

L’objectif n’est donc pas le « zéro ultra-transformé », mais plutôt une réduction progressive des excès :

  • privilégier autant que possible les aliments peu transformés ;
  • varier les repas ;
  • limiter les boissons sucrées ;
  • cuisiner quand c’est possible ;
  • et préserver des moments de repas calmes et réguliers.

Une alimentation équilibrée ne fait pas tout. Mais elle pourrait bien constituer une pièce importante du puzzle du développement cérébral.

À SAVOIR 

Le cerveau d’un enfant consomme énormément d’énergie. Selon des travaux scientifiques relayés notamment par les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), il peut consommer jusqu’à 43 % de l’énergie totale dépensée durant l’enfance, contre environ 20 % chez l’adulte. 

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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