
Températures caniculaires, baignades improvisées, surveillance relâchée… Ce début d’été 2025 est marqué une explosion du nombre de noyades en France, en particulier chez les enfants et les adolescents. Santé publique France tire la sonnette d’alarme dans son dernier rapport.
Un vacancier de 21 ans dans le lac d’Annecy, lors d’une sortie en pédalo le 5 juillet. Un homme de 25 ans dans le lac de Miribel-Jonage, le 22 juin. Trois membres d’une même famille en mer dans les Côtes-d’Armor, le 10 juillet… Chaque été, les noyades font tristement la une, mais cette année, les chiffres sont particulièrement lourds. “Tous les indicateurs ont augmenté par rapport à 2024, sur toutes les classes d’âge”, révèle tristement Aymeric Ung, épidémiologiste et chargé de projets à la direction des maladies non transmissibles et traumatismes chez Santé Publique France.
Selon le bilan national de Santé publique France publié le 11 juillet 2025, 429 noyades ont déjà été recensées entre le 1er juin et le 2 juillet, dont 109 ont conduit à un décès. Une envolée dramatique par rapport à la même période en 2024, où l’on ne dénombrait “que” 220 noyades et 69 décès.
En clair, +95 % de noyades et +58 % de décès en un an, sur la même période. Mais si ces chiffres explosent, ce n’est pas un hasard. “Ces augmentations sont survenues dans un contexte de températures élevées sur la seconde quinzaine de juin, ayant entraîné un afflux massif vers les lieux de baignade”, analyse Yann Le Strat, directeur scientifique de Santé publique.
Noyades : une hausse brutale et préoccupante
Les enfants en première ligne
Parmi les chiffres les plus alarmants : la hausse des noyades chez les jeunes enfants.
- Chez les 0-5 ans, le nombre de noyades a plus que doublé : 140 cas en 2025 contre 55 en 2024 (+155 %) ;
- Chez les 6-12 ans, c’est pareil : 43 noyades contre 17 l’an dernier (+153 %).
Même si toutes ne se terminent pas tragiquement, le bilan reste lourd. 19 enfants et adolescents sont morts noyés en 2025 contre 8 l’an dernier. Chez les ados de 13 à 17 ans, près d’une noyade sur deux a été fatale cette année (48 %), contre 19 % l’an dernier sur la même période. Un chiffre glaçant, qui révèle aussi la dangerosité des cours d’eau, souvent choisis comme lieu de baignade “naturelle” et gratuite.
Les cours d’eau : un piège mortel pour les jeunes
Ce que montre ce rapport, c’est que la mer n’est plus seule en cause. “Le nombre de noyades a presque doublé cet été en France, avec des enfants et adolescents particulièrement touchés, surtout dans les rivières et plans d’eau ! ” affirme Aymeric Ung. En 2025, 78 % des décès chez les mineurs par noyade ont eu lieu dans un cours d’eau ou un plan d’eau. Et le danger est bien réel, surtout quand l’accès n’est pas sécurisé.
Dans le détail, les 15 décès recensés chez les mineurs dans ces milieux naturels en 2025 (contre 3 seulement en 2024) concernent majoritairement des adolescents de plus de 10 ans, et se sont produits dans 8 régions, dont l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie, ou encore la Guyane. 11 de ces 15 décès ont eu lieu le week-end, souvent lors d’activités entre amis ou en famille, dans des lieux non surveillés.
La canicule, facteur aggravant
Ce terrible bilan est à mettre en lien direct avec les conditions météo exceptionnelles de ce début d’été. Le mois de juin 2025 a été l’un des plus chaud, avec une anomalie thermique de +3,3 °C, juste derrière juin 2003. Dès le 19 juin, une vague de chaleur s’est installée, déclenchant des vigilances canicule successives, dont une vigilance rouge du 1er au 3 juillet dans 16 départements.
“Face à cette chaleur écrasante, des milliers de Français ont naturellement cherché refuge dans l’eau parfois sans y être préparés” avoue Agnès Verrier, chargée de projets à la Direction de la prévention et promotion de la santé.
Noyade : “un accident est trop vite arrivé !”
Surveillance : les failles à corriger d’urgence
Dans une grande majorité des cas, la noyade survient rapidement, silencieusement, en quelques secondes, et en l’absence de surveillance suffisante.
Chez les enfants, les recommandations restent pourtant simples :
- Ne jamais les quitter des yeux, même quelques instants ;
- Se baigner avec eux ;
- Et surtout, désigner un adulte référent, unique et attentif.
Chez les adultes, les accidents sont souvent liés à la consommation d’alcool, à la méconnaissance du lieu, ou à une imprudence liée à la chaleur. “Si on ne sent pas bien, on reporte la baignade ou on trempe les pieds. Mais on ne risque pas sa vie, l’accident est trop vite arrivé !” insiste Agnès Verrier.
Les bons réflexes à adopter pour éviter le pire
Comme Santé publique France le rappelle : “nager, ça s’apprend, à tout âge, et cela reste le meilleur moyen de se protéger”.
Pour les enfants :
- Bébé nageur dès le plus jeune âge (0-3 ans)
- Aisance aquatique (4-6 ans)
- Apprentissage de la nage dès 6 ans
Pour les adultes :
- Toujours privilégier les zones de baignade surveillées
- Ne jamais se baigner seul ou sous l’effet de l’alcool
- Respecter les consignes de sécurité et les interdictions de baignade
- Entrer progressivement dans l’eau, surtout en cas de forte chaleur
Alors maintenant que vous avez les clés en main, soyez vigilant (vraiment) ! Le nombre de noyades a presque doublé cet été en France, avec des enfants et adolescents particulièrement touchés, surtout dans les rivières et plans d’eau. Les conditions météo exceptionnelles ont bien évidemment joué un rôle majeur dans cette hausse dramatique, mais l’absence de surveillance et de prévention reste la vraie problématique.
À SAVOIR
Chaque jour, entre le 1er juin et le 2 juillet 2025, environ 12 personnes se sont noyées en France, et près de 3 en sont mortes.







