Une douleur sous le pied ? En retirant sa chaussure, on découvre parfois une petite zone épaissie, jaunâtre ou rugueuse. Mais s’agit-il d’une verrue plantaire ou d’un cor au pied ? La confusion est fréquente, car ces deux lésions peuvent provoquer une douleur importante à la marche et présenter un aspect proche au premier regard.
Pourtant, elles n’ont ni la même origine, ni le même mécanisme de développement, ni le même traitement.
Cor et verrue : deux mécanismes complètement différents
Malgré leur ressemblance apparente, le cor au pied et la verrue plantaire résultent de phénomènes biologiques totalement distincts.
Le cor est une réaction de défense de la peau face à des frottements ou des pressions répétés. Lorsqu’une zone du pied est constamment sollicitée, l’épiderme fabrique davantage de kératine afin de renforcer sa protection.
Cette accumulation de corne, appelée hyperkératose, forme progressivement un épaississement localisé. Les chaussures trop serrées, les talons hauts, certaines déformations du pied (hallux valgus, orteils en marteau) ou des troubles de l’appui constituent les principales causes.
La verrue plantaire est, au contraire, une infection virale provoquée par certains types de papillomavirus humains (HPV). Le virus pénètre dans la peau par une microfissure, souvent après un contact avec un sol contaminé dans une piscine, un vestiaire, une douche collective ou une salle de sport. Il infecte les cellules superficielles de l’épiderme et stimule leur multiplication, donnant naissance à la verrue.
Les différentes formes de lésions du pied
Les podologues distinguent plusieurs types de lésions selon leur origine.
Parmi les hyperkératoses mécaniques, le cor (ou heloma durum) apparaît généralement sur les zones de frottement des orteils et possède un noyau central très compact. L’œil-de-perdrix (heloma molle) correspond à un cor plus souple qui se développe entre deux orteils sous l’effet des frottements et de l’humidité. Le durillon, quant à lui, forme une plaque de corne plus étendue, sans noyau central, le plus souvent sous l’avant-pied ou le talon.
Les verrues plantaires présentent également plusieurs aspects. La verrue myrmécie est la forme la plus fréquente. Profonde et généralement isolée, elle s’enfonce sous l’effet du poids du corps et devient souvent douloureuse. La verrue mosaïque correspond à un regroupement de nombreuses petites verrues superficielles, généralement moins douloureuses.
L’aspect de la lésion permet souvent de les distinguer
Un examen attentif apporte souvent de précieux indices. Le premier concerne les lignes naturelles de la peau, appelées dermatoglyphes. Sur un cor, elles traversent la lésion sans être interrompues. À l’inverse, une verrue désorganise complètement ces lignes, qui s’arrêtent à sa périphérie.
Le second indice est la présence de petits points noirs. Très caractéristiques de la verrue plantaire, ils correspondent à de minuscules capillaires sanguins thromboses et non à des « racines », comme on l’entend souvent. Leur présence traduit la vascularisation de la verrue.
Le cor présente au contraire une surface plus lisse, jaunâtre ou translucide, avec un noyau central de kératine bien visible, mais sans points noirs.
La douleur ne se manifeste pas de la même façon
La manière dont la douleur apparaît constitue également un élément très utile au diagnostic.
Une verrue plantaire est généralement plus sensible lorsqu’on exerce une pression latérale, en la pinçant entre deux doigts. Cette compression sollicite les tissus infectés situés sous la peau.
Le cor devient surtout douloureux lors d’une pression verticale, comme lorsque l’on appuie directement dessus ou lors de la marche. Son noyau de kératine agit alors comme une pointe qui s’enfonce dans les tissus à chaque appui.
Un diagnostic précis évite les erreurs de traitement
Confondre ces deux lésions peut conduire à des traitements inefficaces, voire délétères. Les produits anti-verrues à base d’acide salicylique détruisent les cellules infectées par le papillomavirus. Utilisés sur un cor, ils risquent surtout de brûler la peau saine sans supprimer la cause mécanique responsable de la lésion.
À l’inverse, tenter de limer ou de poncer une verrue peut favoriser la dissémination du virus vers d’autres zones du pied.
Chez les personnes diabétiques, immunodéprimées ou souffrant de troubles de la circulation, toute tentative de retrait au moyen d’une lame ou d’un objet tranchant expose à un risque important de plaie, d’infection et de complications.
Deux traitements adaptés à des causes opposées
Le traitement dépend entièrement de l’origine de la lésion.
La verrue plantaire nécessite l’élimination des cellules infectées par le virus. Les traitements reposent principalement sur l’application répétée d’acide salicylique ou sur la cryothérapie à l’azote liquide réalisée par un dermatologue.
Le cor au pied nécessite avant tout de supprimer les pressions responsables de son apparition. Le pédicure-podologue retire le noyau kératosique de manière indolore à l’aide d’instruments adaptés, puis recherche la cause des frottements. Selon les situations, un changement de chaussures, une orthèse en silicone ou des semelles orthopédiques peuvent être proposés afin d’éviter les récidives.
Les situations qui nécessitent une consultation
Une douleur persistante sous le pied mérite un avis médical lorsqu’elle modifie la marche ou devient invalidante.
Une consultation est également recommandée si la lésion saigne, s’infecte, s’étend rapidement ou ne s’améliore pas malgré les premiers soins.
Chez les personnes atteintes de diabète, d’artériopathie ou présentant une immunodépression, toute lésion du pied doit être évaluée rapidement par un professionnel de santé afin de prévenir les complications.
Même si elles peuvent se ressembler au premier regard, la verrue plantaire et le cor au pied correspondent à deux maladies totalement différentes. L’une est provoquée par une infection virale, l’autre par des contraintes mécaniques répétées. Un simple examen clinique réalisé par un médecin, un dermatologue ou un pédicure-podologue permet généralement d’établir rapidement le diagnostic et de mettre en place le traitement le plus adapté.
À SAVOIR : Le 22 septembre 1862, en pleine guerre de Sécession, Abraham Lincoln souffre de douloureux cors aux pieds qui compliquent ses déplacements. Après l’intervention du chiropodiste Isachar Zacharie, le président est immédiatement soulagé et lui accorde sa confiance. Cette relation privilégiée conduit Lincoln à lui confier plusieurs missions confidentielles auprès des États confédérés. Une histoire méconnue qui montre comment un simple problème de pieds a fait d’un podologue un émissaire inattendu de la présidence américaine.




