Un senior accueilli dans un Ehpad public en France.
À l'heure du virage domiciliaire, l'offre d'hébergement pour personnes âgées en état de grande dépendance reste très étoffé en France, avec 600 000 places réparties dans 7500 établissements, dont la moitié sont publics. © Freepik

Confrontés à des finances exsangues, la grande majorité des Ehpad publics sont dans le rouge. Ces établissements accueillent pourtant la moitié des personnes âgées en perte d’autonomie en France, notamment dans les secteurs ruraux où ils constituent souvent la seule offre d’hébergement. Alors que la situation s’aggrave chaque année, la Fédération Hospitalière de France tire la sonnette d’alarme et annonce ce mardi 13 mai la disparition d’un service public essentiel si aucune mesure n’est prise à court terme.

La population française vieillit, mais la France sera-t-elle en mesure d’assurer convenablement la prise en charge de ce vieillissement dans les prochaines années. La question est récurrente à bien des titres, et le cri d’alarme lancé ce mardi 13 mai 2025 par la Fédération Hospitalière de France lui donne une nouvelle résonance.

Pierre angulaire de la gestion du grand âge, le système des Ehpad* publics, ces établissements médicalisés où sont hébergés des personnes âgées en grande perte d’autonomie, vacille. Cette défaillance n’illustre pas seulement celle du système de santé à la française. Elle révèle à quel point la problématique de la dépendance, à l’heure où la notion du bien vieillir s’impose, sera cruciale à moyen terme, notamment dans les territoires déjà frappés de plein fouet par le manque d’accès aux soins.

“Si des mesures ne sont pas prises, nous craignons une disparition de l’offre publique dans une majorité des territoires”, annonce Zaynab Ziet. La directrice générale de la FHF appuie ses propos sur une étude lancée par la Fédération Hospitalière de France entre le 28 février et le 4 avril 2025 auprès de l’ensemble des Ehpad publics de France.

La plupart témoignent de finances dans le rouge, malgré “la mobilisation par les pouvoirs publics d’un fonds de soutien exceptionnel depuis l’été 2023”. Avec à la clé de lourdes répercussions sur le recrutement du personnel et les projets d’amélioration de l’accompagnement des personnes âgées. Mais aussi sur la qualité des soins, et de la prise en charge en général ?

“Nous constatons depuis 3 ans une dégradation continue de leurs finances. En 2024, 70% des établissements sont en déficit, et la situation s’aggrave. Non pas du fait d’une mauvaise gestion, mais parce que le cadre de financement est à bout de souffle”, regrette Zaynad Ziet.

“Ce déficit massif pour la troisième année consécutive touche un secteur historiquement à l’équilibre, du moins jusqu’à la crise sanitaire. Et d’ici 2028, ce déficit, que l’on chiffre actuellement à deux milliards d’euros, pourrait atteindre 100% des établissements publics”. Sans ressources, “l’offre ne pourra plus s’adapter aux attentes, alors que les besoins ne cessent d’augmenter. Il est urgent d’agir”.

Les Ehpad publics représentent aujourd’hui la moitié (49,1%) du parc français (600 000 places et 7500 établissements en tout), l’autre moitié étant partagée entre le secteur privé et commercial (22,10%) et le secteur associatif (28,70). Ces établissements publics sont présents sur l’ensemble du territoire, y compris en zones rurales, où ils assurent deux tiers de l’offre, la plupart du temps sans “concurrence” privée ou associative.

Le tout “à des tarifs bien plus avantageux malgré un taux d’encadrement plus élevé”, précise la FHF pour appuyer la pertinence de ce maillage territorial. Et donner un peu plus de poids à ses revendications, face au danger qui menace.

La FHF, en effet, ne se contente pas de lancer l’alerte. Elle appelle les pouvoirs publics à des réactions rapides, à travers notamment cinq mesures principales (lire À SAVOIR) qui permettraient aux Ehpad publics de retrouver rapidement une situation financière saine, propice à répondre aux besoins grandissants et à pérenniser ainsi un système qui fait quotidiennement ses preuves.

“Malgré une ambiance qui n’est pas favorable, nous constatons une remontée de l’activité”, illustre ainsi Marc Bourquin, de la FHF, qui fait allusion aux scandales ayant récemment éclaboussé le secteur, mais qui n’ont “jamais concerné des établissements publics”

“Depuis 3 ans, nous alertons sur la dégradation des équilibres financiers des EHPAD publics et la nécessité de rénover leur modèle de financement”, conclut Arnaud Robinet, président de la FHF. “Alors que la France devrait se préparer à faire face à une vague démographique du grand âge sans précédent, en créant plus de solutions d’accompagnement et en investissant, elle risque au contraire de voir disparaitre une partie de l’offre publique d’EHPAD, seule garantie, dans bien des territoires, d’une solution abordable pour l’ensemble des familles. Un débat national s’impose pour que des solutions soient collectivement mises sur la table“.

*Ehpad : Établissement d’Hébergement pour Personne Âgée Dépendante.

À SAVOIR

Les 5 mesures portées par la Fédération Hospitalière de France pour enrayer le déficit des Ehpad publics en France sont :
1.Compenser intégralement l’impact de la hausse des cotisations CNRACL  pour les ESMS jusqu’en 2028.
2.Objectiver les écarts socio-fiscaux sur les charges assises sur les salaires qui pénalisent les EHPAD publics, et en tenir compte dans la tarification.
3.Sanctuariser l’investissement de l’offre publique, en affectant une ressource pérenne dédiée à la branche autonomie.
4.Poser le principe de la restitution de la réserve prudentielle de la branche autonomie.
5.Lancer les travaux sur la mise en œuvre de la loi de programmation sur le Grand âge qui devait être adoptée avant le… 31 décembre 2024 selon la loi Bien-Vieillir.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

1 COMMENTAIRE

  1. La journée de solidarité ne devait elle pas servir à aider ces établissements ?
    Depuis sa création c’est 50 milliards d’euros de percus, où est passé le pognon ?

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