L’escarre est une plaie courante en cas d’immobilisation forcée, notamment en cas d’hospitalisation ou de perte d’autonomie. Lorsqu’une personne, le plus souvent âgée, reste longtemps allongée dans un lit ou assise dans un fauteuil roulant, certaines zones de son corps en supportent tout le poids. Au fil des heures, la peau peut devenir rouge, sensible, puis commencer à s’abîmer.
Ce phénomène correspond à la formation d’une escarre, une plaie qui apparaît lorsque la pression bloque la circulation du sang dans les tissus. Privées d’oxygène, les cellules de la peau et des muscles commencent progressivement à se détériorer.
Ces lésions touchent surtout les personnes âgées, les patients hospitalisés ou les personnes en situation de handicap, notamment au niveau du sacrum, des talons ou des coudes. La vraie difficulté est de repérer les premiers signes avant que la plaie ne devienne profonde.
Escarre : pourquoi les personnes âgées sont-elles davantage exposées ?
Une escarre, également appelée ulcère de pression, plaie de lit ou ulcère de décubitus, ne se résume pas à une simple irritation cutanée․ Il s’agit en réalité d’une nécrose tissulaire, c’est-à-dire la mort des tissus provoquée par une pression prolongée․
Quand une personne âgée, un patient alité ou quelqu’un en fauteuil roulant reste trop longtemps dans la même position, les vaisseaux sanguins se retrouvent comprimés entre les points osseux du corps et le support (lit ou fauteuil)․
La circulation sanguine est alors interrompue, entraînant une ischémie : les tissus ne reçoivent plus assez d’oxygène et commencent à se dégrader․ Certains facteurs augmentent le risque d’apparition d’escarres․
Lorsqu’une personne se glisse dans son lit ou s’installe dans son fauteuil, la peau s’étire et les petits vaisseaux sanguins peuvent être endommagés․ Les frottements répétés contre les draps ou les vêtements provoquent également une irritation de la peau․ L’humidité, due par exemple à la transpiration ou à l’incontinence, fragilise aussi la peau et accroît le risque d’escarres․
La peau peut aussi être fragilisée par la dénutrition, la déshydratation ou certaines maladies comme le diabète, ce qui ralentit la cicatrisation.
Les soignants évaluent ce risque grâce à des outils tels que l’échelle de Norton (outil utilisé par les soignants pour mesurer le risque d’escarres chez une personne alitée ou dépendante)․
Les escarres apparaissent surtout sur les zones du corps qui appuient contre le lit ou le fauteuil, notamment le bas du dos (sacrum), les talons, les coudes ou l’arrière de la tête.
Escarre : les quatre stades de progression de la lésion
Au début, l’évolution d’une escarre est souvent peu visible․ Elle progresse ensuite à travers quatre stades cliniques․
- Le stade 1 correspond à une rougeur persistante de la peau, appelée érythème․ La peau reste intacte, mais la zone ne blanchit pas lorsqu’on exerce une pression dessus․ Elle peut être douloureuse, chaude ou provoquer une sensation de brûlure․
- Au stade 2, la peau se détériore et une plaie superficielle apparaît․ Celle-ci peut prendre la forme d’une ampoule ou d’une petite ulcération touchant l’épiderme (première couche de la peau) et le derme (couche interne de la peau)․
- Le stade 3 correspond à une plaie plus profonde, atteignant les tissus sous-cutanés et les graisses․ L’escarre devient alors un véritable ulcère, avec parfois des tissus nécrosés jaunâtres ou noirâtres visibles dans la plaie․
- Le stade 4 est le plus sévère : la destruction des tissus est profonde et peut exposer les muscles, tendons ou os․ Chez certaines personnes, notamment les patients diabétiques atteints de neuropathie, la douleur peut être moins marquée, ce qui retarde parfois la détection de la plaie․
Lorsque celle-ci s’infecte, des signes d’alerte peuvent survenir : fièvre, mauvaise odeur, écoulement de liquide inflammatoire ou saignement․ Une prise en charge médicale rapide devient alors indispensable․
Escarre : quels traitements pour favoriser la cicatrisation de la plaie
La première étape consiste à éliminer la pression sur la zone concernée․ Pour les patients alités, cela implique des changements de position réguliers, généralement toutes les deux à trois heures․ On peut aussi utiliser des matelas anti-escarres, des coussins spéciaux ou des supports pour soulager les talons et le bas du dos.
Les soins de la plaie suivent des règles précises. Elle est nettoyée avec du sérum physiologique stérile. Les produits irritants sont évités, et les antiseptiques ne sont utilisés qu’en cas d’infection, car ils peuvent ralentir la cicatrisation. Il faut ensuite retirer les tissus morts afin de favoriser une bonne cicatrisation.
La cicatrisation est favorisée lorsque la plaie est maintenue légèrement humide grâce à des pansements adaptés. Dans les cas plus complexes, une thérapie par pression négative peut être utilisée pour stimuler la formation de nouveaux tissus.
Si la plaie est très profonde ou ne cicatrise pas, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour retirer les tissus abîmés et parfois réaliser une greffe de peau.
La guérison d’une escarre est souvent longue. Une bonne alimentation, une hydratation suffisante et des soins réguliers sont essentiels pour favoriser la cicatrisation et éviter que la plaie ne réapparaisse.
À SAVOIR
Au début du XIXᵉ siècle, le médecin écossais Neil Arnott met au point un « lit hydrostatique », constitué d’un réservoir d’eau recouvert d’une toile puis de literie. Ce dispositif vise à répartir de manière plus uniforme le poids du corps, afin de réduire les points de pression. L’objectif principal est de prévenir l’apparition des escarres chez les personnes devant rester longtemps alitées. Le lit est pensé comme un outil médical, plus hygiénique et plus confortable que les paillasses et matelas traditionnels de l’époque. Cette invention est aujourd’hui considérée comme l’un des ancêtres du lit à eau moderne.




