Un médecin qui exerce exclusivement à l’aide d’outils et de supports numériques.
En 2024, “Mon espace santé” compte plus de 17 millions d’utilisateurs en France, avec plus de 300 millions de documents médicaux partagés via la plateforme depuis son lancement en 2022. © Adobe Stock

La santé numérique n’est plus une idée futuriste. Elle s’impose aujourd’hui comme une transformation majeure, qui bouleverse les pratiques médicales, reconfigure l’organisation des hôpitaux et change la relation entre patients et soignants. De la mise à jour de la “Doctrine du numérique en santé 2025” en France aux formations internationales de l’OMS, en passant par des outils concrets comme Mon espace santé, cette révolution avance par étapes. Mais que recouvre-t-elle exactement ? Et quelles sont les conséquences pour notre quotidien de patients, de professionnels de santé et de citoyens ?

La France s’est dotée d’une boussole numérique avec la Doctrine du numérique en santé 2025, pilotée par l’Agence du numérique en santé (ANS). Cette feuille de route, régulièrement actualisée, sert à guider tous les acteurs, hôpitaux, start-up, industriels, collectivités locales et institutions publiques. L’ambition est de garantir une vision commune pour accélérer le virage numérique, sans laisser d’acteurs de côté.

Concrètement, la doctrine fixe un calendrier précis, définit les référentiels d’interopérabilité et propose des ressources techniques pour accompagner les professionnels. En 2025, plusieurs projets stratégiques ont été enrichis :

  • SI-SAMU, qui doit améliorer la coordination des urgences ;
  • l’Appli Carte Vitale, en cours de généralisation pour simplifier l’accès aux soins ;
  • ViaTrajectoire, qui accompagne les patients dans leur parcours de soins ;
  • et la feuille de route du Cadre d’Interopérabilité des Systèmes d’Information de Santé, socle indispensable pour que les logiciels de santé communiquent entre eux.

Le Ségur du numérique : donner aux patients un rôle actif

Au-delà des grandes stratégies, la transformation numérique s’incarne aussi dans des outils accessibles à tous. C’est le cas avec le Ségur du numérique en santé, lancé en 2021 avec une enveloppe de près de 2 milliards d’euros. Trois ans plus tard, les résultats sont tangibles. Selon l’Assurance Maladie, 97 % des assurés sociaux disposent aujourd’hui d’un carnet de santé numérique via “Mon espace santé”, et plus de 17 millions l’ont déjà utilisé en 2024.

Cet espace personnel et sécurisé permet à chacun de stocker ses ordonnances, résultats de laboratoire et comptes rendus médicaux, et de les partager facilement avec les soignants de son choix. Une avancée qui met véritablement le patient au cœur du système.

Dans certaines villes comme Toulon, des projets innovants renforcent ce mouvement. L’outil Drimbox, par exemple, facilite le partage d’images médicales entre professionnels, quel que soit le lieu de prise en charge. Une solution concrète pour améliorer la continuité des soins et désenclaver les territoires.

Une ambition internationale : l’OMS mise sur la formation

La santé numérique n’est pas qu’un enjeu hexagonal. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), en partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie, organise en 2025 un cycle de formation stratégique intitulé « Digital Health: Planning for National Systems ».

Prévu du 30 septembre au 16 décembre 2025, ce programme s’adresse aux responsables ministériels de pays francophones d’Afrique et du Moyen-Orient, ainsi qu’aux bailleurs de fonds et agences partenaires. L’idée est d’aider les États à construire des systèmes numériques de santé solides et cohérents. Les thématiques abordées vont de la gouvernance, l’interopérabilité, la cybersécurité, jusqu’à la gestion des données sensibles et l’implication des parties prenantes.

Le format est hybride, mêlant cours asynchrones et sessions interactives en direct. En tout, une vingtaine d’heures de formation pour donner aux décideurs les clés d’une transition numérique réussie.

Si les promesses du numérique en santé sont nombreuses, les défis ne manquent pas. Trois points méritent une vigilance particulière :

  • La sécurité et la confidentialité : les données de santé figurent parmi les plus sensibles. Toute faille ou fuite serait catastrophique en termes de confiance. Les dispositifs de chiffrement, les audits réguliers et la transparence vis-à-vis des patients sont indispensables.
  • L’inclusion et l’accessibilité : la fracture numérique menace. Les personnes âgées, précaires ou vivant dans des zones rurales risquent d’être exclues. Former, accompagner et simplifier l’usage des outils sont des priorités.
  • L’interopérabilité technique : aujourd’hui, trop de logiciels et plateformes ne dialoguent pas entre eux. La mise en place de standards communs, comme le préconise le Cadre d’Interopérabilité, est cruciale pour éviter la fragmentation du système.

La Cour des comptes, dans son rapport public annuel de 2023, insistait d’ailleurs : « le succès des réformes dépendra de la capacité à construire un numérique en santé simple, sécurisé et inclusif ».

La transformation numérique de la santé n’est pas un big bang soudain, mais un processus progressif, construit pas à pas. Les stratégies nationales donnent le cap, les formations internationales préparent les décideurs, et les outils concrets transforment déjà le quotidien des patients et des soignants.

Le fil conducteur est clair, mettre le patient au centre, faciliter le travail des professionnels et construire un système de santé plus fluide, plus accessible et plus sûr. Si les défis restent nombreux, la dynamique est lancée. C’est une révolution silencieuse, mais profondément humaine, qui redessine notre système de soins.

À SAVOIR 

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), en 2023, près de 84 % des Français de 16 à 74 ans utilisent Internet pour rechercher des informations liées à la santé, contre 69 % dix ans plus tôt.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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