Un homme qui scanne une boîte de médicaments pour accéder à la notice explicative.
L’ordonnance numérique va devenir la norme d’ici à la fin de l’année. © Adobe Stock

Ordonnance numérique, QR code sur les boîtes de médicaments, notices en ligne : le monde de la santé accélère sa transformation digitale. Mais qu’est-ce qui change vraiment pour les patients, les médecins, les pharmaciens ? Est-ce fiable ? Est-ce obligatoire ? Et surtout… est-ce que c’est une bonne chose ? Éléments de réponse. 

Dossiers médicaux partagés, téléconsultations, messageries sécurisées, carnet de santé en ligne… Depuis la pandémie de Covid-19, la santé française a pris un virage numérique sans précédent. Un virage parfois subi, souvent critiqué, mais aujourd’hui largement engagé.

Dernière étape en date, la généralisation des ordonnances numériques (ou e-prescriptions) et le lancement, à l’automne 2025, d’une expérimentation de notices numériques accessibles via QR code sur certaines boîtes de médicaments.

Le but affiché par le gouvernement et l’Assurance maladie est de « moderniser la chaîne de soins, sécuriser les prescriptions, améliorer l’accès à l’information médicale et réduire l’impact environnemental de l’impression massive de papier », explique la Délégation du numérique en santé (DNS) dans sa doctrine officielle publiée sur esante.gouv.fr.

Mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement pour nous, patients ? Est-ce qu’on va devoir scanner tous nos médicaments ? Et que faire si on n’a pas de smartphone ? 

C’est quoi une ordonnance numérique ?

Depuis fin 2024, les médecins peuvent (et doivent, progressivement) générer des ordonnances numériques. Concrètement :

  • Lors de la consultation, le médecin rédige l’ordonnance via un logiciel agréé par l’État.
  • Cette prescription est envoyée automatiquement dans une base sécurisée nationale, gérée par l’Assurance maladie.
  • Le patient reçoit un document papier qui contient un QR code.
  • Ce QR code permet au pharmacien, en le scannant, de retrouver la prescription directement dans son propre logiciel.

Ce document papier est obligatoire : même si la prescription est numérique, le patient repart toujours avec une version imprimée. Il peut aussi consulter son ordonnance dans son espace numérique de santé, sur Mon Espace Santé.

Quels sont les avantages annoncés ?

Selon la Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAM), ce nouveau système permet :

  • Plus de sécurité : fini les ordonnances falsifiées ou mal lisibles.
  • Plus de traçabilité : les médecins peuvent, si le patient l’accepte, savoir si les médicaments ont été délivrés.
  • Moins d’erreurs : les pharmaciens reçoivent automatiquement les bonnes posologies, les bons dosages.
  • Un meilleur suivi : tout est stocké dans le Dossier médical partagé (DMP).

« C’est une avancée majeure pour la coordination des soins », a déclaré Thomas Fatôme, directeur général de la CNAM, lors d’un point presse en janvier 2024.

Où en est-on ?

Le déploiement est en cours depuis 2022, avec des retards :

  • Au 31 décembre 2024, tous les logiciels métiers devaient être compatibles.
  • En réalité, seulement 60 % des pharmacies étaient pleinement opérationnelles début 2025, selon une enquête de l’URPS Pharmaciens PACA.
  • Côté médecins, le taux d’équipement varie énormément selon les spécialités : plus de 80 % chez les généralistes, mais moins de 50 % chez certains spécialistes libéraux.

Pas de panique. Le patient n’a aucune obligation d’utiliser le numérique. Il peut toujours :

  • remettre l’ordonnance papier à son pharmacien,
  • demander à ne pas partager ses données,
  • refuser le stockage dans son espace santé.

La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) veille au respect de ce consentement. Une mention explicite doit figurer sur l’ordonnance.

Une expérimentation inédite dès octobre 2025

À partir du 1er octobre 2025, environ 170 spécialités médicamenteuses en ville (et 420 à l’hôpital) vont participer à une expérimentation de notice numérique. Il s’agit notamment de :

La liste complète des médicaments concernés a été publiée par l’ANSM. 

Comment ça marche ?

Sur l’emballage extérieur du médicament, un QR code permettra d’accéder à une notice numérique hébergée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), dans la Base de données publique des médicaments (BDPM).

Cette notice contiendra :

  • les informations classiques (posologie, contre-indications, effets indésirables),
  • mais aussi des contenus enrichis :

Ce format est déjà en vigueur dans certains pays comme la Suède, l’Allemagne ou la Belgique.

Est-ce que la notice papier disparaît ?

  • En pharmacie de ville : NON. La notice papier reste obligatoire pendant toute la durée de l’expérimentation.
  • À l’hôpital : OUI. Pour les médicaments concernés, la notice papier sera supprimée (sauf exceptions prévues pour les patients fragiles).

Le ministère de la Santé a précisé dans une note publiée sur ameli.fr que cette suppression se fera progressivement, avec un accompagnement des équipes hospitalières.

L’objectif est triple :

  1. Améliorer l’accès à l’information : certaines notices papier sont très techniques, peu lisibles, voire mal mises à jour.
  2. Réduire l’empreinte environnementale : en France, plus de 3 milliards de notices sont imprimées chaque année, souvent non lues.
  3. Renforcer la pédagogie : les contenus enrichis visent à mieux informer les patients, notamment les plus jeunes ou les publics à risque.

Selon une étude pilote menée par l’ANSM en 2023, 74 % des patients interrogés se disent favorables à un accès numérique à la notice… à condition de conserver une version papier en parallèle.

Fracture numérique

Si la majorité des Français est équipée d’un smartphone, 13 millions de personnes sont encore en situation d’illectronisme selon l’INSEE. Le gouvernement a promis de garantir un accès équitable à l’information, quel que soit l’âge, le niveau de revenu ou l’équipement numérique.

Des associations comme France Assos Santé ou UFC-Que Choisir demandent un droit opposable à la notice papier, même après la fin de l’expérimentation.

Complexité pour les médecins

Plusieurs syndicats de médecins (MG France, CSMF) alertent sur une hausse du temps de consultation et des contraintes techniques liées à l’ordonnance numérique : connexion à la base centrale, gestion des bugs, impossibilité de modifier une prescription une fois validée sans tout recommencer.

Le numérique ne doit pas être une usine à gaz, sinon on perd l’essence même de la médecine. 

Charge administrative pour les pharmaciens

Le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens a rappelé que le numérique ne doit pas transformer les pharmaciens en simples exécutants ou contrôleurs de données. Il faut préserver leur rôle de conseil, de vigilance et d’accompagnement.

Oui, la santé se numérise. Oui, les QR codes arrivent sur nos ordonnances et bientôt sur nos boîtes de Doliprane. Mais non, cela ne veut pas dire que tout le monde doit devenir un geek de la pharmacie.

À SAVOIR 

Selon un rapport de la Cour des comptes publié en juin 2024 sur le numérique en santé, le développement des e-prescriptions, du Dossier Médical Partagé et des téléservices pourrait générer, à terme, jusqu’à 1,5 milliard d’euros d’économies par an pour l’Assurance maladie, principalement grâce à la réduction des fraudes, des doublons de prescription et du gaspillage de médicaments.

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentFournitures scolaires : gare aux substances toxiques et étiquetages trompeurs !
Article suivantPollens d’ambroisie : une saison 2025 difficile pour les allergiques ?
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici