Une jeune femme prend un rendez-vous chez un professionnel en médecines complémentaires.
Difficile de savoir si le choix du praticien est le bon : Liberlo facilite l'orientation vers des praticiens rigoureusement formés et des disciplines réglementées. © wayhomestudio-Freepik

Les Français adorent les médecines douces, qui ne cessent de prouver leur intérêt. À tel point que de nombreuses disciplines, telle l’ostéopathie ou l’hypnose, se sont déjà fait une place de choix dans les hôpitaux, où elles jouent leur rôle en support des soins conventionnels. Depuis cinq ans, la plateforme Liberlo, ouverte à Lyon en pleine crise sanitaire, facilite la prise de rendez-vous auprès de praticiens certifiés, avec comme ambition de répondre à une demande galopante en devenant le Doctolib des médecines douces. Les explications de son cofondateur Kevin Berthon, sur le plateau de l’émission Votre Santé.

En France, le débat est clos et les médecines dites complémentaires font clairement partie du paysage sanitaire. 71% des Français, selon l’OMS, y ont déjà eu recours, et de nombreux services hospitaliers, de la gériatrie à l’oncologie en passant par les soins palliatifs ou la rééducation fonctionnelle, l’ont intégré dans leurs parcours.

Mais ces pratiques sont nombreuses, et il est parfois difficile de savoir, pour certaines, si le bénéfice pour la santé est réel. Et même, pour les plus notoires, si le praticien a suivi une formation rigoureuse et complète.

C’est en partie dans l’idée d’apporter une réponse à ces doutes légitimes que la plateforme Liberlo est née à Lyon en 2019. Cette startup a conçu un logiciel calqué sur le modèle de Doctolib, mais adapté aux médecines douces, pour permettre aux patients de prendre des rendez-vous chez des professionnels parfaitement certifiés.

Cinq ans après, Liberlo poursuit son envol, consolidant un service qui ne cesse de gagner en crédibilité, comme l’explique l’un de ses deux fondateurs, Kevin Berthon, interrogé sur le plateau de l’émission Votre Santé du mardi 24 juin 2024.

Comment expliquez-vous le succès de Liberlo ?

Liberlo est née d’un constat. La France est le pays qui consomme le plus de médicaments psychotropes, qu’il s’agisse d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, de somnifères… Trois Français sur dix y ont recours chaque année, et pourtant, le délai pour prendre rendez-vous chez un psychologue est de 25 jours ! Nous avons un burn-out sévère toutes les 30 secondes en France, où l’on fait face à un véritable enjeu de santé publique.

Et c’est enjeu est aussi économique, lorsque l’on mesure le coût de l’absentéisme aujourd’hui pour l’entreprise, qui grimpe en flèche depuis la crise Covid.

Liberlo offre une réponse, en facilitant et sécurisant l’accès aux pratiques complémentaires telles que l’ostéopathie, la sophrologie ou encore la naturopathie, et en accompagnant les Français vers ces pratiques de plus en plus tendances.

Vers combien de pratiques Liberlo peut-elle orienter ?

Nous référençons sur la plateforme 70 pratiques encadrées, pour 1800 praticiens. Nous refusons certaines pratiques que l’on juge trop “ésotérique”. Cela ne veut pas dire qu’on ne les référencera jamais, mais pour le moment nous restons très vigilants sur les disciplines proposées.

La plateforme a été crée en pleine période de Covid-19 : y avait-il alors un enjeu de démocratiser les médecines complémentaires ?

Tout à fait. Et je pense sincèrement qu’il ne s’agit pas d’un effet de mode, mais bien d’un mouvement de fond. Les Français ne sont plus à la recherche d’une simple prescription, mais d’écoute et de mieux-être.

C’est quelque chose que l’on peut facilement mesurer au travail : on voit que les entreprises suivent cette tendance, avec des collaborateurs toujours plus en demande de bien-être et des employeurs déterminées à réenchanter les bureaux.

L’une de vos offres est d’ailleurs spécifiquement dédiée aux entreprises ?

C’est effectivement ce que l’on fait avec Liberlo Care, notre offre destinée aux entreprises pour les accompagner dans leurs politiques QVCT (qualité de vie et conditions de travail), à travers différentes formules. Nous mettons ainsi à disposition nos praticiens sur les interfaces des entreprises, applications mobiles ou intranet, pour permettre aux salariés de prendre rdv directement.

Nous proposons aussi un “logiciel sas”, que l’on met à disposition des entreprises des prises de rendez-vous avec une prise en charge par l’employeur. L’employeur, de son côté, bénéficie de la partie reporting du service. Il peut aussi effectuer un paramétrage plus fin des différents remboursements, les ajuster par séance, en fonction de la mutuelle mise en place dans l’entreprise, de déterminer un nombre maximum de séances par collaborateur, etc.

Enfin, la version premium de cette offre entreprise leur permettra de faire intervenir nos praticiens sur site, à tarifs négociés.

On évoque une menace de déremboursement des médecines douces : cela peut-il fragiliser votre modèle ?

C’est effectivement le gros sujet du moment. Mais je pense qu’il s’agit surtout d’une opportunité de mieux structurer le marché, de nuancer les propos et d’accompagner les praticiens qui font des formations très rigoureuses de plusieurs années pour répondre à une demande de plus en plus forte. Aujourd’hui, 87% des Français font appel aux pratiques complémentaires. Rien que pour l’ostéopathie, c’est 150 000 consultations par jour !

Il faut structurer, réglementer ces pratiques, qui restent complémentaires, et non alternatives, à la médecine conventionnelle, mais dans le contexte actuel, avec la santé mentale comme grande cause nationale en 2025, cela me paraît compliqué d’aller au bout de cette proposition (le déremboursement, NDLR).

À quoi était destinée la levée de fonds de 2 millions d’euros effectuée par Liberlo il y a 18 mois ?

Nous avons effectivement levé 2,2 millions d’euros auprès de notre principal partenaire, le Groupe Apicil, troisième groupe de protection sociale en France. Cette somme nous a aidé à nous structurer, à “staffer” nos équipes pour répondre au mieux aux demandes de nos clients.

Elle nous a aussi permit de renforcer le produit, avec une nouvelle version très attendue de la plateforme pour le mois de septembre. Elle a enfin favorisé notre intégration dans l’écosystème, à travers de nombreux partenariats noués avec des syndicats, des écoles, des fédérations dont nous partageons les valeurs, pour gagner en notoriété et légitimité.

Le nombre d’utilisateurs de Liberlo continue-t-il de grimper ?

Lorsque nous avons démarré, nous recensions 1000 à 1200 rendez-vous par mois. Nous en sommes à plus de 12 000 aujourd’hui.

Nous visons la barre des 200 000 rendez-vous cette année, avec une vraie accélération en fin d’année, à travers trois axes : une communication massive pour sensibiliser le grand public, une présence accrue dans les écoles pour accompagner les nouvelles générations de praticiens dès leurs premières années d’installation, et un renforcement de Liberlo Care, l’offre dédiée aux entreprises que l’on souhaite continuer à développer pour permettre aux collaborateurs de se sentir mieux dans leur quotidien au travail.

Retrouvez le replay de l’émission Votre Santé du 24 juin 2025 sur Ma Santé TV.

À SAVOIR

Les médecines douces, aussi appelées médecines alternatives ou complémentaires, ont une longue histoire en France, souvent ancrée dans des traditions populaires comme la phytothérapie ou l’homéopathie, née au XIXe siècle. Leur essor s’est renforcé dans les années 1970 avec un regain d’intérêt pour les approches naturelles et holistiques. Aujourd’hui, bien qu’encore en marge du système de santé conventionnel, elles rencontrent un large succès auprès du public et suscitent un débat sur leur reconnaissance institutionnelle.

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Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

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