Le CH Edouard Herriot, des Hospices Civils de Lyon.
À Lyon, les investissements du Ségur de la Santé vont contribuer au vaste chantier de transformation de l'hôpital Edouard-Herriot. ©DR

Deuxième pierre angulaire du Ségur de la Santé après les revalorisations salariales, un plan d’investissement de 19 milliards d’euros a été débloqué en faveur des établissements de santé du pays. En Auvergne-Rhône-Alpes, 63 hôpitaux et 29 Ehpad, en zones urbaines comme en zones rurales, vont percevoir un coup de pouce salutaire pour mener à bien leurs projets de modernisation et de restauration de leurs finances. Voire, pour certains, aider à sauver une offre de soins clairement menacée.

C’est une manne providentielle qui va s’abattre sur les établissements de santé d’Auvergne-Rhône-Alpes. Hôpitaux en état d’urgence absolue, soignants en souffrance, pénurie de personnel, désertification médicale… L’offre de soins, dans la région, est au plus mal. Et les nouvelles récentes (Plans blancs à Voiron et Grenoble) confirme la nécessité d’une réaction urgente des pouvoirs publics, copieusement amplifiée par la crise sanitaire.

Dans le cadre du Ségur de la Santé, l’État s’est ainsi engagé à débloquer 19 milliards d’euros pour tenter d’inverser la tendance. Chaque région va bénéficier d’une partie de l’enveloppe. Pour Auvergne-Rhône-Alpes, elle va frôler les 2 milliards d’euros, répartis entre 63 hôpitaux et 29 Ehpad. “Les 97 projets priorisés dans la stratégie répondent sur chaque territoire en Auvergne-Rhône-Alpes aux besoins de santé identifiés par les acteurs. Le Ségur garantira donc partout l’accès aux soins et modernisera l’offre de soins dans tous les territoires”, a rappelé le ministre de la Santé, Olivier Véran, en visite au CHU de Grenoble (Isère) ce vendredi 12 novembre.

Ségur de la Santé : 97 projets financés dans la région

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Le docteur Grall, directeur général de l’ARS AuRA, détaille le plan régional du Ségur de la Santé ©P.Auclair

C’est à l’Agence Régionale de Santé qu’a incombé la tâche, en quelques mois, de déployer cette stratégie d’investissements avec une équipe dédiée à cette mission. Pour son directeur général, le Dr Jean-Yves Grall, ce plan d’aides concrètes constitue “une formidable opportunité pour notre région. L’objectif est d’améliorer de manière concrète et rapide la réalisation de projets déjà identifiés avec une prime à l’aspect médical. On pourra ainsi répondre aux besoins de santé avec une approche territoriale ou spécifique, tout en améliorant les conditions de travail du personnel et l’accueil des patients “.

Dans le détail, 97 projets vont donc bénéficier de ce précieux coup de pouce. 68 dans des hôpitaux dont plus de la moitié, pour les 63 établissements concernés, sont des petites et moyennes unités de proximité. Et 29 dans des Ehpad, où 196 millions d’euros sont particulièrement alloués à l’amélioration de la vie quotidienne des résidents et des conditions de travail du personnel.

Cette somme va également permettre d’éponger les dettes de nombreux établissements de santé. Pour certains de manière spectaculaire : 82 millions d’euros pour le CHU de Grenoble, 58,2 pour celui de Saint-Étienne, 156,7 pour ceux des Hospices Civils de Lyon , 55 pour celui d’Annecy, 25 pour celui de Valence, 32 pour celui de Roanne, 30 pour celui de Clermont-Ferrand, 35,2 pour celui de Métropole Savoie… Des chiffres colossaux qui en disent long sur la dégradation de l’état de santé financière des hôpitaux régionaux… Et sur la bouffée d’oxygène offerte par ce plan d’aides à l’ampleur quasi inédite.

Ségur de la Santé : les secteurs ruraux et isolés en première ligne

Le développement de l’offre de soins dans les territoires isolés est l’un des axes majeurs de ce plan d’investissement. En témoignent les sommes allouées au Centre Hospitalier Fernand-Lafont, au Cheylard (Ardèche), où 10 millions d’euros vont conforter le projet de modernisation du site (sur 20 millions au total). Ou encore au CH de Die (Drôme), où 15 millions seront investis dans la reconstruction de l’hôpital (sur 23 millions au total).

Dans l’Allier, ces aides vont contribuer à la création des nouvelles urgences du CH de Moulins-Yzeure, où les différentes unités d’hospitalisations seront également modernisées (19,6 millions d’aides, pour un budget global de 21,8 millions). À Issoire, dans le Puy-de-Dôme, l’hôpital Paul Ardier va pouvoir s’offrir une indispensable cure de jouvence et, au passage, regrouper ses différents Ehpad. Coût de l’opération, 44,2 millions d’euros, dont 39,8 dans le cadre des investissements du Ségur de la Santé.

Plusieurs unités de l’hôpital de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) feront aussi l’objet d’une judicieuse restructuration (14,9 millions d’aides, sur 16,5 au total).

À Bourg-en-Bresse, enfin, le Centre Psychothérapique de l’Ain va pouvoir procéder à l’augmentation de ses capacités d’accueil et recentrer des services éloignés. Estimé à 17,4 millions, le projet va ainsi percevoir une subvention de 3,5 millions d’euros au titre de cet accompagnement Ségur.

L’offre de santé des grands hôpitaux confortée

Ce n’est pas un hasard si Olivier Véran a choisi, ce vendredi 12 novembre, le CHU de Grenoble-Alpes pour présenter la déclinaison auverhônalpine du plan Ségur. 201 millions d’euros, en plus des 82 millions alloués pour la restauration des capacités financières de l’établissement, vont servir à la modernisation du site de Michallon et la construction d’un nouveau bâtiment d’hospitalisation de 35 000 m2.

Le plan d’investissement du Ségur va également permettre au CHU de Saint-Étienne de financer la reconstruction de son pôle Couple-Mère-Enfant (20 millions d’aides, budget global 68,3 millions) et aux Hospices Civils de Lyon de poursuivre la profonde rénovation de l’hôpital Édouard-Herriot (50 millions d’aides, budget total 153,5 millions).

Dans la Drôme, le CH de Valence percevra aussi 10 millions d’aides pour son projet de transformation (50 millions au total) portant notamment sur la création d’un bloc opératoire de 16 salles d’opération.

Des Ehpad modernes et ouverts vers l’extérieur

“La crise a accéléré notre prise de conscience de l’obsolescence du modèle de l’Ehpad”, a reconnu Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée à l’autonomie. “Les Français ne veulent plus d’établissements vétustes, dépersonnalisés, ou isolés. Notre stratégie fera de l’Ehpad un lieu plus médicalisé pour les résidents, avec un accompagnement en soins accru et le recours au numérique. L’Ehpad de demain sera aussi plus ouvert sur son territoire”.

Cette promesse, dans la région, se concrétise à titre d’exemple à Volvic (Puy-de-Dôme). Où l’Ehpad ”Au fil de l’eau” va percevoir 4,2 millions d’euros pour mener à bien son opération de modernisation et d’extension (11 millions au total). Avec notamment une ouverture plus marquée sur l’extérieur, notamment sur le futur écoquartier qui va naître à proximité.

À l’heure ou l’hôpital tremble pour son avenir, où son personnel gronde et ses patients s’inquiètent, le Ségur de la Santé apporte une réponse à la dimension sans précédents. Sera-t-elle suffisante ?

À SAVOIR

Le Ségur de la Santé, opération de concertation initiée pour améliorer le système de soins français, s’est déroulée entre mai et juillet 2020. Avec à la clé 33 mesures listées en vue de sa réforme. L’une des premières concrétisations du Ségur a porté sur les salaires, avec une revalorisation effective pour les personnels de santé dès 2020.

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