
Chaque chiffre est une vie. Et le dernier bilan des conduites suicidaires en France, publié par Santé publique France en mai 2025, met en lumière une réalité encore trop souvent tue. Alors que la santé mentale est désormais érigée en Grande Cause Nationale, ce rapport dresse un constat sans appel : les gestes suicidaires restent un enjeu majeur de santé publique. Le point.
L’année 2023 a enregistré 91 162 hospitalisations pour gestes auto-infligés. Un terme qui recouvre à la fois les tentatives de suicide et les automutilations. Cela représente une hausse de 2,9 % par rapport à 2022, selon le dernier bilan publié par Santé publique France.
Autre chiffre alarmant : 74 039 passages aux urgences ont été recensés pour des gestes suicidaires. Et dans deux cas sur trois, il s’agissait de femmes. Plus précisément, ce sont les jeunes filles de 11 à 24 ans qui apparaissent comme les plus à risque.
Les données les plus préoccupantes concernent les adolescentes de 15 à 17 ans, avec un taux record de 737 hospitalisations pour 100 000, tous âges et sexes confondus. Les 11-14 ans ne sont pas en reste, avec un taux déjà très élevé de 423 pour 100 000. Un signal d’alarme qu’on ne peut plus ignorer.
Gestes suicidaires : une situation qui empire chez les jeunes
Une tendance qui se poursuit après la pandémie
On aurait pu croire que le Covid-19 appartenait au passé. Mais ses effets, eux, se font toujours sentir, notamment sur la santé mentale des jeunes. En 2020, les confinements avaient fait temporairement chuter les hospitalisations. Mais dès 2021, les tentatives de suicide ont bondi, et cette tendance continue en 2023, particulièrement chez les 18-24 ans.
Chez les hommes, le tableau est différent. Le nombre d’hospitalisations reste stable, avec toutefois des pics observés dans les classes d’âge 18-24 ans et 25-44 ans. En revanche, les hommes représentent encore plus de 75 % des décès par suicide. Une constance inquiétante.
Des disparités régionales marquées
Sur le plan géographique, la France est loin d’être égale face au suicide. Un gradient nord-ouest/sud-est se dessine nettement.
Les Hauts-de-France, la Normandie et la Bretagne affichent les taux de conduites suicidaires les plus élevés. À l’inverse, l’Île-de-France et la Corse sont les régions les moins touchées.
Quelques départements battent des records tristement notables : la Somme (354 hospitalisations pour 100 000), le Nord (268,8) ou encore les Côtes-d’Armor (260). Cette carte des inégalités reflète probablement des réalités sociales difficiles, un accès aux soins psychiatriques limité, ou encore un manque criant de structures de soutien local.
Décès par suicide : une réalité toujours préoccupante
Quant à la mortalité, les chiffres restent stables mais alarmants. Environ 8 900 décès par suicide ont été enregistrés en 2021. Cela équivaut à 13 décès pour 100 000 habitants. Et sans surprise, les hommes de plus de 45 ans sont les plus touchés.
Les plus vulnérables sont les plus de 65 ans, avec 38,7 décès pour 100 000, suivis des 45-64 ans (30 pour 100 000). Chez les femmes, ces taux tournent autour de 9,5 décès pour 100 000.
Ces chiffres démontrent encore que malgré les efforts de prévention, le suicide reste l’une des premières causes de décès évitables en France, surtout chez les hommes mûrs, souvent isolés, parfois invisibles.
La santé mentale, grande cause nationale
Face à ce constat, le gouvernement a décidé de faire de la santé mentale la Grande Cause Nationale de 2025. Une décision saluée par les professionnels du secteur, qui espèrent enfin briser les tabous, faciliter l’accès aux soins psychologiques et renforcer la prévention. Notamment en milieu scolaire et sur les réseaux sociaux, où se jouent aujourd’hui bien des détresses adolescentes.
Mais pour que cette ambition ne reste pas lettre morte, il faudra du concret : plus de psychologues dans les établissements publics, des consultations remboursées, une véritable culture de l’écoute et de la bienveillance autour de la souffrance psychique.
À SAVOIR
Des lignes d’écoute sont disponibles, comme le 3114, le numéro national gratuit de prévention du suicide, accessible 24h/24 et 7j/7.







