Un homme qui se vaccine contre les infections respiratoires avec un spray nasal.
Selon Inserm, l’immunité muqueuse du nez joue un rôle clé contre les virus respiratoires. © Freepik

Un spray nasal pourrait, à terme, offrir une protection élargie contre la grippe, le Covid-19 et certaines allergies. Des travaux récents, menés notamment par l’équipe de Stanford Medicine, explorent un vaccin capable de stimuler puissamment l’immunité respiratoire. Une piste prometteuse, encore préclinique, qui pourrait ravir les phobiques des aiguilles.

Depuis la pandémie de Covid-19, la recherche vaccinale connaît une accélération inédite. Les vulnérabilités de notre système immunitaire respiratoire ont été mises en pleine lumière, tout comme les limites de nos outils actuels : campagnes vaccinales complexes, mise à jour annuelle du vaccin antigrippal, apparition régulière de nouveaux variants viraux, faible couverture vaccinale chez les adultes. 

Dans ce contexte, de nouvelles pistes émergent. Une étude préclinique de l’équipe de Stanford Medicine dans la revue Nature montre qu’un vaccin administré par voie nasale peut stimuler fortement l’immunité respiratoire chez la souris. Les résultats restent expérimentaux, mais ils relancent l’intérêt pour un vaccin nasal qualifié d’universel, conçu pour offrir une protection large en une seule administration.

Cette approche repose sur l’immunité muqueuse, première barrière du nez et des voies respiratoires. Les chercheurs s’intéressent de près à cette défense locale, car elle pourrait être renforcée pour déclencher une réponse plus rapide et plus efficace dès l’entrée des pathogènes.

Un poids sanitaire massif

Les infections respiratoires demeurent un enjeu majeur de santé publique. Elles provoquent chaque année de fortes tensions hospitalières et touchent toutes les générations et pèsent lourdement sur les systèmes de soins.

Selon l’OMS, leur impact reste considérable :

  • la grippe saisonnière entraîne entre 290 000 et 650 000 décès chaque année
  • le Covid-19 a causé plus de 6,9 millions de décès depuis 2020
  • les infections respiratoires basses constituent encore la première cause de mortalité infectieuse dans le monde

Ces maladies génèrent aussi un coût économique important. Elles augmentent les consultations, les hospitalisations, les arrêts de travail et saturent régulièrement les services d’urgences, surtout en hiver.

En France, des hivers très chargés

Selon Santé publique France (2024), chaque hiver provoque :

  • plusieurs millions de consultations pour infections respiratoires ;
  • des tensions hospitalières importantes, notamment en pédiatrie et en gériatrie ;
  • une couverture vaccinale antigrippale stagnante, autour de 50 % chez les personnes fragiles.

Ces difficultés s’ajoutent à une tendance lourde : les maladies respiratoires deviennent plus fréquentes, favorisées par des facteurs tels que le vieillissement de la population ou le changement climatique, qui étend la saison pollinique et accroît les allergies respiratoires (données Agence européenne de l’environnement, 2023).

Un vaccin qui vise large, pas « tout »

En science, un vaccin universel est un vaccin qui stimule une immunité étendue, capable de réagir :

  • soit à plusieurs virus respiratoires différents,
  • soit à plusieurs variants d’un même virus,
  • soit à différents agents infectieux susceptibles de provoquer une maladie similaire.

Dans le cas présent, les chercheurs ne cherchent pas à « cibler » un virus en particulier, mais à renforcer l’immunité des muqueuses respiratoires, une sorte de « douane immunitaire » qui réagit dès l’entrée des pathogènes.

L’immunité muqueuse, première ligne de défense

Les muqueuses respiratoires (nez, gorge, poumons) constituent la première zone de contact avec :

  • les virus (grippe, SARS-CoV-2, rhinovirus…),
  • certaines bactéries,
  • des allergènes communs.

L’Inserm rappelle que cette immunité repose notamment sur des anticorps spécifiques appelés IgA, très efficaces pour neutraliser rapidement les intrus ; des cellules sentinelles capables de déclencher une réaction immunitaire en quelques minutes ; des signaux inflammatoires capables d’empêcher une infection de s’installer.

Or, les vaccins injectés n’agissent qu’indirectement sur cette barrière. Les vaccins nasaux, eux, s’adressent directement à elle.

Les études précliniques offrent un premier aperçu du potentiel de ce vaccin nasal. Chez la souris, les chercheurs observent plusieurs effets intéressants

  • une stimulation nette de l’immunité muqueuse après l’administration nasale
  • une protection élargie contre différents virus respiratoires
  • une réduction de l’inflammation lors d’un contact avec certains allergènes
  • des signes de mémoire immunitaire durable dans les poumons

Ces résultats, publiés et discutés par la communauté scientifique, s’éloignent des stratégies vaccinales classiques. Le candidat ne cible pas un antigène unique, comme la protéine Spike pour la Covid-19. Il cherche à entraîner les défenses innées pour qu’elles réagissent plus vite et plus largement en cas d’exposition. Cette approche, connue sous le nom d’immunité innée entraînée, est étudiée depuis plusieurs années au National Institute of Allergy and Infectious Diseases. 

À SAVOIR

Un vaccin nasal contre la grippe existe déjà et est autorisé en Europe par l’Agence européenne des médicaments (EMA) sous le nom Fluenz Tetra. Il est indiqué chez les enfants à partir de deux ans. Il s’agit d’un vaccin vivant atténué administré par spray nasal.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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