
Après des semaines de lutte acharnée entre nos systèmes immunitaires et les virus hivernaux, Santé publique France esquisse un premier sourire. Si la grippe reste active sur tout le territoire, l’intensité de l’épidémie montre des signes de ralentissement en ce début février 2026. Le début de la fin ? Le calme avant un nouveau rebond ? Décryptage.
Après un début d’année marqué par une circulation virale intense qui a mis à rude épreuve les cabinets de médecine générale et les services d’urgence, les dernières nouvelles du front sanitaire apportent une bouffée d’air frais.
Selon le dernier bulletin épidémiologique de Santé publique France, la grippe semble avoir amorcé sa descente. Mais attention, le virus a l’humeur changeante et s’il recule, il n’a pas encore dit son dernier mot.
Épidémie de grippe : une baisse des indicateurs qui se confirme
Le recours aux soins pour syndrome grippal est en net recul. Le nombre de passages aux urgences et les consultations chez les médecins généralistes ont entamé une chute salvatrice.
Le réseau Sentinelles, qui regroupe des médecins libéraux répartis sur tout le territoire, observe une diminution de la part des consultations pour grippe par rapport à la semaine précédente.
Cette baisse ne signifie pas que le virus a disparu par enchantement, la « circulation reste active ». Le taux de positivité, c’est-à-dire le nombre de tests qui reviennent positifs sur l’ensemble des prélèvements effectués, diminue, mais il reste à un niveau qui justifie que toutes les régions de l’Hexagone demeurent, pour l’heure, en phase épidémique.
Virologie : la prédominance des souches de type A
L’analyse phénotypique du virus révèle cette année une hégémonie sans partage des souches de type A. Selon Santé Publique France, ce sous-type est ultra-majoritaire dans les prélèvements issus de la médecine de ville comme du milieu hospitalier.
Les virus de type A sont corrélés à une virulence accrue et à une diffusibilité élevée. Leur recul constitue donc un indicateur structurel fort pour le système de santé, signalant un relâchement de la pression sur les services d’urgence.
Toutefois, cette décrue profite surtout aux populations les plus jeunes. La vigilance reste de mise pour les aînés. Si la courbe globale fléchit, le risque de morbi-mortalité pour les personnes vulnérables n’est pas encore neutralisé.
L’hôpital souffle, mais reste aux aguets
Le reflux de l’épidémie se lit surtout sur les registres hospitaliers. Les admissions pour grippe, qui avaient congestionné de nombreux services en début d’année, suivent une courbe descendante.
Cependant, il y a souvent un décalage entre la baisse des contaminations et la baisse des formes graves. Les personnes hospitalisées aujourd’hui ont souvent été contaminées il y a une dizaine de jours. La vigilance des soignants reste donc entière, notamment pour surveiller d’éventuels “rebonds” ou la co-circulation avec d’autres virus respiratoires. Car la grippe n’est pas seule, elle partage souvent le terrain avec le COVID-19 ou le VRS (responsable de la bronchiolite), même si ces derniers semblent également marquer le pas.
Un bilan en demi-teinte pour la vaccination ?
Si l’intensité diminue, c’est aussi grâce à l’immunité acquise, qu’elle soit naturelle (ceux qui ont déjà eu la grippe cet hiver) ou vaccinale. Toutefois, la campagne de vaccination de cette année a connu des fortunes diverses.
Les premières estimations font état d’une couverture vaccinale stagnante, peinant à franchir le cap des 50 % chez les personnes à risque (sujets de plus de 65 ans, porteurs de pathologies chroniques). Ce seuil demeure bien en deçà de l’objectif de 75 % préconisé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Or, l’enjeu est une augmentation de 10 % de la couverture vaccinale chez les seniors permettrait, selon les modèles épidémiologiques de l’Institut Pasteur, d’éviter des milliers d’hospitalisations chaque hiver.
Si l’opportunité de se faire vacciner en phase de reflux épidémique devient marginale pour le grand public, elle reste une recommandation forte pour les populations très fragiles tant que le virus circule. La campagne vaccinale reste ouverte jusqu’au 28 février prochain.
Épidémie de grippe : vers une fin de saison printanière
Le scénario le plus probable pour les semaines à venir est celui d’une poursuite de la baisse. On se dirige doucement vers une phase de « post-épidémie », où le virus circule de manière résiduelle.
Toutefois, ce reflux n’est pas synonyme de désengagement scientifique. Au contraire, la vigilance bascule d’une gestion de crise vers une stratégie de surveillance moléculaire. Le réseau mondial de surveillance de la grippe analyse déjà les souches qui ont circulé cet hiver en Europe pour préparer la composition du vaccin de l’hiver prochain.
À SAVOIR
Le risque d’infarctus est multiplié par six durant la semaine suivant une infection grippale. Le virus de type A provoque une inflammation généralisée capable de fragiliser les artères.







