Une chercheuse qui a découvert le lien entre le cancer colorectal précoce et l'épigénétique.
Selon l’Inca, lorsqu’un cancer colorectal est diagnostiqué à un stade précoce, le taux de survie à cinq ans dépasse 90 %, contre moins de 15 % aux stades les plus avancés. © Freepik

On pensait le cancer colorectal réservé aux plus de 50 ans. Et pourtant, depuis plusieurs années, il s’invite chez des adultes bien plus jeunes, parfois sans facteur de risque évident. Mais pourquoi le cancer colorectal se déclare-t-il de plus en plus tôt ? Doit-on cette progression à nos modes de vie ? Explications.

Le cancer colorectal reste très majoritairement une maladie de l’âge mûr, avec un âge médian au diagnostic autour de 70 ans. En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, l’essentiel des cas concerne encore les personnes de plus de 50 ans.

Toutefois, depuis le début des années 2000, les données épidémiologiques montrent une augmentation régulière de l’incidence chez les moins de 50 ans, un phénomène observé dans de nombreux pays à hauts revenus.

Selon plusieurs analyses internationales, environ 10% des cas de cancer colorectal est aujourd’hui diagnostiqué avant l’âge de 50 ans, alors que l’incidence tend à diminuer ou à se stabiliser chez les générations plus âgées. Cette progression, encore minoritaire mais constante, est particulièrement marquée chez les jeunes adultes.

Épigénétique : de quoi parle-t-on exactement ? 

Pour comprendre, imaginons notre ADN comme un immense livre de recettes. La génétique, ce sont les recettes elles-mêmes. L’épigénétique, ce sont les post-it, les surligneurs, les pages cornées. Ces marques n’écrivent pas de nouvelles recettes, mais elles disent à la cellule :

  • « Lis cette page »
  • « Ignore celle-ci »
  • « Attention, celle-là doit être utilisée avec modération »

Ces marques épigénétiques évoluent tout au long de la vie. Elles sont influencées par l’âge, bien sûr, mais aussi par l’environnement intérieur de notre corps : inflammation, carences, stress cellulaire, équilibre intestinal…

L’intestin : un organe ultra-actif

L’intestin est un cas particulier. Sa paroi se renouvelle en permanence. Tous les 4 à 5 jours, des millions de cellules sont remplacées. Ce renouvellement repose sur des cellules souches intestinales, très actives, très sensibles et donc très dépendantes d’une bonne régulation épigénétique.

Quand tout va bien, ce mécanisme est remarquablement précis. Mais avec le temps, ou parfois plus tôt que prévu, de petites erreurs s’accumulent.

La « dérive épigénétique » : un vieillissement accéléré

Les chercheurs parlent aujourd’hui de dérive épigénétique. Concrètement, cela signifie que certaines cellules intestinales perdent progressivement leurs bons réglages. Les interrupteurs génétiques deviennent moins fiables. La prolifération cellulaire est moins bien contrôlée. Les mécanismes de réparation sont un peu moins efficaces.

Ce vieillissement biologique ne correspond pas toujours à l’âge sur la carte d’identité. Un intestin de 35 ans peut parfois présenter des marques épigénétiques proches de celles qu’on observe habituellement bien plus tard dans la vie. 

Parce que les mécanismes prennent du temps… et arrivent aujourd’hui à maturité

L’épigénétique agit sur le temps long. Très long. Les marques qu’elle laisse sur les cellules intestinales ne provoquent pas un cancer en quelques années, mais s’installent progressivement, parfois dès l’enfance, avant de produire leurs effets bien plus tard.

Autrement dit, les cancers colorectaux diagnostiqués aujourd’hui chez des adultes de 30 ou 40 ans pourraient être l’aboutissement de processus biologiques amorcés il y a vingt ou trente ans. Il y a deux décennies, ces mécanismes existaient déjà, mais ils n’avaient tout simplement pas encore eu le temps de s’exprimer cliniquement.

Parce que l’environnement biologique de l’intestin a profondément évolué

Sans désigner un facteur unique, les chercheurs s’accordent sur un point. L’environnement intestinal des populations occidentales n’est plus le même qu’il y a 20 ou 30 ans.

Le microbiote, l’inflammation de bas grade, l’équilibre métabolique de l’intestin ont évolué de façon diffuse mais durable. Ces changements n’entraînent pas de maladie immédiate, mais ils peuvent favoriser l’apparition plus précoce de marques épigénétiques, qui s’accumulent lentement au fil du temps.

Les mécanismes biologiques impliqués dans le cancer colorectal ne sont pas nouveaux, mais ils peuvent aujourd’hui se mettre en place plus tôt dans la vie.

Parce que la science sait désormais les détecter

Il y a vingt ans, l’épigénétique était encore une discipline confidentielle. Les outils permettant d’analyser finement la méthylation de l’ADN ou les signatures épigénétiques n’étaient pas disponibles à grande échelle.

Aujourd’hui, les chercheurs peuvent :

  • analyser des tumeurs anciennes et récentes,
  • comparer des profils biologiques selon l’âge,
  • identifier des signatures spécifiques aux cancers colorectaux précoces.

Le phénomène n’est pas forcément nouveau, mais il est désormais visible.

Parce que le regard médical a changé

Le regard des professionnels de santé sur le cancer colorectal a évolué. Les médecins sont aujourd’hui plus attentifs :

  • à l’âge de survenue de la maladie, désormais analysé comme un signal en soi ;
  • aux profils biologiques atypiques, notamment chez les patients jeunes ;
  • aux cancers apparaissant sans facteur de risque classique identifié.

Il y a vingt ans, un cancer colorectal chez un adulte jeune était souvent considéré comme une exception. Certains cas pouvaient être diagnostiqués tardivement ou insuffisamment caractérisés. Aujourd’hui, grâce à une meilleure compréhension des mécanismes biologiques et à des outils diagnostiques plus performants, ces cancers sont plus rapidement identifiés, mieux analysés et mieux compris, ce qui permet aussi de mieux détecter les tendances émergentes.

À SAVOIR 

Même si le cancer colorectal apparaît parfois plus tôt, le dépistage reste aujourd’hui l’outil le plus efficace pour réduire la mortalité. En France, le test immunologique de dépistage, proposé tous les deux ans aux personnes de 50 à 74 ans, permet de détecter des lésions précancéreuses ou des cancers à un stade très précoce.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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