Un enfant sous la menace d'un cancer de l'estomac.
Selon l'étude du CIRC, 75% des cancers de l'estomac sont imputables à cette bactérie H.Pylori, qui sommeille dans le ventre des enfants. © Freepik

Une menace invisible progresse en silence dans l’estomac de millions d’enfants. Selon une récente étude, elle pourrait être responsable de près de 16 millions de cas de cancer de l’estomac dans le monde chez les jeunes générations. Son nom ? Helicobacter pylori, une bactérie aussi ancienne que l’humanité et trop souvent négligée. L’Organisation mondiale de la santé, via son centre de recherche sur le cancer basé à Lyon (le CIRC), tire aujourd’hui la sonnette d’alarme : sans action rapide, cette infection silencieuse pourrait devenir l’un des facteurs majeurs des cancers digestifs dans les décennies à venir. Le danger est là, mais il pourrait être évité. Explications.

Le cancer de l’estomac, aussi appelé adénocarcinome gastrique, tue chaque année environ 770 000 personnes dans le monde. C’est le cinquième cancer le plus fréquent au niveau mondial, mais le troisième plus meurtrier. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une maladie du passé.

Si ses chiffres ont reculé dans les pays les plus industrialisés, notamment grâce à l’amélioration de l’alimentation et de l’hygiène, il reste très présent dans de nombreuses régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Mais ce que révèle une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Medicine par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organisme de l’OMS basé à Lyon, c’est que la situation pourrait empirer pour les nouvelles générations, comme cela a déjà été soulevé, d’ailleurs, pour le cancer de l’appendice.

En effet, chez les enfants nés entre 2008 et 2017 — la fameuse « génération alpha » — les projections mondiales annoncent 15,6 millions de nouveaux cas de cancer de l’estomac à l’âge adulte, si rien n’est fait. Et dans 76 % des cas, l’origine serait infectieuse : la bactérie Helicobacter pylori.

On en entend rarement parler, et pourtant plus de la moitié de la population mondiale est porteuse d’Helicobacter pylori, sans toujours le savoir.

Cette bactérie se transmet souvent pendant l’enfance, principalement par voie oro-fécale (eau, aliments souillés, contacts rapprochés). Une fois dans l’estomac, elle colonise la muqueuse gastrique et provoque une inflammation chronique, qui peut évoluer, au fil des années, vers des lésions précancéreuses.

Ce n’est pas un hasard si l’OMS a classé H. pylori comme agent cancérigène de classe 1, au même titre que le tabac ou l’amiante.

Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’ampleur du phénomène chez les jeunes générations. Selon les estimations du CIRC, plus de 11,8 millions de cas de cancers de l’estomac à venir dans le monde pourraient être directement liés à cette infection.

Ce qui rend H. pylori si redoutable, c’est qu’elle s’attrape jeune et reste parfois des décennies sans provoquer de symptômes. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, on estime que jusqu’à 80 % des enfants sont infectés avant l’âge de 10 ans.

Et contrairement aux infections classiques, le corps ne parvient pas à l’éliminer seul. Sans traitement, la bactérie persiste, silencieuse, et altère progressivement la muqueuse gastrique.

C’est pourquoi la génération alpha, celle des enfants nés après 2008, est en première ligne. Ils sont nombreux à avoir été contaminés très tôt, parfois sans le savoir, et à accumuler année après année le risque de voir se développer un cancer à l’âge adulte.

Selon le rapport du CIRC, les régions les plus concernées par cette bombe à retardement sont l’Asie (avec plus de 10 millions de cas projetés), suivie par l’Amérique latine, l’Afrique, puis l’Europe. En France, environ 900 000 futurs cas de cancer gastrique pourraient être attribuables à H. pylori pour cette seule génération.

Le plus alarmant dans cette histoire, c’est qu’il s’agit d’une maladie évitable. Le dépistage de la bactérie est simple, rapide et non invasif (test respiratoire à l’urée, analyse des selles, prise de sang). Et son traitement repose sur une cure antibiotique combinée à des inhibiteurs de la pompe à protons.

En clair, on peut guérir de l’infection et prévenir le cancer, à condition d’agir à temps.

En dépit des données accablantes, peu de pays ont mis en place des programmes de dépistage systématique d’H. pylori. L’exemple du Japon, où les autorités ont adopté une stratégie active de détection et de traitement de la bactérie chez les jeunes, montre pourtant que cela fonctionne : la mortalité liée au cancer de l’estomac y a baissé de manière significative.

En Europe, les recommandations restent encore timides. Mais les lignes bougent. À l’initiative du projet EC-GaC (European Consortium for Gastric Cancer Control), plusieurs institutions poussent pour que le dépistage et l’éradication d’H. pylori deviennent une priorité de santé publique.

À SAVOIR

En France, le cancer de l’estomac touche environ 6 500 nouvelles personnes chaque année, avec une nette prédominance masculine (près de deux tiers des cas). Il représente environ 2 % de l’ensemble des cancers diagnostiqués dans le pays, mais reste l’un des plus meurtriers, avec une survie à 5 ans autour de 25 %, en grande partie à cause de diagnostics souvent tardifs.




Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentÀ Lyon, la qualité de l’air s’affiche en grand depuis un an !
Article suivantSécurité des soignants : quels changements avec la nouvelle loi ?
Journaliste expert santé / Rédacteur en chef adjoint du Groupe Ma Santé. Journaliste depuis 25 ans, Philippe Frieh a évolué dans la presse quotidienne régionale avant de rejoindre la presse magazine pour mettre son savoir-faire éditorial au service de l'un de ses domaines de prédilection, la santé, forme et bien-être. Très attaché à la rigueur éditoriale, à la pertinence de l'investigation et au respect de la langue française, il façonne des écrits aux vertus résolument préventives et pédagogiques, accessibles à tous les lecteurs.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici