Une femme examinée pour détecter une maladie cardiovasculaire après un traitement contre le cancer du sein.
Selon Santé publique France, près de 200 femmes meurent chaque jour en France d'un AVC ou d'un infarctus. © Magnific

Chaque année en France, près de 61 000 femmes sont diagnostiquées d’un cancer du sein. Si les traitements permettent aujourd’hui de mieux guérir la maladie, certains peuvent aussi fragiliser le cœur. Chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie ou thérapies ciblées augmentent parfois le risque de maladies cardiovasculaires chez certaines patientes. Mais comment expliquer ces effets secondaires ? Explications. 

Pendant longtemps, en oncologie, l’objectif était avant tout de vaincre le cancer. Et les progrès ont été considérables. En France, le taux de survie nette à cinq ans du cancer du sein atteint désormais 88 %, selon Santé publique France et l’Institut national du cancer (INCa). Dépistage plus précoce, traitements plus ciblés, meilleure prise en charge… De plus en plus de femmes guérissent aujourd’hui de la maladie.

Mais cette avancée médicale a aussi fait émerger des effets à long terme post-traitements. Car certaines patientes développent, parfois plusieurs années après leur rémission, des complications cardiovasculaires comme de l’hypertension, des troubles du rythme cardiaque, une insuffisance cardiaque ou des maladies coronariennes.

Ces dernières années, une spécialité appelée cardio-oncologie s’est même développée pour mieux surveiller les effets des traitements anticancéreux sur le cœur. L’objectif est de repérer plus tôt les complications cardiovasculaires et de mieux accompagner les patientes. 

La chimiothérapie, première concernée

Certaines chimiothérapies utilisées depuis des décennies contre le cancer du sein sont connues pour leur toxicité cardiaque. C’est notamment le cas des anthracyclines, comme la doxorubicine ou l’épirubicine.

Ces médicaments agissent en détruisant les cellules cancéreuses, mais ils peuvent aussi altérer les cellules du muscle cardiaque. Chez certaines patientes, le cœur pompe moins efficacement après les traitements.

Selon la Société européenne de cardiologie (ESC), ce risque augmente avec les doses cumulées et peut apparaître des mois, voire des années après la fin du traitement.

L’une des difficultés tient au fait que ces atteintes cardiaques peuvent rester silencieuses pendant plusieurs années. Certaines femmes ne présentent aucun symptôme au départ, avant de voir apparaître progressivement un essoufflement, une fatigue inhabituelle ou des palpitations.

Les thérapies ciblées sous surveillance

Autre traitement particulièrement surveillé : le trastuzumab, commercialisé notamment sous le nom d’Herceptin. Cette thérapie ciblée a révolutionné la prise en charge des cancers du sein HER2 positifs, une forme agressive de la maladie.

Mais ce médicament peut, lui aussi, provoquer une diminution de la fonction cardiaque. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), le risque est surtout accru lorsqu’il est associé aux anthracyclines. Toutefois, ces atteintes sont souvent réversibles si elles sont détectées tôt. D’où l’importance des échographies cardiaques régulières pendant le traitement.

Aujourd’hui, dans de nombreux centres anticancer français, les patientes bénéficient d’un suivi cardiologique systématique lorsqu’elles reçoivent ces traitements.

La radiothérapie du sein gauche particulièrement surveillée

La radiothérapie fait aussi partie des traitements essentiels contre le cancer du sein. Elle réduit considérablement le risque de récidive. Mais lorsque le cancer touche le sein gauche, le cœur peut être exposé aux rayonnements.

Or les rayons peuvent, à long terme, favoriser des lésions des artères coronaires ou du muscle cardiaque.

Selon l’Institut Curie, les techniques modernes ont néanmoins fortement réduit ce risque grâce à des méthodes de ciblage beaucoup plus précises qu’il y a vingt ans. Parmi elles, l’irradiation en inspiration bloquée profonde : la patiente inspire profondément pendant quelques secondes, ce qui éloigne physiquement le cœur de la zone irradiée.

Les bénéfices de la radiothérapie restent largement supérieurs aux risques cardiovasculaires potentiels.

L’hormonothérapie aussi concernée

Les traitements hormonaux prescrits pendant cinq à dix ans après un cancer du sein hormonodépendant ne sont pas complètement neutres non plus.

Les inhibiteurs de l’aromatase, fréquemment utilisés après la ménopause, peuvent augmenter le risque cardiovasculaire en modifiant le métabolisme lipidique ou en favorisant l’hypertension.

Selon une étude publiée en 2022 dans le European Heart Journal, les femmes traitées par inhibiteurs de l’aromatase présentaient un risque cardiovasculaire légèrement plus élevé que celles recevant du tamoxifène.

Là encore, il ne s’agit pas de remettre en question ces traitements, qui réduisent fortement le risque de rechute, mais de mieux anticiper leurs effets secondaires.

Le risque cardiovasculaire lié aux traitements dépend aussi du terrain médical de départ.

Une femme fumeuse, hypertendue, diabétique ou ayant déjà une maladie cardiaque sera plus vulnérable. L’âge joue également un rôle important.

Mais les femmes jeunes ne sont pas épargnées. Au contraire, certains spécialistes alertent sur les conséquences à très long terme des traitements reçus précocement.

Une patiente traitée à 35 ans peut développer une maladie cardiovasculaire vingt ans plus tard. Un enjeu d’autant plus important que le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme en France. Selon l’INCa, une femme sur huit sera confrontée à ce cancer au cours de sa vie.

Face à cette problématique, les hôpitaux développent progressivement des consultations spécialisées de cardio-oncologie.

Concrètement, cardiologues et oncologues travaillent ensemble pour :

  • évaluer le risque cardiovasculaire avant les traitements ;
  • surveiller la fonction cardiaque pendant la prise en charge ;
  • prévenir les complications ;
  • accompagner les patientes après le cancer.

Dans certains cas, des médicaments protecteurs du cœur peuvent être prescrits préventivement.

L’activité physique adaptée joue aussi un rôle majeur. Selon l’Inserm, elle permet non seulement d’améliorer la qualité de vie des patientes atteintes de cancer, mais aussi de réduire certains facteurs de risque cardiovasculaire.

Même chose pour l’arrêt du tabac, le contrôle du cholestérol ou la surveillance de la tension artérielle.

À SAVOIR 

Certaines chimiothérapies utilisées contre le cancer du sein peuvent provoquer une ménopause précoce, notamment chez les femmes jeunes. Or la baisse brutale des hormones féminines, qui jouent un rôle protecteur pour les vaisseaux sanguins avant la ménopause, peut aussi augmenter le risque cardiovasculaire à long terme. Un effet encore peu connu du grand public, mais désormais bien identifié par les spécialistes.

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Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

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