Une jeune femme atteinte d’un cancer résistant, traitée par hadronthérapie.
L’hadronthérapie par ions carbone cible la tumeur avec une très grande précision tout en épargnant davantage les tissus sains. © Magnific

À Lyon, des chercheurs travaillent actuellement sur le projet PRISME, une nouvelle approche d’hadronthérapie utilisant des ions carbone pour tenter de mieux détruire certains cancers résistants à la radiothérapie classique. Cette technologie de pointe, encore rare dans le monde, pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour des patients atteints de tumeurs difficiles à traiter.

Malgré les progrès considérables de la cancérologie ces dernières décennies, certaines tumeurs continuent de poser un redoutable problème aux médecins. Elles résistent à la chimiothérapie, survivent à la radiothérapie conventionnelle et se situent parfois dans des zones extrêmement sensibles du corps, proches d’organes vitaux.

C’est précisément contre ces cancers dits « radio-résistants » que des chercheurs lyonnais tentent aujourd’hui de développer de nouvelles armes. Depuis plusieurs mois, l’équipe de la chercheuse Anne-Sophie Wozny travaille sur le projet PRISME, un programme de recherche consacré à l’hadronthérapie par ions carbone, mené au sein de l’Institut de physique des 2 infinis de Lyon (IP2I, CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1).

Soutenu par la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, le projet cherche à comprendre comment utiliser des particules lourdes extrêmement énergétiques pour détruire plus efficacement les cellules cancéreuses tout en limitant les dégâts sur les tissus sains.

Une technologie très sérieuse, étudiée depuis plusieurs années dans plusieurs grands centres internationaux, notamment au Japon, en Allemagne ou en Italie.

L’hadronthérapie, une radiothérapie “ultra-ciblée”

Aujourd’hui, la majorité des traitements de radiothérapie utilisent des rayons X, aussi appelés photons. Le problème, c’est que ces rayons traversent le corps en déposant de l’énergie tout au long de leur passage. La tumeur est donc irradiée, mais les tissus sains autour le sont aussi.

L’hadronthérapie fonctionne différemment. Au lieu d’utiliser des photons, cette technique emploie des particules appelées hadrons, comme les protons ou les ions carbone. Ces particules libèrent l’essentiel de leur énergie précisément au niveau de la tumeur, puis s’arrêtent quasiment net.

Selon l’Institut national du cancer (INCa), cette propriété permet de mieux protéger les organes voisins et de réduire certains effets secondaires liés à l’irradiation. Mais les ions carbone vont encore plus loin.

Les ions carbone : des particules redoutables contre les tumeurs résistantes

Les ions carbone ne sont pas seulement plus précis. Ils semblent aussi biologiquement plus puissants contre certaines cellules tumorales.

Selon plusieurs travaux scientifiques publiés notamment dans le Journal of Clinical Oncology, les dégâts provoqués par les ions carbone seraient beaucoup plus difficiles à réparer pour les cellules cancéreuses que ceux causés par les rayons X classiques.

C’est particulièrement intéressant pour les tumeurs dites “hypoxiques”, c’est-à-dire mal oxygénées. Ces cancers sont souvent moins sensibles à la radiothérapie conventionnelle. Les chercheurs s’intéressent notamment :

  • à certains cancers ORL ;
  • aux tumeurs des voies aérodigestives supérieures ;
  • aux chondrosarcomes ;
  • et potentiellement à certains cancers du pancréas ou de la prostate.

Dans ces situations complexes, l’hadronthérapie pourrait permettre d’augmenter l’efficacité du traitement sans accroître excessivement la toxicité.

Le projet PRISME veut aussi mobiliser le système immunitaire

À Lyon, les chercheurs ne travaillent pas uniquement sur la puissance des ions carbone. Le projet PRISME explore aussi le lien entre radiothérapie et immunothérapie. Depuis plusieurs années, les scientifiques découvrent que certaines irradiations peuvent parfois “réveiller” le système immunitaire contre la tumeur.

L’idée du projet PRISME est donc d’essayer de comprendre comment exploiter cette réaction immunitaire pour renforcer encore l’efficacité du traitement.

Concrètement, les chercheurs cherchent à identifier les mécanismes biologiques qui rendent certaines cellules cancéreuses résistantes afin de mieux contourner leurs défenses.

Pour l’instant, les travaux sont encore au stade préclinique, c’est-à-dire réalisés sur des modèles cellulaires et animaux avant d’éventuels essais chez l’humain.

Contrairement à une radiothérapie classique, l’hadronthérapie accélère les particules lourdes grâce à d’immenses équipements proches de ceux utilisés en physique nucléaire. Et construire de telles infrastructures demande des investissements colossaux, 

Le Japon fait aujourd’hui figure de pionnier mondial dans le domaine. Le centre HIMAC de Chiba, ouvert dès les années 1990, a déjà traité plusieurs milliers de patients par ions carbone. En Europe, quelques centres existent déjà, notamment en Allemagne et en Italie.

En France, certaines formes d’hadronthérapie sont déjà utilisées, notamment la protonthérapie, proposée par exemple à l’Institut Curie à Orsay ou au Centre Antoine-Lacassagne à Nice. 

Mais la carbonethérapie, qui utilise spécifiquement des ions carbone et intéresse particulièrement les chercheurs lyonnais, reste encore très peu accessible sur le territoire.

Le sujet n’est pas nouveau dans la région lyonnaise. Dès la fin des années 1990, le projet ETOILE (“Espace de Traitement Oncologique par Ions Légers Européen”) avait été imaginé pour développer un grand centre national d’hadronthérapie à Lyon.

Selon le réseau scientifique France HADRON, cette dynamique a permis de structurer toute une filière régionale de recherche autour des radiothérapies innovantes.

Des essais cliniques comme PHRC ETOILE ont également été lancés aux Hospices civils de Lyon et au Centre Léon Bérard afin d’évaluer l’intérêt de l’hadronthérapie pour certaines tumeurs radio-résistantes.

Même si le grand centre lyonnais initialement envisagé n’a finalement pas vu le jour sous sa forme prévue, la recherche, elle, a continué à avancer.

Pendant que les chercheurs lyonnais poursuivent leurs travaux, un autre projet très attendu avance en parallèle en Normandie. À Caen, le centre ARCHADE doit progressivement permettre à la France de renforcer sa place dans la recherche européenne sur l’hadronthérapie par ions carbone.

Cette future infrastructure de très haute technologie est particulièrement attendue par les scientifiques français qui travaillent depuis des années sur ces traitements de précision encore rares dans le monde.

À SAVOIR 

Contrairement à la radiothérapie classique qui nécessite souvent 30 à 40 séances, certains traitements par ions carbone peuvent parfois être réalisés en seulement 12 à 15 séances, selon les équipes japonaises pionnières du National Institute of Radiological Sciences (NIRS) de Chiba. 

Inscrivez-vous à notre newsletter
Ma Santé

Article précédentSemelles orthopédiques : comment choisir le bon modèle ?
Article suivantParacétamol, antibiotiques… Faut-il craindre une nouvelle pénurie à cause du blocage du détroit d’Ormuz ?
Marie Briel
Journaliste Ma Santé. Après un début de carrière en communication, Marie s’est tournée vers sa véritable voie, le journalisme. Au sein du groupe Ma Santé, elle se spécialise dans le domaine de l'information médicale pour rendre le jargon de la santé (parfois complexe) accessible à tous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici